‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 65 sur 133 · Hyacinthe est le prénom de monseigneur de Quélen · texte numérisé non relu

Hyacinthe est le prénom de monseigneur de Quélen

Abattit sur ces mâts le drapeau de la croix, '

Et Qnélen disparut. Le vent de la victoire

A changé son beau parc en désert promontoire;

Ce palais fastueux, ce mystique jardin,

N'est plus qu'un champ public où passe le mondain.

Eh bien ! après Juillet , une ligue nouvelle Dans un temple profane à nos yeux se révèle; Cet occulte pouvoir, exclu de l'Evêché, Dans la nef de la Bourse aujourd'hui s'est caché; Sous l'habit des Colbert que l'égoïsme endosse La Banque a remplacé l'orgueilleux sacerdoce ; Des hymnes, des sermons, des croix, des bénitiers Nos froids agioteurs se sont faits héritiers. Sur cette place neuve où s'engloutit la foule Qui du quartier Vivienne au boulevart s'écoule, Voyez ce temple grec aux angles déjà gris, Qui semble frissonner sous le ciel de Paris ; Là, lorsque midi sonne au front de l' édifice, Le pontife Rothschild vient entonner l'office, Messe de l'agio que la voix des huissiers Colporte par versets aux lointains coulissiers; Les prêtres de Mammon, la foule délirante

1. Voici un fiiit que je n'ai vu cilé nulle part, et dont j'ai été le témoin ; il caractérise très-bien la glorieuse étourderie du peuple dans les entr'actes des combats des trois-jonrs. Quand les canons de la Grève furent tombés aux mains des Parisiens, une pièce fut chargée à boulet et pointée par un amateur d'occasion sur le drapeau blanc (jui flcttait encore le 29 sur la tour vexillaire de Notre-Dame ; le blanc ne fut pas touché, quoique la pièce eftt été admirablement servie , car le boulet s'incrusta sous la corniche de la tour, quelques pieds trop bas. Le Quatimodo actuel aïonlre encon' aux visiteurs ce stigmate ineffaçable.

Chantent avec effroi le psaume de la rente, Et les agens de change, à l'autel du milieu, Notent sur leur missel les paroles du dieu : Des reports cahotés l'hébraïque harmonie Roule sur les arceaux du temple d'Ionie ; C'est un tableau mouvant de têtes et de mains, C'est un fracas de voix et d'aboîmens humains, De cris mystérieux, de blasphèmes, de râles, De sanglots étouffés sous les nefs latérales. Et tous ces bruits, frappant les sonores plafonds, Proclament le triomphe ou la chute des fonds.

C'est là que le Pouvoir créa sa métropole, *

Son culte hérésiarque et son nouveau symbole.

La plume du comptoir, sur un obscur feuillet ,

Balance les destins du peuple de Juillet;

Un ministre banquier, en apurant son compte,

Ecrit dans son avoir ses recettes de honte ;

Sur les traites d'honneur qu'un grand peuple souscrit

Il laisse subsister le protêt qui flétrit ;

Tout est dans ses bureaux affaire de commerce :

Il escompte le sang que la Pologne verse,

Et pleurant ses deux fils comme une autre Rachel ,

Pour ses vingt mille francs pardonne à dom Michel. ^

Oh ! plaignons le pays ! la jeune dynastie

A trouvé dans la Banque une autre sacristie ;

Absolu comme lui, comme lui peu guerrier,

1. Dans les indemnités que la France exigea du Portugal en faveur dès Fiançais victimes du gouvernement de dom Miguel, 20.000 francs furent stipulés pour M. Bonhomme.

L'archevêque Quélen s'incarne dans Périer : Périer, dans le sénat , d'un geste a fait éclore Les trois cents de Villèle au masque tricolore ^ Ceux-là , comme autrefois devant Rome à genoux, Pour voter ne vont plus consulter Frayssinous ; ' Leurs lèvres, chaque soir, ne baisent plus l'étole. Ils ont changé de temple, ils ont changé d'idole; Le spectre de la baisse, apparu devant eux. Détermine d'un mot leurs bulletins douteux. Pauvre France ! toujours sur lécueil suspendue, A l'encan du Parquet te voilà donc vendue ! Des choses de l'honneur le Pouvoir négligent A confié ta gloire à des hommes d'argent. A des croupiers, tailleurs de la passe et la manque, ' Dont le cœur est ridé comme un billet de banque, Et qui tous font des vœux pour qu'à la fin du mois Varsovie en tombant fasse monter le Trois. Mais un espoir soutient la France, notre mère, Du règne des banquiers elle attend le brumaire ; Dès que la liberté saisira le timon, Le sceptre sortira des tribus de Mammon.

1 . M. Frayssinous, évêqiie d'Uermopolis, un des hommes les plus iufluens du parti prêtre, sous le règne de Charles X.

2. La passe et la manque sont deux expressions empruntées au vocabu- # laire de la roulette, qui se compose de trente-six numéros: la manque désigne les dix-huits premiers, et la passe les dix-huit derniers.

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