‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 66 sur 133 · A CEUX QUI RETOURNENT · texte numérisé non relu

A CEUX QUI RETOURNENT

Vous ne goûterez pas les fruits de la victoire, Tantales des combats, à l'héroïque vœu!

Le vent frais de ce fleuve oii vous brûliez de boire N'a glissé qu'un moment sur vos lèvres de feu : Oubliez dans le Nord la liberté qui pleure; Vers nos tristes foyers reprenez vos chemins :

Dès que votre haleine l'effleure, Le laurier triomphal échappe de vos mains.

D'armes et de soldats la Hollande épuisée Croyait d'une révolte étouffer le levain ; Les marchands du Texel , les fils du Zuyderzée Semaient leurs bataillons aux portes de Louvain, Déjà les cavaliers passaient au vol les fleuves. Les coursiers aspiraient la flamme des naseaux,

Mais devant vos trois couleurs neuves, Ce peuple de castors est rentré sous les eaux.

Braves amis ! qui sait où votre bond immense, Qui sait où votre vol eût porté nos drapeaux? Faut-il si tôt finir, quand si tard on commence, Si tôt vous endormir sur votre arme au repos? 0 regret ! on dirait que le destin vous raille ! Le doigt à la détente et la mèche au canon,

Vous auriez pu livrer bataille Le jour victorieux de Saint-Napoléon!

A CEUX QUI RETOURNENT. m

Eh bien ! le frein glacé d'un vieillard diplomate ' Du coq, ami de l'aigle, a retenu le vol; Talleyrand, Philidor d'une armée automate, ^ Vous a fait manœuvrer sur les cases du sol. Vous attendrez longtemps la fin de l'intermède ; Dans son cabinet froid l'égoïste au cœur sec,

Habile au jeu de Palamède, ^ A pris nos fantassins pour des pièces d'échec.

Du moins, votre valeur, en naissant étouffée.

Laisse une trace encor sur le sol ennemi ;

Vos mains ont abattu cet insolent trophée

Sous qui, pendant quinze ans, notre gloire a gémi.

C'est bien ; à l'avenir l'orgueilleuse Angleterre

Ne paradera plus devant ce grand tableau.

Et de ce hochet militaire La chute a réjoui les morts de Waterloo.

Rassurez-vous; bientôt on vous fera justice ;

Il faudra bien un jour rappeler nos soldats ;

Ce baiser qui des rois consacre l'armistice

N'est entre eux aujourd'hui qu'un baiser de Judas.

Vous vengerez un jour la liberté flétrie.

Et quand vous reviendrez de l'Adige ou du Rhin,

Vous aurez droit que la patrie Vous dresse, à votre tour, un monument d'airain.

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