Chanterait Némésis, la tardive déesse
Qui frappe le méchant sûr son trône endormi.
Andbk Chénier.
« 0 sépulcres blanchis, ô race de vipères !
« Maudits ! vous descendrez dans les gouffres ardens
« Où l'on verse des pleurs, où l'on grince des dents. »
Heureux l'auteur qui marche avec un tel exemple !
On dit qu'un jour, debout sur l'escalier du temple.
Ce sage, humble de cœur, l'évangélique Dieu,
Surprit l'agiotage assis dans le saint lieu,
Qu'il vit même, au milieu des trafics mercenaires,
Les prêtres de la loi , types des doctrinaires ;
Tout à coup, agité d'un sentiment haineux.
Il saisit un long fouet aux satiriques nœuds.
Et mêlant le sarcasme à la colère sainte.
Il chassa les impurs de la divine enceinte.
Voilà ma Némésis ; celle qui suit mes pas. Qui me dicte ma haine et ne m'égare, pas. Quant à ma liberté, qui de loin t'épouvante. Que ton erreur transforme en Alecto vivante, Si je puis te trouver un jour sur mon chemin, Je veux qu'en souriant tu lui serres la main. Va, ce n'est point le monstre aux guerres intestines, Qui court boire le sang au pied des guillotines, Qui choisit pour amans les valets du bourreau, Et pour char de triomphe un hideux tombereau. La mienne, la voici : par les peuples gardée, Sur un lion qui dort elle veille accoudée ; Aux lèvres de ses fils arrache les bâillons. Regarde du même œil la pourpre et les haillons; Sa tente est suspendue à la voûte éternelle ; Le monde tout entier palpite sous son aile;
Chaque empire est le sien; elle ne connaît pas Ces cloisons de pays que marque le compas : Si quelque cri de peuple à son oreille arrive, Elle brise leurs fers et la main qui les rive ; Rien ne peut altérer son immuable front; Insensible aux clameurs des vieillards qui s'en vont, S' élevant, de son vol, au-dessus des tempêtes, Qu'importe qu'en passant elle froisse des têtes! Elle sait bien qu'un jour, de sa baguette d'or, Elle doit affranchir ce monde jeune encor. Alors nous la verrons secouant sur le globe Les trésors amassés dans les plis de sa robe ; Elle parsèmera son immense moisson De la zone torride aux glacières d'Hudson; Pour nourrir l'industrie accourue après elle, Son bras fort bâtira la paix universelle. Empire ou république, où tous auront des droits, Règne qu'en six mille ans n'ont pu fonder les rois. Oh ! viennent les beaux jours précurseurs de cet âge ! Que je puisse compter sur ce grand héritage ! Que mon front soit doré d'un rayon d'avenir, Poète ! et tu verras si j'aime à le ternir; Ma lyre, fille aussi de la muse chrétienne, Chantera la concorde aussi haut que la tienne; Quel bonheur, de son char en brissant les essieux, De dire à Némésis : Remonte dans les cieux !
7 Août 1834.