MADEMOISELLE
Pardon, je me retire...
M. d'argoct.
Ah! restez, je vous prie; De mon secret conseil vous êtes l'Egérie, Madame, à vos beaux yeux d'Argout s'accoutuma Depuis qu'il est acteur dans l'emploi des Numa. L'abbé Louis, qui joue un rôle dans ma pièce. Fort souvent , comme moi , va consulter sa nièce ; C'est notre usage en cour...
l'abbé louis.
Eh, monsieur ! par hasard, Auriez -vous oublié la phrase de Collard? Nous sommes citoyens, notre vie est murée. ' Mais quittons ce discours : ma tête tonsurée Fléchit depuis longtemps sous le poids d'un souci ; Les insolens trois-jours approchent : les voici; Je pressens des périls : il serait nécessaire D'édifier un plan contre l'anniversaire; De nos trois jours aussi disposons les apprêts. Sauvons-nous de la crise, et nous verrons après.
M. PÉKIEH.
Messieurs, j'ai dans la main un ressort que rien n'use C'est la ruse, la ruse, et puis encor la ruse; Ecoutez : entre nous, je vous dois des aveux; Le peuple est un enfant que j'endors quand je veux ; Il lui faut des hochets; pourvu qu'on lui révèle Juste au moment précis quelque fausse nouvelle. On l'apaise : aujourd'hui, dans le péril urgent. Que chacun de nous tous donne son contingent. Parlons à tour de rôle ; et d'abord, toi qui gères Le noir imbroglio des choses étrangères,
1. M. Collard a proclamé le premier cette belle maxime que la vie privée du citoyen devait être murée. Honte à celui qui dévoile les secrets du foyer domestique! mais ce serait une assez grande absurdité de vouloir, par extension, appliquer cet adage conservateur à la vie intérieure des hauts personnages qui nous gouvernent, lorsque nous portons la peine de leur immoralité. Si un Saint-Pouange donnait encore aujourd'hui des places aux favoris de sa maîtresse, faudrait-il qu'il se retranchât derrière la maxime de M. Collard ?
N'as-tu pas recueilli, sur le Tage ou le Rhin, Un de ces bruits qu'on jette au peuple souverain?