ET DES HEURES DES PANSEMENTS
Il faut observer avec beaucoup d'exactitude les heures de pansement des chevaux que l'on entraîne; ils remarqueront une différence de cinq minutes; car leurs estomacs sont d'excellentes horloges. Un bon pansement est plus avantageux à un cheval qu'on ne le croit en général. Il porte le sang à la surface du corps, et facilite sa circulation dans tout le système ; il donne de l'élasticité aux poumons et rend à la fois l'haleine et la digestion bonnes. On peut même dire qu'il remplace l'exercice quand le temps est mauvais.
S'ils sont depuis fort peu de temps en état, et surtout si le mauvais temps les a empêchés de sortir la veille, les chevaux de course devront faire trois ou quatre fois le tour de la cour de leur écurie, avant de se rendre sur le terrain où ils font leurs exercices ; car cela les tranquillise. Si le terrain est le moins du monde humide, il faut leur couvrir le ventre, de peur que cette partie ne se salisse, attendu qu'il y a des chevaux qui éprouvent une forte irritation nerveuse quand on la leur nettoyé. Quand il fait du vent, il faut aussi avoir grand soin de bien attacher les couvertures par devant et par
derrière, et si le vent est très-fort, une pièce de drap , appelée en anglais breast sweater, devra être ajoutée par dessous le poitrail [breast plate) ordinaire. Je ne suis pas d'avis de tenir les chevaux dehors longtemps à la fois quand ils font de l'exercice. Il me semble que trois heures devraient être le terme le plus long ; davantage leur fatiguerait les membres ou les rendrait legweary.
J'aime que toute chose se fasse bien dans une écurie, mais tout palefrenier ne sait pas s'y prendre comme il faut pour déshabiller un cheval. Après lui avoir attaché la tête, l'avoir muselé, et avoir détaché le camail et le poitrail , il faut que le palefrenier fasse glisser sa main gauche le long de l'épine du dos de l'animal en tirant les vêtements en arrière par dessus la queue , après quoi il les jette dans le râtelier et hors de la portée du cheval. De cette manière , tous les poils de la peau du cheval se placeront bien. Quand on lui remet ses vêtements, il faut les remonter de quelques pouces plus avant sur le corps , que l'on n'a l'intention de les laisser , et le palefrenier , se tenant précisément derrière la queue du cheval , les tirera doucement à lui et
ET DES HEURES DES PANSEMENTS. 199 les placera comme ils doivent rester ; par cette opération , tous les poils seront encore bien lisses. Le camail et le poitrail étant bouclés, une pièce de toile étant jetée sur sa croupe, et ses jambes ayant été frottées, sa toilette est achevée, bien entendu que la tète et le cou auront été préalablement arrangés. Rien ne paraît plus gauche que de voir un palefrenier habiller un cheval à rebrousse poil , ce qui doit nécessairement arriver s'il place ses vêtements, en les lui mettant , plus bas qu'ils ne doivent rester. Les chevaux doivent être habillés trois fois par jour en hiver , et quatre fois en été.
J'aime à voir un cheval de course bien vêtu dans son écurie, pendant les rudes travaux de l'entraînement. Il ne faut pas qu'il ait moins de deux couvertures sur le corps à la fois : quand il est chaudement vêtu , le groom pourra introduire, si le temps est doux, l'air extérieur dans l'écurie, sans courir le risque d'enrhumer le cheval. 11 ne faut jamais ôter la pièce de toile quand l'animal fait de l'exercice.
Le choix du terrain où se fait l'entraînement est un point important , que doivent considérer les propriétaires de chevaux de course. Il doit
être , s'il est possible , élastique , mais bien sec , et surtout exempt de trous, d'ornières et de toutes inégalités, telles que des monticules de fourmis, etc. Un terrain sablonneux est mauvais, parce que , faute d'élasticité , il est pernicieux pour les tendons, et tend à rendre les chevaux lents; un sol argileux n'est pas bon non plus, parce qu'il devient aussi dur qu'une route quand l'été est sec , et l'est presque toujours au milieu de l'été. L'ébranlement et la chaleur que produit dans les pieds l'action de galoper sur une pareille route, sont évidentes. Un terrain montagneux n'est pas aussi estimé qu'il l'était autrefois; on s'est assuré que l'action de gravir est presque aussi pernicieuse pour les jambes de devant que celle de descendre, il est très - avantageux d'avoir dans les environs de l'écurie d'entraînement un terrain dont la surface soit mêlée de mousse qui , par son élasticité , permet à un groom de faire suer ses chevaux quand il gèle, ou quand son terrain d'entraînement ordinaire n'est pas en bon état. Cela est surtout nécessaire pour des chevaux qui ont besoin de suer pendant longtemps de suite.
et des heures des pansements. 201 Manière de faire suer les chevaux de COURSE. Il n'est pas possible de donner des règles générales sur la manière défaire suer les chevaux de course , attendu qu'il faut avoir égard à leur constitution, à leur âge, et à la longueur du temps qu'ils ont été dans l'entraînement. Quand ils ne font que commencer, ils suent, comme de raison , avec une grande facilité : dans ces circonstances, il faut les faire marcher lentement , et puis augmenter par degrés la rapidité (le leur allure \ On ne tardera pas à s'apercevoir de l'effet de cet exercice parla diminution dans l'épaisseur de leur corps; et tandis que leurs membres acquerront de nouvelles forces, la puissance de leurs muscles augmentera , et leur respiration s'améliorera. 11 y a des chevaux qu'il
t On lit dans un ouvrage de feu Samuel Chifney, célèbre jockey de Newmarket, intitulé Genius Genuine, le passage suivant :« Le premier point auquel on doit s'attacher en entraînant des chevaux est de mettre leurs membres en état de porter leur corps , ce qui se fait en les accoutumant d'abord à de courtes promenades, de courts galops, de courtes suées, et accordant à leurs tendons le temps de se reposer entre leurs travaux, sans quoi les meilleurs membres seront ruinés. Les membres des chevaux sont facilement ruinés au commencement de leur travail , mais quand ils ont eu le temps d'être bien entraînés, on peut les faire courir et les monter presque autant que l'on veut, sans que cela leur fasse mal. »
devient nécessaire de faire suer jusqu'à trois fois par quinzaine, d'autres seulement une fois par semaine , et d'autres qui n'en peuvent supporter la fatigue qu'une fois tous les dix jours. Ainsi que je l'ai déjà observé , on a vu des chevaux qui n'ont pas eu besoin de suer %)êtiis une seule fois dans tout le cours de leur entraînement; mais ces exemples sont fort rares : un exercice prolongé et une bonne nourriture donneront de la fermeté et de l'élasticité aux muscles ; mais peu de chevaux seront en état de courir si leurs vaisseaux sanguins ne sont bien nets et bien libres, si leur sang n'est pas dans un état de fluidité convenable, et s'il n'est bien nettoyé de toute matière excrémentitielle , ce qui ne peut se faire que par le moyen de transpirations fortes et réitérées.
Ce sont ces transpirations, que, pour certains chevaux de course , on est forcé de porter à un degré extraordinaire, qui forment la partie la plus pénible de la préparation qu'ils sont obligés de subir, et qui est toujours plus ou moins accompagnée de danger pour les membres et les muscles. Aussi les membres des chevaux qui viennent de suer doivent-ils être soigneusement
ET DES HEURES DES PANSEMENTS. 203 examinés au retour, et les plus grandes précautions sont nécessaires pour empêcher que les chevaux ne s'enrhument.
Quant à la distance à laquelle de vieux chevaux , c'est-à-dire qui ont plus de quatre ans , doivent aller quand ils suent, et la rapidité qu'il faut exiger d'eux , ce sont là des points qu'il est impossible de décider sans connaître leur constitution; mais les chevaux de trois à quatre anf , dont la constitution est bonne, feront utilement trois à quatre milles avec ce que l'on appelle une demi-rapidité [half-speed), en la leur faisant augmenter graduellement, jusqu'à ce qu'ils parviennent à la fin presque au plus haut point possible. Les suées d'un poulain de deux ans ne doivent jamais passer deux railles, et son allure doit être modérément rapide. 11 faut toutefois observer qu'en faisant suer un cheval , on doit toujours lui faire parcourir m/i espace de terrain plus long que celui du terrain de la course, et s'arranger, s'il est possible, de manière que, lorsque le groom aura décidé quels sont les intervalles que la constitution du cheval exige > on s'en tienne exactement à cette décision. L'espace ne me permet pas de m'étendre beau-
coup sur les vêtements qu'il faut donner aux chevaux de course quand ils suent. Les couvertures appelées hood, body et hreast sweater dont on se sert, sont connues de tous les selliers, qui les fournissent quand on les demande. Le grand point est d'unir la chaleur à la légèreté; il faut avoir pour les jambes de bonnes bottes; car quand les chevaux parcourent en suant un grand espace de terrain, il leur arrive souvent de changer de pied, et par suite de se cogner lesjambes l'une contre l'autre, et de devenir boiteux, ce qui force à suspendre leur entraînement. Les bottes des chevaux de course doivent être faites de drap moelleux , et il est rare qu'il leur faille plus de trois boucles sur la longueur de la jambe. Il faut les brosser et les nettoyer avec soin , chaque fois que l'on s'en est servi , afin qu'elles soient bien douces et qu'elles s'adaptent bien à la jambe.
11 est important, quand on fait courir un cheval pour suer, de lui donner un garçon qui sache bien monter. Si le cheval mène son cavalier et se jette de côté en se dérobant ihoUs) , il peut arriver qu'il lui devienne impossible de jamais courir droit par la suite. C'est ce qui m'est ar-
ET DES HEURES DES PANSEMENTS. 205 rivé, il y a quelques années, avec un de mes chevaux , et ce qui m'a fait perdre un pari considérable.
Au POTEAU. C'est un point important de faire que le cheval arrive tranquille au poteau, afin qu'il puisse bien faire son départ. Plusieurs des meilleurs chevaux de course ont été défectueux sous ce rapport. Le jeune Eclipse, qui a gagné le prix de Derby, devait être conduit au poteau sans son jockey, qui ne pouvait le monter qu'au moment de partir. On a attribué la perte du prix de Saint-Léger à Doncaster par Mameluke^ à ce qu'il était rétif en arrivant au poteau, et j'ai connu deux chevaux qui n'ont jamais voulu partir en public. Les entraîneurs et les grooms ne sauraient montrer trop de calme dans ce moment , et plus le cheval est tranquille en partant mieux cela vaut. Je condamne très-fort l'usage allemand de crier à haute voix : « Un , deux, trois et partez ! » Quand je montai les chevaux gagnants des deux prix royaux à Dobberan, dans le Mecklembourg, je crus qu'il me serait impossible de les faire partir, surtout fVUdJire, du baron de Biel ; car en entendant le mot m«, il se retournait sur-le-champ, ou s'élançait avec
206 DE LA NOURRITURE, DE L'EAU , ETC. force en avant. Tout ce qu'il faut dire , c'est « Êtes-vousprêt? » et la réponse étant affirmative « Allez. »
Wi Vavi ^f monter un c\)(m[ ^c courer.
La pose du jockey est d'une élégance particulière, qu'augmente encore la symétrie générale de ses formes ou de sa figure , car il est rare de voir un homme mal fait sur la selle d'un cheval de course. Ce qui ajoute encore à la bonne mine du jockey, c'est la belle coupe de ses habits, son costume bien adapté à sa profession; l'extrême propreté de sa personne, résultant de l'atten-
208 DE l'art de monter
tion particulière qu'il est obligé d'y accorder pendant son exercice préparatoire , et enfin son affinité, en quelque sorte, avec le noble animal sur lequel il est monté. Mais ce dernier avantage , il le doit aux rapports que le corps des animaux ont avec des natures différentes de la leur. On ne saurait en trouver un exemple plus frappant que dans la relation qui existe entre l'homme et le cheval, qui semblent faits l'un pour l'autre. Un célèbre amateur, le docteur Paley , a dit : « On observe dans tout l'univers une proportion admirable entre une chose et une autre. La taille des animaux, et surtout celle de l'homme, quand on la compare avec celle des autres animaux et des plantes qui l'environnent est précisément telle qu'elle devait l'être pour sa plus grande commodité. Un géant ou un pygmée n'aurait pas pu traire des chèvres , moissonner du blé ou faucher de l'herbe; il n'aurait pas pu monter sur un cheval , tailler une vigne ou tondre une brebis avec autant de facilité que nous.
Avant de décrire la pose d'un jockey, nous essayerons d'indiquer comment il doit être fait pour pouvoir s'y placer. 8a taille doit être de 5
pieds 5 k() pouces (5 pieds 1 pouce de France). ÎNous n'ignorons pas qu'il y a beaucoup d'excellents jockeys plus petits que cela ; naais ils ne font pas un aussi bon effet à cheval; ils ne peuvent pas non plusse tenir aussi fermes sur leurs selles, parce que leurs cuisses ne sont pas assez longues pour bien serrer le corps du cheval. Un bon jockey doit avoir le buste un peu court en proportion des membres inférieurs, avec les épaules effacées, les bras un peu longs, le cou d'une longueur modérée, la tête petite et le regard très-prompt. Il est bon qu'il soit naturellement maigre, afin que sa constitution ne souffre pas par un amaigrissement forcé; mais il faut qu'il ait, dans les jambes et les cuisses, autant de force musculaire que la petitesse de sa taille le permettra; en un mot, pour pouvoir monter certains chevaux et être de poids si léger, il faut qu'il soit un petit Hercule. Mais il ne doit y avoir aucune rigidité dans son attitude. Il faut qu'il ait au contraire une grande flexibilité dans les bras et dans les épaules, afin que tout se trouve dans un accord parfait entre lui et son cheval, il doit savoir se servir avec beaucoup d'adresse de ses mains, pour pouvoir faire pas-
N'EMAOD. 14
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ser les rênes de l'une à l'autre dans une course, et pour, en cas de besoin, fouetter de la main gauche aussi bien que de la droite. Pour dernier point, nous exigerons de lui un grand sangfroid , et la sobriété d'un brachmane.
Peu de mots suffiront pour décrire la manière dont un jockey doit être placé sur sa selle. En conduisant son cheval au poteau , il doit être bien assis, avec des étriers d'une longueur modérée, afin qu'il puisse bien enfourcher le pommeau et bien résister à son cheval. On ne sera jamais maître d'un cheval de course avec de longs étriers , parce que quand l'animal court avec sa plus grande vitesse, il s'abaisse souvent de plusieurs pouces sur ses jambes de devant. On a calculé qu'£'c//y:>>se qui, naturellement, avait les jambes de devant basses, s'abaissait encore en outre de près de huit pouces. Feu Samuel Chiffney, dans sa brochure intitulée Genius genuine, dont j'ai déjà parlé , a écrit beaucoup de sottises sur le système qui consiste à conduire un cheval de course en lâchant la bride. Quoique je ne sois nullement d'avis qu'il faille avoir la main dure en conduisant un cheval, quel qu'il soit, je suis convaincu que le système de M. Chifney
ne saurait offrir aucun avantage, soit au cheval, soit à son cavalier. Sans compter la nécessité de retenir un cheval trop ardent, qui finirait par s'arrêter tout court si on le laissait courir en pleine liberté, malgré cela, dis-je, tous les chevaux de course se sentent soulagés quand on les tient un peu fortement, et il y en a qui s'arrêtent, ou qui du moins ralentissent considérablement le pas quand rien ne les retient. A mon avis, la main d'un jockey, quand il est à cheval, doit toujours être ferme, quoique parfois d'une extrême délicatesse; il ne doit jamais étonner ni troubler la bouche de son cheval, pendant la course, en passant subitement d'une bride serrée à une bride lâche, et vice versa. En effet, dans l'équitation, il faut tout faire par degrés, mais en même temps avec fermeté et résolution , ce que les chevaux comprennent fort bien ; et la main qui , en lâchant et en retenant tour à tour, parvient à son but en employant le moins de force , est la meilleure , la plus utile et en même temps la plus agréable à un cheval.
Quand on réfléchit au grand nombre de chevaux, de toutes formes, tailles et carac-
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tères, qu'un jockey qui a de la réputation monte dans le cours d'une année , la nécessité d'avoir de la vigueur dans le poignet qui tient la bride est évidente. Il y a des chevaux de pure race qui ont le cou placé si bas sur les épaules, qu'il commence par s'abaisser et remonte ensuite comme celui d'un cerf; et sans la vigueur de leurs cavaliers, ces chevaux pourraient retourner la tête et, pour ainsi dire, les regarder en face. D'autres ont la ligne supérieure du cou, depuis les oreilles jusqu'au garrot , trop courte. La tète qui est attachée à un pareil cou est très-difficile à bien placer, son inflexibilité ne lui permettant pas de former un arc; car, quelle que soit la longueur du cou d'un cheval, le nombre des vertèbres est toujours le même. D'un autre côté , le cou , chez certains chevaux , est si détaché qu'il paraît avoir des jointures, ce qui leur donne la facilité de soulever la tète, comme s'ils voulaient porter un défi à la main du cavalier. D'autres baissent la tête en galopant , comme s'ils voulaient prendre quelque chose avec la bouche , et cela pour gagner plus de liberté dans les rênes, battant à la main avec une grande force; ceux-ci tirent
très -fort, ceux-là ne veulent pas tirer assez. Ce n'est donc que grâce au harnais que l'on met à ces chevaux à cou bas , à cou court , à cou raide, à cou détaché, qui arrachent, qui tirent, que le jockey le plus fanaeux, le plus délicat de la main , le plus ferme sur son siège, parvient à les maîtriser ; s'il ne possédait aucune de ces qualités, son cheval ferait absolument tout ce qu'il voudrait. Ce harnais se compose, indépendamment de la bride, d'une martingale ordinaire, avec une autre de rechange, qu'on appelle en Angleterre a gag rein ^ Le but de la martingale ordinaire est simplement d'empêcher qu'un cheval à cou détaché ne donne de la tète. Le jockey s'en sert habituellement , ou bien la laisse flotter sur le cou de son cheval , jusqu'à ce qu'il en ait besoin. La gag-rein, étant d'un usage douloureux pour le cheval, est ordinairement noué; on ne l'emploie que quand il devient nécessaire. Il sert à empêcher qu'un cheval ne baisse la tête quand
' La gag-rein consiste en une rêne supplémentaire, qui , au lieu de venir s'attacher simplement de chaque côté aux anneaux du bridon, passe, avant de s'y rendre, à travers un autre anneau suspendu à la têtière , ce qui affermit le bridon dans la bouche et rend son effet plus puissant.
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il va trop sur les épaules, ce qui rend très difficile de le monter et d'en tirer un bon parti dans une course. En lâchant et en retenant graduellement le bridon [snaffle rem) et la gag-rein , le jockey parvient à placer la tête de son cheval dans une position convenable et à le monter avec une sorte de facilité. Nous avons ^\i graduellement, parce que si l'on y mettait de la violence, on pourrait raccourcir son enjambée. La martingale courante, qui est celle dont on se sert le plus communément aujourd'hui, surtout pour les jeunes chevaux, n'a d'autre usage que de donner de la fermeté à la tète du cheval, de mettre son jockey en état de le gouverner, d'empêcher qu'il ne s'emporte avec son cavalier dans une course , et de faire en sorte que celui-ci puisse l'arrêter en arrivant au but. Jamais on ne monte sans cette martingale un cheval qui tire à la main ou qui va trop rondement dans une course. Le jockey l'emploie à peu près de la même manière que la rêne du bridon, la lâchant et la retenant tour à tour, afin que la bouche du cheval reste sensible et que sa tête se place bien. On concevra aisément combien il est nécessaire de se rendre
parfaitement maître d'un cheval de course par un de ces moyens , quand on songera qu'il arrive souvent que, dans uAe course, tous les chevaux sont mêlés ensemble et que le pied de l'un d'eux heurte celui d'un autre ou s'entortille avec lui , ce qui rend une chute inévitable. D'ailleurs, un cheval ne saurait courir avec toute sa vitesse , pendant un certain temps , s'il ne se laisse pas diriger par son cavalier, qui doit bien le ramasser pour empêcher qu'il ne fasse de trop longues enjambées. Cec, différentes rênes peuvent toutes être employées avec la gourmette , s'il est nécessaire , quoique cela se fasse rarement, à l'exception de la martingale. On contemple avec plaisir un cheval de course, marchant, la tête bien placée, avec une simple bride, sans aucune autre rêne : il est certain que cela est fort agréable au cheval ; mais c'est un spectacle fort rare, surtout quand l'animal est jeune. Il ne saurait y avoir de doute que le bridon ne soit ce que l'on peut mettre de mieux à un cheval de course, non -seulement parce qu'il le met en état , quand il galope , de se soutenir jusqu'à un certain point, en s'y appuyant, autant du moins que son cavalier le lui permet,
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mais encore parce que son jockey peut diriger sa tête à droite ou à gauche , quand il lui plaît , comme , par exemple , quand le chemin tourne, oii bien quand il faut l'empêcher de marcher sur les talons du cheval qui le précède, tandis que la gourmette n'agit qu'en ligne droite. U vaut pourtant mieux avoir recours à la gourmette que de permettre qu'un cheval maîtrise son jockey, et aille plus vite que celui-ci ne veut, à quelque époque que ce soit de la course. Amenons maintenant notre jockey au poteau du départ ; là , la première chose qu'il fait est de se déshabiller. Quand il a examiné la selle du cheval et qu'il a reconnu que tout est en ordre, il soulève la jambe gauche et est lancé sur sa selle par l'entraîneur qui , en lui rendant ce service , a coutume de lui souhaiter bonne chance! Quand le jockey s'est assis bien fermement sur sa selle, il essaye la longueur des étriers, après quoi il fait environ un demi-mille au galop, son entraîneur le précédant sur un cheval de louage, puis il revient au pas jusqu'au poteau. Mais cette manière de prendre son départ dans une course dépend entièrement des circonstances. Si la carrière n'est que d'un
demi -mille, en sorte qu'il soit bien important de prendre un bon élan , le jockey assure bien la tête de son cheval , et aussitôt qu'il entend le mot allez ! si le cheval ne part pas de lui-même , il lui enfonce les deux éperons dans les flancs, en se fiant au hasard pour bien placer la tête quand et comment il le pourra. Si , au contraire, la carrière est de deux milles ou plus, il n'a pas tant besoin de se presser pour partir , pourvu , toutefois , qu'il ne perde pas trop de terrain ; mais tout cela dépend en grande partie des ordres qu'il a reçus , soit de se presser d'avancer {to make running) , ou bien de se tenir tranquille et d'attendre; mais nous allons le placer dans toutes ces diverses situations.
Carrière d'un demi-mille (elle est ordinairement droite) , ordre reçu de courir {to make running). Ayant retourné la tête de son cheval par delà, ou pour mieux dire, derrière le poteau, il l'y ramène aussi tranquillement qu'il peut, la bride du côté du montoir passant en dehors ou par-dessus la partie inférieure de la paume de la main gauche et fortement serrée par le pouce , tandis que la bride du côté du montoir
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passe entre le doigt du milieu et le doigt annulaire de la main droite, dans laquelle le jockey tient aussi son fouet; mais pendant la course, à moins qu'il ne soit obligé de fouetter son cheval, il retient la tête à deux mains. Si l'on se sert d'une double rêne et d'une gourmette , la rêne gauche passe entre le troisième doigt et le doigt annulaire de la main gauche, et l'autre entre les mêmes doigts de la main droite. Le signal étant donné, il pique son cheval, comme nous l'avons déjà dit , ou se sert de tout autre moyen qu'il imagine pour lui imprimer le plus tôt possible sa plus grande vitesse , laissant tomber sa main pour le mettre en état de sentir sa bouche. Il le laisse aller à peu près la moitié de la distance qu'il doit parcourir, en se bornant à lui tenir la tête bien ferme , avant de donner la première secousse. Mais cette course d'un demimille étant bientôt achevée , il ne lui reste pas beaucoup de temps pour la réflexion , et la secousse doit être courte ; il rattrape ensuite les chevaux, reste avec eux jusqu'à la fin, et gagne, s'il le peut, sans donner de seconde secousse; mais si quelque autre cheval l'inquiète, en se tenant trop près de lui, s'il lui paraît presque
aussi bon que le sien, il donne une seconde secousse à cinquante ou à cent toises du but , après quoi il lâche de nouveau la bride et gagne. Les mêmes règles peuvent servir aussi quand la carrière est d'un mille , si ce n'est que le jockey n'a pas besoin d'être autant sur le quivive en partant, qu'il peut rendre ses secousses plus longues et faire la dernière plus loin du but.
Carrière d'un demi -mille; ordre reçu di! attendre. Dans ce cas, le jockey part en même temps que les autres chevaux, mais reste en arrière , quoique jamais de plus d'une longueur ou deux; car une distance plus considérable serait difficile à regagner sur un si petit espace de terrain. A soixante-quinze ou cent toises environ du but , il fait en sorte de se mettre de niveau avec le cheval le plus avancé , après quoi il lâche la bride et gagne.
Carrière d'un mille ; ordre reçu d'attendre. Le jockey peut partir le dernier de tous, s'il veut; mais il ne doit pas perdre beaucoup de terrain. Quelque bon juge qu'un jockey puisse être du pas., il a toujours tort de se tenir trop en arrière; qu'il suive donc régulièrement les autres chevaux , en gagnant peu à peu du terrain sur
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eux, et qu'il ne les quitte pour courir en avant que quand il est sûr de gagner , c'est-à-dire , quand il s'aperçoit que les autres chevaux ne peuvent soutenir la vitesse avec laquelle ils ont commencé à courir. L'ordre d'attendre lui a été donné parce que l'on supposait, ou que l'on savait, que la vitesse était la principale qualité de son cheval , mais qu'il ne pouvait point la soutenir longtemps de suite ; et par conséquent que si on l'avait fait courir dès le commencement, il ne serait point arrivé au but.
Carrière de deux milles ; ordre reçu de courir ( to make running). Si l'on en excepte la lutte qui a lieu pendant les dernières toises , entre deux chevaux de force à peu près égale , et que l'on appelle sur le /«r/'anglais, tfie set io, rien n'est plus difficile, dans l'art de diriger les chevaux de course, que de faire en sorte, lorsqu'on imprime une grande vitesse à son cheval , que cette vitesse ne profite qu'à lui seul. En d'autres mots, c'est une grande qualité, dans un jockey, de savoir bien juger du pas, c'est-àdire , de savoir calculer non - seulement sa propre vitesse, mais encore l'influence de cette vitesse sur les autres chevaux. Et cette tâche
est plus difficile avec cei'tains chevaux qu'avec d'autres, surtout quand il s'agit de chevaux paresseux, qui, lorsqu'ils sont en tête, ont besoin d'être excités à chaque pas qu'ils font par la main ou par l'éperon. Dans ces cas, le jockey a bien de la peine à faire en sorte que son cheval continue à aller. Il faut qu'il se serve de ses mains, de ses bras, de ses jambes, de ses pieds; et parfois aussi qu'il tourne la tête, ayant au même instant tous ses membres en mouvement, mais en prenant grand soin de ne pas troubler l'action du cheval. Ceci ajoute encore à l'inquiétude qu'il éprouve que son cheval ne tombe et ne perde le prix de la course. Si le cheval répond à l'opinion que l'on avait de lui , et s'il triomphe de son rival par une vitesse soutenue, il acquiert la réputation d'être un cheval vigoureux et honnête.
Carrière de deux milles ; ordre reçu à' attendre. Dans ce cas, le jockey part d'un pas égal, en tenant bien la tête de son cheval et en restant aussi près qu'il le veut des autres chevaux , mais sans essayer de les devancer. Il demeure ainsi à sa place , jusqu'à ce qu'il arrive à une certaine distance du but, distance qui
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a probablement été indiquée dans les ordres qui lui ont été donnés. Alors il fait débusquer son cheval {brings out), porte un défi à tous les autres à la fois et gagne, si son cheval est assez bon. Cette tâche est une des plus aisées qui soient imposées à un jockey, et s'il est agréablement monté , la course n'est pour lui qu'une promenade de plaisir. Nous dirons peu de chose de» carrières qui dépassent deux milles, et cela pour deux motifs. D'abord , parce que l'on peut leur appliquer les mêmes observations qu'aux carrières de deux milles , en ayant , comme de raison, égard à l'excédant de diftance,et ensuite parce que les carrières de quatre milles sont aujourd'hui à peu près abolies. Dans ces dernières , la principale qualité que Ton exige dans un jockey, est d'avoir une bonne constitution et de se tenir ferme sur sa selle , à quoi il faut ajouter de savoir bien apprécier les pas; car dans une carrière de quatre milles, il est rare que la fin soit vivement disputée.
Le devoir d'un jockey est de remporter la victoire, s'il le peut, mais de ne pas faire plus que de la remporter. Une longueur de cou suf-
Ht s'il a de l'avance, mais il faut qu'il gagne d'une longueur entière, s'il a le moindre doute sur l'état du cheval ou des chevaux contre lesquels il court. C'est là un point fort délicat, dont la décision est laissée au jockey , et auquel ceux qui l'emploient attachent une haute importance; car on conçoit qu'ils désirent toujours ne pas compromettre sans motif les forces de leurs chevaux. Je ne sais s'il serait possible de citer un exemple plus parfait, en ce genre, que la science que déployèrent les deux célèbres jockeys de Newmarket, Bobinson et Chifney, dans la lutte pour le prix de Saint- Léger à Doncaster, en 1827.
Tout bon jockey évite autant que possible de se servir du fouet. Quand un cheval de course déploie toute sa vigueur et fait de son mieux, il est inutile de le fouetter, car il n'en fera pas davantage ; tandis qu'un coup de fouet fait vsouvent mal, surtout s'il tombe sous le flanc. Au lieu d'avoir pour résultat que le cheval couvre un plus grand espace de terrain, il peut produire un effet tout contraire , parce que l'animal se resserrera , en quelque sorte , pour éviter les coups. L'éperon, convenablement employé, vaut
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beaucoup mieux quand on veut augmenler la rapidité d'un cheval ; toutefois , il y a des occasions où le jockey se trouvera fort bien, soit d'appliquer le fouet, soit tout simplement de l'en menacer. Ces occasions sont quand le cheval penche vers un des deux côtés de la carrière ou vers les autres chevaux , ou bien quand il paraît vouloir sortir de la carrière (60/^). Un jockey doit savoir se servir du fouet avec vigueur quand cela est nécessaire, et, ce qui n'arrive pas souvent , de la main gauche aussi bien que de la main droite, en cas qu'il perde ce que l'on appelle la main du fouet [the whip hand), car alors il ne peut pas se servir de la droite.
Carrière. La nature et la forme des carrières sont des points importants à considérer en traitant des courses. Celles qui sont tout à fait unies et droites sont, comme de raison, les plus faciles à parcourir; mais un peu de variété dans le terrain est avantageux au cheval, et n'est pas sans agrément pour le jockey : celles qui sont inégales ou montueuses demandent un jugement bien sûr, pour savoir en quels endroits il est bon de courir plus vite , ou , en d'autres mots , quelle
partie du terrain est le plus en rapport avec l'action et la nature du cheval. En attendant, tous les chevaux veulent être fortement retenus , soit dans les montées, soit dans les descentes, sans quoi ils auront bientôt épuisé leurs forces. Une légère montée est bonne à la fin de la course; car elle offre plus de sûreté aux cavaliers, qui parfois rendent un peu la main dans les dernières enjambées, comme aussi en cherchant à les faire arrêter, quand ils sont souvent épuisés de fatigue, et par conséquent en danger de tomber ou de glisser sur un terrain inégal, surtout si la sécheresse ou une trop grande humidité l'a rendu glissant. La plupart des carrières de province offrent des détours contre lesquels il faut se mettre en garde des deux manières suivantes : d'abord le jockey, en partant, doit s'efforcer de se tenir à droite des autres chevaux, si les poteaux sont à droite, et à gauche, s'ils sont à gauche. De cette façon, on comprend qu'il aura un cercle moins grand à décrire que ses adversaires, et, de plus, si les détours sont à droite, il aura toujours le libre usage de sa main droite , qui est celle du fouet , ce qu'il n'aurait pas s'il se trouvait en dehors d'un ou âr
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tous les chevaux qui prennent part à la course Mais il faut qu'il soit toujours sur le qui-vive dans une carrière qui a des détours, car il y en a qui sont très-difficiles à franchir, surtout quand tous les chevaux sont en pleine course , et si celui qu'il monte n'est pas ce que l'on appelle doux en tournant, ou facile à conduire. Il ne doit pas omettre la précaution de s'écarter un peu du centre avant d'arriver à un détour, de façon à le franchir assez près du poteau. De cette manière, il courra moins de risques de troubler l'action de son cheval que s'il faisait un angle plus aigu, ce qui arriverait nécessairement s'il ne faisait pas cet écart. Il y a encore une autre précaution à prendre qui n'est pas moins nécessaire : on sait que quand un cheval galope autour d'un cercle, c'est la jambe qui est le plus près du centre qui part la première; le jockey doit donc tâcher de faire en sorte que le cheval parte avec la jambe qui est du côté du détour, afin d'empêcher qu'il ne change en tournant le pied du départ, ce qu'il serait obligé de faire sans cela, à moins d'être un cheval d'une facilité peu commune. Pour y parvenir, on essaye de lui faire tenir la tête un peu inclinée vers le
côté opposé au détour, c'est-à-dire un peu à gauche, si les poteaux sont à droite, comme ils le sont presque toujours, et vice versa. Il va sans dire que, quand un cheval de course galope avec toute la rapidité dont il est susceptible, il faut que sa tète soit placée dans la ligne de son corps; mais comme il n'est jamais dans ce cas aux détours , la légère déviation que nous proposons ne saurait lui faire aucun mal; quand la carrière est tout à fait droite , il importe fort peu de quel pied le cheval part.
On peut terminer ces remarques sur l'art de monter un cheval de course, en faisant connaître de quelle manière il faut s'y prendre avec des chevaux dont le caractère , les dispositions et les capacités sont différentes, afin d'en tirer le meilleur parti possible. Sur dix chevaux de course, il y en a neuf qui vont rondement, ou même qui tirent à la main. Le grand art d'un jockey qui a affaire à un cheval de cette espèce , est d'économiser ses forces, en proportion de la distance qu'il doit parcourir, et du poids qu'il porte, afin de ne pas l'épuiser dès les commencements , au point de n'avoir plus de vigueur à la fin. Si les autres chevaux courent au plus vite, il faut qu'il
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se tienne parfaitement immobile sur sa selle, laissant retomber ses mains , et retenant fortement la tête de son cheval. 11 faut qu'il s'occupe le moins possible de la bouche de son cheval , et si celui-ci cherche à se mettre au même rang que les autres chevaux , il vaut mieux le laisser faire que de le retenir avec trop de force, à moins que ce ne soit une véritable rosse. Le sangfroid est en ce cas de la plus haute importance pour le jockey : car un cheval pétulant, monté par un cavalier pétulant, ne peuvent manquer de se déshonorer. Tout mouvement inutile de l'un est sur-le-champ imité par Vautre, qui s'étourdit, et tire plus fort qu'il ne faisait auparavant.
Un cheval lent et paresseux a besoin d'être excité d'un bout de la carrière à l'autre. Par là, j'entends que quoique le corps de son jockey ne doive pas faire de mouvement, il est parfois obligé de soulever ses mains de dessus le garrot de son cheval pour le réveiller de temps en temps, comme aussi de se servir des éperons, soit pour lui faire presser le pas, soit pour l'empêcher de le ralentir. Quelquefois, il sera même nécessaire de lui faire sentir le fouet, et de le
presser vivement vers la fin de la carrière. Le cheval de cette espèce se distinguait autrefois sur la carrière de Beacon à Newmarket, quand les carrières de quatre milles étaient à la mode ; et quoi qu'en pût penser le jockey, on concevra que son propriétaire ne l'en estimait pas moins pour avoir besoin d'être tant poussé pour courir.
Mais le cheval le plus chatouilleux et le plus difficile, après celui qui est décidément rétif , et qui quitte la course , est connu sous le nom de cheval étourdi (flighty horse). C'est celui qu'il est le plus difficile d'entraîner et d'accoutumer à la manière dont il devra courir, étant d'une constitution délicate, d'un caractère irritable et qui s'allarme facilement, soit dans son écurie, soit dehors. On n'obtient rien de lui que par la plus grande douceur ; car une fois qu'il est irrité , ou troublé, il est fort difficile à apaiser. Il faut, d'après cela, que le jockey destiné à monter un pareil cheval, soit d'un caractère diamétralement opposé au sien , et que sa main , en tenant les rênes, soit aussi délicate que celle d'une femme. 11 faut aussi qu'il laisse à son cheval une entière liberté pendant qu'il court, excepté sur un
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point, c'est-à-cVire qu'il ne doit pas lui permettre de courir trop vite. Mais même à cet égard , il doit user de beaucoup de prudence, car un cheval de cette espèce ne souffre pas qu'on le retienne trop, ou qu'on le traite avec violence; la seule chose que l'on puisse faire est de le tenir bien ramassé en lui retenant fortement la tète. Si on lui porte un défi pendant la course, il faut qu'il l'accepte, et qu'il s'en tire du mieux qu'il pourra; il n'arrive que trop souvent qu'il est une rosse; et en tout cas , il faut le monter comme s'il l'était , et prendre avec lui les mêmes précautions, quant à la fermeté de la selle et de la main, que nous avons recommandé d'observer avec les chevaux dont nous avons précédemment parlé, tels que ceux qui vont rondement et qui tirent à la main.
Les jockeys aiment beaucoup à monter un cheval de course d'un bon caractère, comme était Zinganee , qui, en 1830, fut regardé comme le meilleur cheval de l'année. Pour lui , on ne se servait jamais que d'un simple bridon sans même avoir de martingale; et quand, avec cela, un cheval a la bouche obéissante, la tâche du jockey est agréable au lieu d'être fatigante.
Un cheval de 'cette espèce est facile à tenir; il est doux et docile quand il s'agit de tourner autour des poteaux; on peut même dire qu'il tourne spontanément. Il attend ou court un peu plus vite, selon les ordres que son jockey a reçus; et quand on l'exige, il est toujours prêt à faire de son mieux; il y a plus : il va toujours moins vite que ses forces ne le lui permettent, parce qu'il obéit à la main de son jockey; et son bon naturel équivaut au moins à quatre livres pesant en sa faveur.
Je vais maintenant terminer mes remarques sur l'art du jockey, par la description succincte de la fin d'une course, en bornant le théâtre de la lutte aux deux cents dernières toises ; les chevaux qui ont le plus d'avance, se devançant, les uns, de la moitié du corps, les autres, de la tête et du cou, et d'autres courant tête contre tête. Je suppose encore que mon jockey soit placé au milieu d'eux , son cheval ne conservant que tout juste assez de force pour remporter la victoire. La grande lutte ( tlie set-to ) va commencer , ou , en d'autres mots , le moment est venu où il va exiger de son cheval
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les plus grands efforts. Mais il commence par changer de posture sur sa selle; auparavant il se tenait debout sur ses étriers , le corps un peu penché sur le garrot de son cheval, et les mains rabaissées un peu au - dessous ; en ce moment il change à la fois la position de son corps et de ses mains; il s'assied fermement sur sa selle, son corps saisissant, pour ainsi dire, l'enjambée du cheval; puis levant les mains au-dessus du garrot, il tire légèrement la bride, et ce n'est qu'alors que la lutte [the set-to) commence. Il fait alors mouvoir ses mains, comme s'il voulait leur faire décrire un cercle, afin de réveiller son cheval; et quoiqu'il n'aille pas jusqu'à lâcher tout à fait les rênes , il laisse à son cheval la liberté d'avancer la tête, comme un animal qui souffre dans une course fait toujours ; et c'est ce que l'on appelle en termes techniques enlever son cheval [tJirowing him in) à la fin. Après cela vient la dernière ressource. Quand un jockey, parvenu à quelques toises du but, reconnaît que ces moyens ne suffisent pas pour le faire gagner et que son cheval est au moment de succomber, il lui enfonce les éperons dans les flancs, prend
son fouet de la main droite, tire fortement de la gauche, et se sert du fouet selon que l'occasion l'exige.
dlondmm.
11 est temps que je termine mon ouvrage. Les frais d'impression, de traduction, et le faible débit que j'ose en espérer, ne me permettent pas de m' étendre davantage. Mais s'il est bien accueilli par les amateurs français, il sera immédiatement suivi d'un second, traitant plus en détail les mêmes sujets que celui-ci et quelques autres dont je n'ai pas encore parlé. Je ne
vois pas pourquoi le divertissement des courses ne serait pas généralement adopté en France; ceux à qui leur fortune permet de s'y livrer y seront , sans doute, portés par le fait que j'ai énoncé dans un article sur le tarf^ dans le Quarterly-Review y savoir : Qu'il répand ses plaisirs au loin. Quant à la production des chevaux de course, le sol et le climat delà France y sont, en général, favorables; et plusieurs bons chevaux ont déjà été élevés en ce pays. Mais, ainsi que le remarque, avec raison, le rédacteur du Journal des Haras, dans son numéro d'avril 1836, les producteurs français de chevaux de course ne doivent pas permettre que les rejetons d'étalons et de juments de bonne race retournent en Angleterre. Ganges parTigris et par une fille dCEleanor par JFhiskey, né en France et acheté par M. Payne, célèbre aux courses de Newmarket , a dans ses veines le meilleur sang que l'Angleterre possède, réunissant la rapidité à la vigueur. A la vérité, le succès de Ganges n'a pas été très-grand, parce qu'il s'est généralement trouvé, comme on dit, à Newmarket, en trop bonne compagnie. Mais il n'y a pas le moindre doute qu'il n'eût fait bien
son chemin en France, où il aurait probablement réussi, comme étalon.
il y a deux ou trois circonstances qui se rapportent au progrès du turf ou des courses en France, sur lesquelles je ne puis m'empêcher de faire quelques observations. Il devrait y avoir des prix de producteurs, sous forme de poules [stakes]^ d'après les règles suivantes :
Une poule de productions de 1 ,000 f r. chaque mise; de 500 fr. de dédit pour des juments couvertes, par exemple en 1837; les poulains, 119 livres d'Angleterre; les pouliches, 116 livres. Les étalons qui n'ont pas encore été essayés, et les juments qui n'ont jamais produit de cheval gagnant, devront obtenir 3 livres; la carrière d'un mille. Le cheval qui suivra de plus près le gagnant, recevra sa mise de retour. Le produit ou le non succès de la saillie sera déclaré avant le l*"" août 1838. Pas de produit , pas de dédit. Trois produits ou point de course. En Angleterre , on fait toujours courir pour les poules de productions, quand les produits sont âgés de deux ans; mais cela n'est pas absolument nécessaire.
Secondement. Je pense qu'en tous pays^ il de-
vralt y avoir des courses pour des poulains et des pouliches de deux ans. D'après le système actuellement adopté, pour l'éducation des chevaux de race, un poulain est bien en état de courir à deux ans, en ayant égard au poids et à la distance; ce dernier point est surtout important. Le temps paraît bien long à un éleveur, quand il doit attendre, pour rentrer dans ses fonds, qu'un poulain ait trois ans; ce qui en fait quatre en tout, depuis qu'il a commencé à faire des dépenses pour sa production.
Troisièmement. Le gouvernement français devrait faire vendre, tous les ans au moins , une partie des chevaux de race, nés dans les divers haras. Le prix qu'on en retirerait, sauf une certaine somme que l'on mettrait en réserve pour le gouvernement, serait consacré à rembourser les dépenses. Indépendamment de l'avantage de répandre un plus grand nombre de chevaux de race dans les départements , les amateurs y trouveraient l'occasion de se procurer un ou deux chevaux de course , qu'ils ne songeraient pas à faire venir d'Angleterre , à cause de l'embarras et des frais que cela leur cause. J'ai déjà fait cette remarque.
Quatrièmement. Pour ce qui regarde les courses en France , il n'y a que le temps qui puisse les porter à un haut point de perfection; mais , de même que Cicéron envoya ses fils à Athènes pour suivre les cours de Cratippe, de même aussi les Français qui veulent que leurs fils courent dans les carrières, doivent leur mettre l'exemple de l'Angleterre sous le» yeux. Il y aurait de l'injustice de ma part à parler trop directement de certains essais malheureux faits par des Français à des courses nouvellement établies; mais j'avouerai que M. Olivier, qui montait Pf'^averley l'année dernière, à Bruxelles, ne m'a nullement satisfait. Ce n'est pas que j'aie rien trouvé à redire à la manière dont il était placé en selle , et il avait en outre l'air bien jockey; mais il montra une grande ignorance de l'art qu'il professe, en luttant, comme il le fit, avec Morotto, de lord Henry Seymour, lequel évidemment «e courait au plus vite que pour favoriser le gagnant qui appartenait aussi à lord Henry Seymour. Bailleurs , son cheval, JVaverley., était trop chargé de graisse, et la seule chance qu'il eût de gagner, était de se tenir en arrière du gagnant, jusqu'aux cinquante dernières toises , et de voir alors quel avantage
il pourrait tirer d'un grand élan. Puis il fouetta
son cheval quand il vit qu'il était battu , au lieu
de le retenir et de lui donner une chance de se
remettre.
J'ai aussi un mot à dire sur le résultat de cette course. D'après les conditions , lord Henry Seymour jouissait du privilège défaire courir deux chevaux pour le même prix, ce qui ne s'accorde jamais en Angleterre quand le prix dépend de plus d'une épreuve. Cela donne à la personne qui fait courir deux chevaux trop d'avantage sur celle qui n'en fait courir qu'un. Je trouve aussi que l'on a tort en France de clore les carrières par un double rang de cordes. Je dirai même que , selon moi , les carrières ne devraient pas être closes du tout avecdes cordes, si ce n'est aux cent cinquante ou deux cents dernières toises; mais, en aucun cas, on ne doit mettre des cordes à la partie extérieure du terrain , car quand un cheval quitte la carrière (bolts) , c'est toujours en dehors qu'il court, et dans ce cas, une chute dangereuse est occasionnée par la corde. Dans le petit nombre de courses françaises auxquelles j'ai assisté, j'ai été témoin de quatre accidents dus à cette seule cause.
CONCLUSION. 24t
Je vais maintenant prendre congé de mes lecteurs , après leur avoir exposé aussi exactement que les bornes que je m'étais imposées me l'ont permis , tout ce que mes réflexions bien mûries m'ont inspiré sur les moyens d'encourager et de perfectionner les courses de chevaux en France. J'en soumets respectueusement le résultat à l'attention et à l'approbation des amateurs français. S'ils jugent que mes travaux en soient dignes, je les compléterai plus tard. En ce moment, je suis peu connu des personnes à qui je me suis adressé, et je le suis moins encore de la nation française , en général , en qualité de chasseur et d'amateur de courses. Mais, c'est là ma propre faute. Dans l'automne de Tannée 1829 , feu M. le baron de Flassan m'adressa, au nom de feu S. A. R. monseigneur le duc de Bourbon , l'invitation de venir à Chantilly, pour avoir l'honneur de chasser avec les chiens de S. A. R. Les circonstances m'empêchèrent de profiter de l'honneur signalé qui m'était fait , et auquel le prince avait ajouté un plus grand prix, en daignant joindre à l'invitation le détail des chasses de l'année précédente, avec l'énumération des diverses pièces de gibier tuées; et je ne pense
pas que les annales de la chasse ancienne ou moderne offrent rien qui s'y puisse comparer. L'invitation m'avait été transmise par sir Maxwell Wallace , colonel du cinquième régiment des dragons de la garde anglaise que commandait autrefois S. M. le roi des Belges.