Napoléon en Egypte, poème, par M. Barthélémy et Méry
2. Vaterloo. — Au général Boiirmont, poème de MM. Barthélémy et Méry.
Ma muse plébéienne accepte ce mandat ;
Elle voit du même œil le chef et le soldat ,
La torsade d'argent, l'épaulette de laine;
Vous serez tous égaux sur la brûlante plaine.
Pour ceux qui tomberont dans le péril commun,
Ma pieuse épitaphe aura quelque parfum :
Et sans doute qu'un jour d'inconsolables mères
Rouleront dans leurs yeux des larmes moins amères,
Quand, songeant à leurs fils, le soir, près du tison,
Elles liront ici sa funèbre oraison.
Partez; ne jetez point vos regards en arrière!
La Victoire en chantant vous ouvre la barrière!
Criez tous, vers le ciel en élevant les yeux : ^v
Nous reviendrons ici dignes de nos aïeux!
Partez ; pour accomplir votre sublime rôle,
Vous avez avec vous le glaive et la parole ;
Soldats intelligens, apôtres citoyens.
Baptisez par le feu tous les peuples païens ;
Que notre liberté, déesse au vol agile,
Les armes à la main prêche notre évangile ;
Portez la vérité dans les stupides Cours ;
Et puisqu'après trente ans les rois sont encor sourds.
Qu'à ces débris caducs de la Sainte-Alliance
La bouche du canon demande une audience.
Voilà votre destin ! Certes, ne croyez pas
Qu'Anvers doive borner vos gigantesques pas;
Quoi ! vous seriez venus pour combattre un Guillaume !
Eh ! vous manqueriez d'air dans son étroit royaume !
Une œuvre plus ardue est remise à vos mains ;
La Belgique est un |)oint rayonnant de chemins;
Il faudra devant vous pousser les étincelles
De ce grand incendie allumé dans Bruxelles ;
Il vous faudra rouvrir tous les sentiers connus
Où vos pères vaillans imprimaient leurs pieds nus :
Douze mois de repos ont aigri votre attente;
Non, non, vous n'avez pas abandonné la tente
Pour passer la revue, amusement d'un jour.
Et rentrer dans la ville à l'appel du tambour.
Aujourd'hui que vos pieds ont louché la Belgique,
Quand même les regrets d'un conseil léthargique.
Quand la diplomatie aux versatiles plans
Arrêterait bientôt vos généreux élans ;
Quand la voix de vos chefs, glaçant votre ame altière,
Vous dirait dès demain : Halte sur la frontière !
Gardez- vous de briser sur le sol ennemi
Ce fer que votre bras n'a tiré qu'à demi ;
Laissez s'évanouir leur pacifique rêve ;
Vous accordez au Nord quelques heures de trêve;
Quand la voix du destin aura dit : Je le veux !
Tous ces hommes de cour, incertains dans leurs vœux,
Qui fabriquent la paix dans leur laboratoire.
En pleurant de dépit subiront votre gloire.
Ils tomberont bientôt tous les bandeaux épais Que serrent sous leurs yeux nos ministres de paix ! Celui que nos Rothschilds gardent comme un otage ' Pour maintenir le calme à leur agiotage,