LA MESSE DE MINUIT
Minuit moins un quart La cloche de l'é^ÎM de N^moA-iUe ae fait entendre. Aubîtdt les rucH 8 em|)liflMnt de tous lee habitants, qui se dirigent vers ll^Use; peiMMUie n'aurait voulu manquer cette première messe de minuit. Bientôt toutes les Kvidenoes, à rezoeptioo de eelles qui contenaient des malades, furent videi.
On avait fait transporter Torgue du " Nautilus " dans l'cgline et préparé une belle messe, ear les musiciens ne manquaient pas à Némo> ville. Le gouverneur et son secritain ayant pris place aux bancs armoriés qu'on a\'ait préparée pour eux, une main habile joua les premien accords d'un chant de Noël. A oe moment, la jK>rte de la chapelle se rouvrit, et l'on vit apparaître M. Duflot, dans nne chaise à rooleCte, que poussait son fidUe domestique. Roger alla au devant de lui et l'installa auprès de son
Une voix douce et vibrante modulait alon les premiers nx)ts de ce chant toujours si beau ** Minuit, chn'tiens." En entendant cette voix- Ut, le fourerneur trsMÛllit et too Toiân, IL
•I NXMOVILLB.
rhiflot. posa Ift mftin stir son cœur, comme pour en arrêter les battcinenU. Cette vuix, c'était colle (lo Oat'Uinc. Quand le chant pieux fut terminé, M. Dtirtot se pencha à roreille de Roger
et lui demanda; " ()n; .L.n.- ilimte ainsi?"
— " C'est niademuiâciic Laurent," répondit le gouverneur.
I..es deux hommes ne parlèrent plus tout le temps que dura la messe, mais en sortant de la chai>elle, M. Duflot reprit la conversation où il
l'avait laisst'e-
— "Cette jeune fille a vraiuKMii ix
ongcliquc, ne trouvez-vous i>a8, nu< .- i le gouverneur?"
-^" Angélique, en effet," répondit Roger. Il ajouta: " Toute la i>ersonne de cette jeune tille a quelque cliotic d'éthéré, presque de surnaturel ; il semble que rien en elle ne reaeemble aux autres femmes. Vous le constateret, monsieur Duflot, quand vous la connaîtret. Pour me 8er\'ir d'un vieux cliché, elle a l'air d'un ange égaré sur la terre."
— " Quand un ange descend sur la terre,
reprit en souriant M. Duflot, c'est - '• '-^loment |>our faire le bonheur de c|UolcjUi. .
NmoviLUL tr
n lança du cMé de Roger un coup d'œil narquois.
Roger sourit, et répondit : " Ou bien pour 800 malheur."
M. Du flot ne répliqua pas, mais penra avoir deviné nue Hoccr aimait déjà et aaxui e^rair.
1 ' retenti les premiers aeoorda
du vietix Noël. " Il est né le dinn Enfant/' à la mose de minuit, c'avait été au tour de Paul de se MnUr remué par la voix de U ehanteuae, car il avait reconnu celle de Jeanne, la fille du docteur de Chantai, qu'il aimait
Après la mi—o, tous les penonnagos doot fl a été question dans ce chapitre moins les deux jeunes filles, Qaétane et Jeanne se réuiireot ohet le gouverneur. Au nombre des invités se trouvait ansn le curé.
M. Duflot, contre son habitude, avait aocepté de dSner en oompegnie, ce quHl ne faisait géoénlemeot peo. Ce n'était pes un convive bien gai que M. Duflot, mais il avait le boo esprit de garder pour lui même son incurable tristesM, et comme il avait beaucoup voyagé, il était fort tntffremant k entendre eauMr. H n'était pas de ceux qui semblent avoir tout vu i tnven un verre gmwMwnti et qui tÎMUMDt
m KCMÛVILLB.
lêun auditeurs pour dee nigauds : il parlai! quand on rintorrogeait, et savait se taire au bon moment.
Monsieur le cun', demanda, tout à coup M. DuHot, cette jeune tille, qui a n bko chanté " Minuit Chrétiens," a-t-elle ses parents à Némoville? "
— " Mlle Durand est orpheline, répliqua le prêtre."
— "Durand?... Son nom n'est-il pas Laurent?..."
— " En effet, répondit Roger, son nom est Gaétane I^urent."
— " Gaétane I . . . Elle se nomme Gaétane?" quœtioniui M. Duflot avec intérêt £t laMté diâtiit, protH|ue en même temps, Lan* ront?i- . . ».m num etit Laurent?. . . en êtea-TOOi bien certain, Roger? "
— "Absolument certain, répliqua Roger, puisque c'est elle (pti me Ta dit; elle est fflle d'un capitaine Laurent."
I^ curé fut préoccupé tout le reste du dîner, ai quoi qu'il fit pour paraître gai, M. Dullot était distnil et aongeur.
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Enfin vers cinq heures du nuUin, les oonvives se retirèrent et allèrent prendre un peu de repos.
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GAETANE CHERCHE UN EMPLOL.
La fête de Noël était passée depuis detu^ jours et NénioviUe avait repr» son aspect accoutumé. I/ai>))é Bernard, pour une raison ou pour une autre, n'avait point revu Gactanc. I^ jeune fille elle-même vint au devant du désir qu'avilit le prêtre d'avoir avec elle une conversation à propos de sa famille.
Le vingt-eept décemKre, quand l'abbé entra à la sacriiitie, il a|>erçut la jemic fille qui l'attendait. I/e cun' lui dit en .souriant: Je suis bien content de vous voir, car je désirais causer ave<* vous: mais avant, dite»>moi ce qui vous amène."
— " Voilà deux mois que je suis k Némonlle, répondit Gaétane, timidement, deux mois d'oisiveté. Mais je n'aime pas l'oisiveté et je venais vous demander si vous ne pourries pas m 'aider à trouver un emploi quelconque. Marcelle est très bonne, et je sais qu'elle aura du chagrin de me \x)ir partir, mais il faut que je parte; ce n'wt pM laoi de boxuiee raisons auiai
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que je ferai le sacrifice do me «/«parer d'elle, car je l'aiiiie lieaucoup. \niur tout le l»ion qu'elle m'a fuit, depuis que je suis ici."
— " Et voiw fuites bien, mon enfaut, Toisiveié est une muuvuiae choee. Je vaifl m'occuper de vous trouver un emploi immédiatement."
— " Merci," dit Oaétane avec effusion en se levant pour prendre congé.
— "Je croyais que votre nom était Durand," lui dit le prêtre, en la retenant un instant. C'est Roger qui m*a détroinpt'', hier M ■■ '' !U\ Au nom de Roger, la
y violemment, et le prêtre le
remaniua.
— " Bon, bon ! pensa-t-il l'amour aurait>il fait une victime de cette enfant candide ! "
— ** ]je nom de Looient est celui de mon père adoptif, reprit Oaétane; je me ne connais pas d'autre famille. Pourtant j'avais cinq ou itx ans, lunitiue le capitaine I^urcnt m'adopta, et je me souviens vaguement de mon enfance, avant cette époque. Je me souvieoi d'avoir vu lua mère siur son lit de mort, et tenei, je n'ai pu oublier •« traits, car voici son image que je porte à iBoa ooo." £a dlM&t cela, ellt mon*
H NlBMOVlLLl.
trait au prêtre un petit médaillon, où était une miniature de femme, une femme jeune et belle, qui souriait.
— "Je me souviens aussi que mon père m'emmena en voyage avec lui. Après ceU, je ne me souviens que de mon séjour che* mes parents adoptifs. Le capitaine I^urent, un homme rude qui me ptirluit toujours «lurcment ei sa femme, une pauvre créature, qui trcuïblait devant lui, mais qui était bonne jwur moi. Cette pauvre femme fit pour moi tout ce quelle put; c'est elle qui m'apprit à lire et à écrire et tout ce quelle siivait. J'avais seiie ans lorsque je Tai perdue, et je l'ai pleurée sincèremMit, oar j'avais perdu la sçule amie que j'avais alors."
— " Pauvre petite 1 munnura le prêtre."
— " Cependant, le capitaine Laurent ne me faisait pas la vie trop dure, lorsque le dix octobre dernier, Pierre Laurent, son (ib arriva à bord du bateau, qui ct*iit devenu ma demeure» depuis mon adoption par le capitaine Laurent. Je connaissais à peine Pierre, car son pèie l'avait, dès l'Age de dix ans, placé en pennon, dans un collège éloigné, et il n'était rertna à bord qu'occaiioaoeUtment.
KuoviLLa. H
Je ne ravav pas rêva depuu la mort d« m mère. Il ne m'nvuit jnniaiff in^fiirv une )ntmde sympathie, {mn*e ({u'il était cniel et mt ; mats tn le re\*oyaiit jeune homme, fat, commun, arrogant, j'éprouvai pour lui une véritahie répulttoo. Le malheur voulut qu'il s'éprit de moi et qu'il me demandât en mariage. Comme voua le de\ines, aana doute, je le refusai, liais sans s'inquiéter de mon refus, son père et loi fixèrent la date de notre mariage, et m'avertirent que j'avais k me soumettre. On avait choisi la date du vingt^uatre octobre. Je ne vous ferai pas le récit de tout ce que j'eus à souffrir durant ces joun que je pasni sous le toit du capitaine Laurent, après l'arrivé de Pierre. 1^ vingttrois, la veille de la date fixée pour notre mariage, Pierre rassembla sss amis pour " enterrer sa vie de gargoo/' comme il disait De ma cabine j'entendais les chants et les propos de ces misérables, et je pouvais pour ainai <Ûre, suivre les pbasBS de leur ivresse car c'était une oigie peu ordinaire que cet "enterrement ", je vous •asore. Vers deux heures du matin, je n'«i« tandis plus rien, et j'en conclus que tons étaient ivres et dormaieot^ A pas de loup, je sortis de ma cabine, «i m'avançai jusqu'à la porte du Mlon. J'éooatai tt ntr'oavris la porte. Ji ne m'étâii pM tiooEtpét, Pi«n it m istitéi eu*
14 HÉàMUJk
TftiflDi leur vin, lee uns couches sur la table, l« autr«) (lcs8ouâ; qnclqu«*-uns h terre ou sur las fauteuils. Jo dt^tiilui de ne pus manquer cette chance de salut, qui s'offrait ù moi; je courus sur le {)ont, et sautai dans le canot de sauvetage, qui était à la remorque du bateau, et m'enfuis à force de rames.
Pendant deux jours, mon canot flotta sur rOccan; rospôrancc de rencontrer un bateau sauveteur nio donnait du courage. Mais à la fui mes forces me trahirent, les avirons tombèrent de mes mains, et mon canot devint une épave. . . Je me couchai dans le fond, n'ayant plus la force de me i^uutenir, et j'attendis lu mort sans rc;;ret. . . Je m'évanouis de faiblesse et de fati ' ie ne sais pas coin' ' ' i{is mon
cai ; la mer, avant d- lo par le
docteur Desmarais, qui me sauva la vie."
— " Le docteur Desmarais ; " fit le prêtre surpris, " qui vous a dit que c'était le doctear Desmarais qui vous avait sauvé la vie? "
— " Mais, c'est Marcelle," répondit Qaétane, surprise ù sou tour de la question de l'abbé."
— "Mademoiselle Marcelle est fort mal tmuÊ^é^ à ce qu« je voit, reprit le prdtre, j'ai
KlàMOVILLÉL II
l à votre sauvetage, mon enfant, et je aais très bien que le docteur Deamarais n'était pas là."
— " Mais qu'importe, fit le prêtre, en sour "(«cntiel c'est qu'on ait eu le bonlieur
w -uuver."
Pour Gactane, cependant, il importait fort que ce ne fût pas le docteiu* qui lui eût rendu ce sen'irc. Kilo éprouvait comme un soulagement à lu iM'iK"*»'-!; (lo ne rien devoir à cet homme, pour qui elle avait une secrète antipathie, qu'elle se j., 1 .;. ......,ç jjj^ç in;;rutitudo, depuis que
y. I dit que c'était lui qui lui avait
sauve la vie.
— " Kt qui donc m'a tirée des flots? " deniundu>t-elle inquiète et hésitante.
-" Cent le Kouvemcur lui-même, mon enfant," n'fiomlit le prêtre, " rmiw revenions d'une excunuon de pêche, Ko^er, Paul et moi, lo»fi . canot, qui vogtiait
Il . li pensé qu'il était
vide, d'abord, mais nous avions décidé de le remorquer quand même jusqu'au " Kautilus;" et c'est seulement quand nous avons été assez pris pour tirer le canot à nous que nous nous sommes aperçus qu'il y avait une naufragéi à bord."
fé MbhovillM.
QaétaM «ni de la peioe à oteher too énio» iioii, en appreiuint que c eUit & Renier qu'élU devait la vie.
Elle fioriit de la sacristie moins malhetireuM qu'elle était entrée.
XmOVIUJB. T7