‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 89 sur 133 · Noms des deux forts de Toulcn · texte numérisé non relu

Noms des deux forts de Toulcn

3. Au siège de Toulon, les Anglais mirent le feu aux vaisseaux français qu'ils ne purent pas emmener, et prirent le large à la lueur de cet immense incendie.

Et ceux quij crénelés dans une anse fatale, Brûlèrent d' Aboukir la flotte orientale ; Et ceux de Trafalgar, que Nelson au cercueil Couvrit, à leur retour, de victoire et de deuil; Ceux, enfin, plus connus aux yeux de mon enfance, Ces flottans guichetiers des côtes de Provence, Oui vinrent démolir, sous un immense effort, Ce même Romiilus qui rentra dans le port : Alors j'aurais voulu, sur ces poupes hautaines. De la profonde cale aux pointes des antennes. Souffler de ma poitrine un ouragan de feux, Et changer en tisons d'incendiaires vœux.

Eh bien! oublions tout, deuil, trahison, défaite. Confondons notre histoire, et que la paix soit faite ; Juillet sur nous et vous n'aura pu luire en vain, Et l'air d'un peuple libre épure tout levain. Rougissons des vieux temps de nos tristes querelles, L'Océan tout entier a ruissela sur elles; ï)e Calais à Brighton, les arts, depuis quinze ans, Transvasent chaque jour de mutuels présens; Au crible du malheur, sur ce double rivage. Les peuples ont poli leur âpreté sauvage ; A travers le détroit ils se donnent la main, Et le gouffre de l'onde est pour eux un chemin ; Et surtout aujourd'hui que le nœud populaire Unit au continent l'île triangulaire, Que l'Etna de Juillet, ' dans sa cuve d'airain,

1. Ce vers et ceux qui suivent ne doivent pas être pris dans leur sens propre ; l'auteur a sans doute voulu peindre l'espèce d'union dans l'amour

Va de Londre à Paris par un pont sous-marin, Et que sur la Tamise une orageuse scène Sous le pont d'Iéna fait bouillonner la Seine.

Oui, nos Chartes sont sœurs, filles du même droit;

Nos liens sont communs : au milieu du détroit

La grande liberté tient sa balance austère,

Un plateau sur la France et l'autre en Angleterre ;

Et le glaive ennemi qui romprait ses chaînons

Allumerait d'un coup nos fraternels canons.

Qu'on l'avoue : à travers cette brume épaissie

Que pousse en Occident le vent de la Russie,

Deux peuples qu'uniront de politiques nœuds

Allument aujourd'hui leurs phares lumineux ;

Us s'élèvent autant sur leurs voisins d'Europe

Que le pin du Carmel au-dessus de l'hysope;

Ils ont seuls une histoire, un livre à mille plis,

Où s'entassent aux yeux leurs travaux accomplis,

Incomparable histoire où la page première

Nous éblouit déjà comme un trait de lumière.

Qui , loin de s'affaiblir aux jours que nous voyons,

Astre contemporain, agrandit ses rayons.

Eux seuls, après mille ans, fiers de leur droit d'aînesse,

Etincellent encor de vie et de jeunesse ;

Pour élever le trône où leurs pieds sont placés

Ils ont pris pour gradins tous les siècles passés ;

Eux seuls ont retrouvé, par une œuvre assidue,

(le la liberté, qui unit le peuple français et le peuple anglais, et celle sympathie qui l'ait qu'une commotion dans l'un des deux pays a presqu** toujours un écho dans l'autre.

La primitive loi que l'homme avait perdue, Et délivré, bien mieux que sur un parchemin, Des lettres de noblesse à tout le genre humain.

Aussi , craignant pour eux un pacte populaire, Tous les princes groupés sur le cercle polaire Regardent en tremblant comme un astre fatal L'étoile qui se lève au ciel occidental; Les trois Mages du Nord, sortis de leur royaume. Cherchent la Liberté sous un berceau de chaume ; Mais cette fois, glacés de prodiges récens, Ils ne lui portent pas la myrrhe ni l'encens; Avant qu'en leur palais sa pique ne les blesse Ils veulent étouffer la naissante déesse.

L'étouffer! lions-nous par les nœuds les plus saints, Peuple anglais ! déjouons ces infâmes desseins; Qu'avec le continent votre île se fédère, Car nous avons commis un crime solidaire ! Coupables tous les deux d'avoir senti nos droits, Nous sommes assignés au tribunal des rois : Qu'ils se cotisent donc pour nous livrer bataille; Ils nous ont déjà vus dans toute notre taille, Nous, lorsque Charles-Dix s'exila sur nos bords, Et vous, en lapidant la majesté des lords. '

1. En 1831, lors de la première discussion sur la reforme, le peuple se rua sur les maisons des membres de la chambre haute les plus opposés au projet, et, suivant l'usage immémorial du pays, se mit tranquillement à briser toutes les vitres. Mais comme, à Londres, les rues sont tenues dans un état de propreté dont nous n'avons pas une idée à Paris, il n'était pas facile de se procurer des pierres. Des enfans allaient en chercher au

Oh! combien ils ont dû méditer de croisades Tous ces commis de rois, ces agens d'ambassades, ,j-i i^i Quand du bill oppresseur déchirant le leuillet .. .,h «jiiO Londres se décora du ruban de Juillet ; ' a, iitr î 1

Qu'au fracas du tocsin qui sonne les angoisses )

Se heurtaient les guidons de toutes les paroisses ; iioilA Quand devant Westminster, ouvert à deux batlans,.ion A Marchaient silencieux trois cent mille babitans, j no/l Et que des vieux quartiers de la ville insoumise., j «îbM Débordait, en grondant, la vivante Tamise ! jàdil«>b aV^

Voilà ce que le Rhin, le Danube et le Don , g'jvmj i;.k I Ne laveront jamais par un triple pardon. i

Eh! qu'avons-nous besoin pour voir ce qui s'apprête D'interroger des Cours l'officine secrète? :«k'ii/

Jusqu'ici, contenus par de prudens délais, »;nfioh jj , Leurs plans n'ont pas franchi le seuil de leurs palais ; 1 Pourtant prêtez l'oreille : avant d'être apparue, ')

Cette émeute des rois bourdonne dans la rue, '.

C'est peut-être demain que jailliront éclos Ces vastes attentats médités à huis clos. I

Eh bien ! n'attendons pas que le Nord se décide A nous emprisonner sous sa hgue homicide : A nous l'invasion pour la troisième fois;

loin et en Taisaient le commerce : un témoin oculaire et digue de loi nous a dit en avoir vu payer jusqu'à un schelling la pièce. Quelques émeuliers trouvèrent plus simple, et surtout plus économique, de se servir de gros sous. Plusieurs lords trouvèrent le lendemain le plancher de leurs appartemens jonché de cette monnaie, (jui put du moins les aider à réparer le dégât.

1. Dans cette mémorable procession des habitans de Londres ,^ ou a remarqué qu'un grand nombre de citoyens étaient décorés de rubans bleus.

A VOUS, Anglais, la chute et la mort de vos lois, Le réveil insolent d'une vieille noblesse Que depuis quinze mois votre liberté blesse. Et qui, puissante alors d'un secours colossal. Courberait sous un bill le peuple anglais vassal ! Allons, frères, debout ! instruits à leur école A notre tour aussi forgeons un protocole, Non pas enseveli dans l'ombre d'un carton, Mais clair, retentissant de Calais à Brighton ; Ne délibérons pas dans des conseils antiques : Nos cabinets d'Etat sont des places publiques. Les pavés sont nos bancs, notre dôme c'est l'air, Et la rue où l'on passe est notre Westminster. '

Anglais! quand vos marins, ces laboureurs de l'onde, '

Qui donnaient si souvent des supplémens au monde,

Découvraient par hasard un domaine inconnu

Où l'homme européen n'était jamais venu;

Pour consacrer leurs droits sur la nouvelle terre.

Ils y plantaient un mât aux armes d'Angleterre,

Et clouaient fièrement une plaque d'airain

Avec ces mots : Ici l'Anglais est souverain.

Eh bien! franchissez donc l'onde qui nous sépare,

Il faut mettre l'orteil sur l'Europe barbare;

Sur le même poteau ciselons une fois

Le lion d'Angleterre avec le coq gaulois;

Plantons-le sur le Rhin connue un pieu d'épouvante

Pour ces rêves d'orgueil qu'un despotisme invente,

t. Est-il besoin de rappeler que Westminsler est le lieu consacré aux tombes royales? C'est le Saint-Denis de l'Anj^letorre.

Et que sa triple face, aux trois points du chemin,

Porte ces mots écrits en tout langage humain :

« Ici, le Nord sauvage a des bornes prescrites;

« Défense à tous les rois de franchir ces limites :

« C'est le sol du génie et de la liberté ;

« L'Angleterre et la France ainsi l'ont décrété! »

Voilà le protocole aux formes décisives

Qui retiendrait les rois dans leurs cités oisives ;

Qui peut dissoudre enfin tout appareil guerrier ^

Mieux que les beaux discours de Casimir Périer.

Oh ! ce pacte sauveur, consolante chimère.

Qui demain va mourir sur ma feuille éphémère,

Pourquoi, jusqu'à ce jour par la raison promis,

N'a-t-il pas eu le sceau des deux peuples amis?

Pourquoi?... Ne cherchons pas dans l'abîme des nues

Des hauts secrets d'État les raisons inconnues;

Fouillons le cœur humain, cet obscur réservoir

Que l'œil de la pensée a seul le don de voir :

Sur un frêle pivot que la chair enveloppe

Gravite incessamment le destin de l'Europe ;

Qui sait! l'obstacle vain qui retarde nos vœux.

C'est peut-être une femme ajix blonds ou noirs cheveux ,

Danseuse de boudoir, sultane diplomate.

En vitchoura soyeux, dépouille d'un Sarmate,

Qui pour pendre un ministre aux tresses de son cou,

Aventureuse Armide, arriva de Moscou.

Voilà l'histoire ! hélas! les secrets politiques

Ont toujours un parfum de forfaits erotiques;

Pour connaître un ministre entr' ouvrez ses rideaux :

Les mystères d'État sont tous de chair et d'os.

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