‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 6 sur 133 · Voir les Jésuites, poème de Barthélémy et Méry · texte numérisé non relu

Voir les Jésuites, poème de Barthélémy et Méry

2. Les journaux carlistesont nommé Bourmont généralissime des émigrés.

3. Le mot n'est ici qu'une abréviation; je suis bien loin de m'arroger la part de mon ami. M. Méry.

Ils sont tombés : crédule encore à cette époque,

Je rejetai bien loin les verges d'Archiloque,

Et dans le siècle d'or du royaume à venir,

Je n'entrevis pas même un délit à punir.

Mais puisqu'en moins d'un an notre nouvelle histoire

Déroule à la satire un si long répertoire ;

Que sur les vieux tréteaux fraîchement redressés

Pullulent tant d'acteurs, l'un par l'autre chassés;

Puisque le coq gaulois, honteux et traînant l'aile,

N'est plus qu'un triste eunuque aux mains de nos Villèle,

Et que, livrant le trône à de graves hasards ,

Le parti doctrinaire a fait son treize mars ; '

Hâtons-nous : trop longtemps ma haine fut oisive ;

Il faut que désormais mon encre corrosive.

Dans le sein d'un pouvoir qu'épargne ma torpeur,

A force de scandale inocule la peur.

En vain , comme autrefois , vigilant sagittaire, J'ajusterais ma flèche au front du ministère; D'une lente brochure inutiles efforts !

Mon trait désappointé n'atteindrait que des morts. Tels qu'on voit le matin installés par séries Souvent ne couchent pas dans leurs hôtelleries; Ils passent au pouvoir sans effleurer le sol : On ne peut les toucher qu'en les tirant au vol. Me voici! l'arme est prête : assaillant secondaire, J'essaîrai d'accomplir cette œuvre hebdomadaire; Journaliste d'hier, puissent nos vétérans

1. 13 mars I8:il, date du ministôre forme cl présidé par Casimir Péiier.

M' accueillir sans dédain au milieu de leurs rangs , Et souffrir que, marchant pour une même cause, Je joigne quelques vers à leur logique prose ! Comme eux je défendrai, fort de soutiens pareils. Notre arbre populaire éclos sous trois soleils ; On me verra, comme eux, de Cadix à Bruxelles, Sur la poudre qui dort semer des étincelles , Et percer chaque jour des pointes du remords '• ' L'égoïsme couvert du sang des peuples morts. Avec la même ardeur, je poursuivrai d'office Ces hommes qu'au pouvoir attache un maléfice, Ministres sans diplôme, astucieux Sinons , Dont le peuple candide ignore encor les noms , Fabricateurs de dol , machinistes de drame. Qui de l'Hôtel-de- Ville écornent le programme. Ils me sont tous connus : dans mon crible de fer Nul ne fera défaut ; qu'il soit député, pair, Ministre, magistrat, sous le froc ou l'hermine. Ils passeront tordus à la même étamine.

Mais c'est peu d'explorer de mes regards subtils Paris où de la France aboutissent les fils , De saisir sur le fait et de rendre notoire L'alchimique secret du grand laboratoire ! Sur tous les points du cercle, arrivant du milieu , Dans le dernier canton , dans le moindre chef-lieu , Il faut que je pénètre, et que mon œil rayonne Du Rhin au Morbihan, de Dunkerque à Bayonne. Ils n'échapperont pas aux coups de Némésis, Ces maires , ces préfets que Guizot a choisis ;

Ceux qui des fédérés coagulent le zèle : * Paulze-Ivoy dans le Rhône et Sers dans la Moselle ; Douaniers , publicains , hauts et bas employés , Par le roi d'Holyrood en secret soudoyés, Aux lieux les plus lointains , des frères patriotes M'écriront les méfaits de ces Iscariotes, Et ma main , sous les yeux d'un jury sans appel , Dans le corps du délit portera le scalpel.

D'autres fois, désertant l'arène politique,

D'accusateur public je deviendrai critique ;

Sur la littérature oii plane le soupçon,

Rigoureux contrôleur, je mettrai le poinçon ;

Distinguant avec soin la fausse de la vraie,

Le strass du diamant, le bon grain de l'ivraie ;

Aux poids de ma balance, aux arrêts de mon goût,

L'homme ne sera rien , et l'œuvre sera tout.

Au sein des deux partis , demeuré toujours neutre.

Je n'ai point arboré de cocarde à mon feutre :

Qu'un vers soit de Dumas, qu'il vienne de Soumet,

Au prestige d'un nom aucun ne me soumet;

Et sans intervenir entre les deux écoles.

L'équitable bon sens dresse mes protocoles.

Ma critique promet aux théâtres rivaux ,

Ou ma part de sifflets, ou ma part de bravos :

Tantôt, sacrifiant une heure solitaire,

1. Une sorte de fédération, de ligue révolutionnaire, se forma dans plusieurs départemens , |)eU de temps après la révolution, dans le but de déclarer les Bourbons à jamais exclus du territoire français. MM. Paulzed'Ivoy, préfet du Rhône, et Sers, préfet de la Moselle, s'opi>osèrent à cet élan.

J'entrerai dans le vide habité par Voltaire ; '

Tantôt j'inspecterai la Salle Ventadour

Où le ténor Ponchard se grime en troubadour ;

Le harem où Véron , ^ de ses mains protectrices,

Raccourcit à huis clos la jupe des actrices ;

Le théâtre d'Arnal et de Bernard-Léon ;

La tombe où gît Bossange ^ et le triste Odéon ,

Qui, ravivant sans fruit la tragi-comédie,

Ne peut se réchauffer que par un incendie ;

Et ces temples joyeux semés au boulevart.

Du grand Cirque-Olympique à la salle Favart.

Telle est ma tâche entière : une fois par semaine,

Je dois tout visiter dans ce vaste domaine ;

Fort de mon unité , seul , libre de soutiens ,

Je ne suivrai de but , de conseil que les miens.

De mes futurs combats faut-il donner un gage ?

Eh bien! j'invoquerai mon antique langage,

Ma guerre de sept ans sous un joug détesté.

Et douze mille vers tout chauds de liberté.

Aujourd'hui même, pur d'une molle prudence.

Je n'ai point dépouillé ma vieille indépendance ;

D'aucun pouvoir du jour je ne suis le vassal ; "'j bJ

Nul palais, nul hôtel ne m'a pour commensal;

Chez Guizot ou CoUard, auditeur débonnaire,

Je n'ai jamais froissé le sopha doctrinaire, ^

t Le Théâtre-Français. La statue de Voltain-, chef-d'œuvre d'Houdou , onie le péristyle de ce théâtre.

Page 1