‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 49 sur 133 · Allusion aux dou/.c colonnes du Moniteur · texte numérisé non relu

Allusion aux dou/.c colonnes du Moniteur

Electeurs ; ceignez tous vos couronnes de fête ;

En agitant le thyrse et les branches de pin,

Chantez tous Euohé, chantez lo Dupin;

Que des rochers du Var aux herbages de l'Oise,

Tout cellier soit riant , tout comptoir se pavoise ;

Durrieux et Monjau, ces dieux du Languedoc,

Dans les champs paternels activeront le soc ;

Toulouse en leur ouvrant son pompeux Capitole,

Dans sa liqueur de feu trouvera le Pactole :

L'avorton des Débois, l'ombre des Girondins,

Fonfrède va changer les Landes en jardins ;

De Mallhus et de Say * ressuscitant l'école,

Il va noyer dans l'or le peuple vignicole ;

Marchands, industriels, montrez un front joyeux.

Vendez vos fers, vos draps et vos tissus soyeux :

Riverains de la mer, faites des pacotilles,

Guizot va vous rouvrir le chemin des Antilles;

Vos vaisseaux, entassés dans les ports trop étroits,

Cesseront de dormir avec les bras en croix ;

Et vous, rentiers bourgeois, inscrits sur le grand-livre,

Qui touchez par quartiers ce qu'il vous faut pour vivre,

Du tiers-consolidé ne craignez plus le choc,

Le destin de l'Etat est bâti sur le roc.

La sage liberté sera notre patrone.

Vous l'apprendrez bientôt par le discours du trône.

Et le saint Moniteur, d'un bras officiel ,

Sur l'orage passé jettera l' arc-en-ciel.

1. Deux célèbres économistes. L'Angleteirc est lièro du premier, ci la France s'honore d'avoir vu naître le second. '

Pauvres gens! ainsi donc jusques au dernier acte,

Vous voulez sur vos yeux garder la cataracte !

Quoi! vieillards écoliers, imbéciles esprits,

Après tant de leçons vous n'avez rien appris !

Ignorez-vous qu'aux jours de tempête où nous sommes,

Le timon appartient à de robustes hommes !

Vous avez cru dans l'urne, avec votre billet,

Fermer pour l'avenir l'abîme de Juillet,

Et subtils endormeurs d'un peuple qu'on obère,

Par un gâteau de miel assoupir le Cerbère.

Oh ! que ne puis-je aussi, comme vous complaisant, #

D'un avenir de rose embellir le présent !

Pauvres gens! quelquefois, dans un long soliloque,

Vous avez dit : « Il faut la paix à notre époque;

Confions le pouvoir à des hommes prudens,

Qui sauront étouffer les troubles du dedans;

Dans leurs bras paternels nous vivrons à notre aise ;

Plus de sang, plus de deuil, plus de quatre-vingt-treize.

Et les bouts opposés des extrêmes partis

Dans un juste-milieu tomberont amortis. »

Eh ! ne voyez-vous pas que ce pouvoir fragile

N'est qu'un buste de plomb avec des pieds d'argile ;

Que ces ministres vains, par vos mains applaudis,

Sont des corps souffreteux, malingres, engourdis ;

Qu'en dépit des juleps et des sucs doctrinaires

Ils meurent lentement comme des poitrinaires ;

Etançons lézardés, arcs-boutans de roseaux,

Sous le poids de l'Etat qui fait craquer leurs os

Ils fléchissent; pareils à ces Cariatides

Qui, le front sillonné de veines et de rides.

Sous les balcons saillans, aux façades des cours.

Semblent, d'un œil éteint, demander du secours.

Et pour les soutenir ces hommes de faiblesse,

Qu'un souffle fait pâlir, qu'un cri de peuple blesse,

Vous avez replacé dans le rang des élus

Des soutiens crevassés, des tribuns vermoulus !

L'un par l'autre appuyé, sur un terrain qui tremble

Ils vont tenter de vivre et de marcher ensemble,

Et, d'une faible voix, sur la sellette assis.

Aux tribunaux du Nord demander un sursis ;

Vain espoir! comme un timbre, annonce de leur chute.

Le canon sonnera leur dernière minute;

Us s'obstinent encore à nier l'ennemi

Qui s'avance immobile et qui veille endormi ,

Resserrant chaque jour nos frontières disjointes

Dans un cercle de fer aux trois cent mille pointes ; ''^

L'oreille dans la France et la mèche au canon.

Il n'attend pour entrer que le cri de Sinon.

Alors le jour luira pour les âmes viriles :

Alors vous les verrez, tous ces hommes fébriles,

Confiant leur salut à de lâches moyens.

Sortir de leurs hôtels, masqués en citoyens,

Tous, se mêler, par peur, aux hommes de courage.

Eux-mêmes reniant leur nom comme un outrage.

Ou cherchant sous la terre un refuge certain,

Comme ont fait, aux trois-jours, les soldats de Bertin. '

Et qui viendra s'asseoir aux bouches du cratère,

Qui voudra repeupler le désert ministère,

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