DE LA CONDUITE A TENIR
ment qu'il arrive, dans son état naturel, à un
certain degré de perfection.
A l'âge de quinze jours , il faut mettre aux poulains des colliers de tête, attachés avec des courroies de deux pieds de long, par lesquelles on puisse les retenir quand cela est nécessaire, ce qui facilite plus tard beaucoup le travail de la personne chargée de les dresser pour la selle. 11 est bon de râper de temps en temps leurs sabots au bout du pied pour les raccourcir: cette opération élargit les talons et donne de bons pieds, point important pour un animal qui doit exécuter la plus grande partie de ses pénibles travaux sur un terrain sec.
Les remarques suivantes ont été rédigées par un grand producteur de chevaux de course.
« L'époque de l'accouchement est d'une grande importance pour les propriétaires de juments poulinières de prix, surtout quand leur progéniture est engagée, peut-être fortement, ou bien si elles sont de ce que l'on appelle une famille courante [runningfarnilf). L'attention du palfrenier chargé du haras est attirée par plusieurs avertissements préalables, dont le plus frappant est l'apparition du lait dans les mamelles, ce qui
d'ordinaire précède de deux ou trois jours l'accouchement, mais arrive parfois quelques jours plus tôt. La jument étant sur ses jambes quand elle met bas , il n'est pas à craindre qu'elle étouffe son petit en se roulant sur lui; maison fait toujours bien de la déranger le moins possible, de peur qu'elle ne le foule aux pieds. La manière de se conduire à l'égard d'une jument, après son accouchement, est maintenant si connue qu'il est inutile de s'étendre sur ce sujet; je remarquerai seulement qu'un peu de son détrempé dans de l'eau bouillante, où l'on a fait dissoudre au moins trois onces de sel de nitre , est fort utile pour prévenir la fièvre : il faut le lui donner aussitôt qu'elle a mis bas. Le meilleur moyen d'empêcher les accidents qui peuvent arriver aux poulains consiste à adapter des rouleaux aux jambages des portes de leurs écuries, pour qu'ils ne se blessent point lorsqu'ils en sortent précipitamment à la suite de leur mère, surtout en cas d'alarme. Bien des personnes ont coutume de donner à leurs poulains deux onces de graine de lin le jour de leur naissance , afin de prévenir la diarrhée ou la colique, qui causent parfois leur mort. »
ÏDc iVîïufation ^f9 poulains.
Ce point étant, selon moi, d'une haute importance pour les personnes qui commencent à s'occuper du turf, je vais extraire le passage suivant de l'article que j'ai inséré dans la dernière édition de VEncyclopœdia Eritannica.
«11 y a, sous tous les rapports, une grande ressemblance entre les spéculations qui ont pour objet le tarf et celles de la loterie; et, comme
128 DE l'éducation
d'un autre côté , les prix qu'elles promettent sont brillants, il ne faut négliger aucun moyen de les obtenir. Tous les soins , toute la circonspection que l'on pourra mettre dans le choix des étalons et des juments auxquels on veut faire produire des chevaux de course seront superflus, les succès que l'on pourra se promettre seront insignifiants, à moins que l'éducation des poulains n'ait lieu conformément au système perfectionné, adopté dans les principaux établissements de course. Vainement avait-on reconnu jusqu'à l'évidence que les climats secs et chauds étaient les premiers où le cheval se fût montré dans un état voisin de la perfection, l'opinion généralement établie, jointe à d'anciens préjugés, ont été cause que ce n'est que depuis peu d'années que les jeunes poulains de pur sang sont élevés d'une manière convenable. Ainsi que je l'ai déjà dit, un poulain de pur sang peut aujourd'hui être considéré comme en état d'entraînement {in training) depuis le moment où il vient au monde, tant on se donne de soins pour lui procurer la forme et le degré de chair nécessaires. ISon-seulcment il tire de sa mère le lait d'un animal bien nourri , lait qui
est par lui-même très-nourrissant , mais encore , avant d'avoir atteint l'âge d'un an, on lui fait déjà manger près de deux boisseaux d'avoine par semaine. La jeunesse est le vrai temps pour que le corps prenne de l'ampleur; aussi, à toutes les courses de IVewmarket, on voit des poulains de deux ans chargés d'un poids de 116 livres , et offrant toute l'apparence de chevaux en état de porter un homme léger à la suite des chiens. Tel est le résultat de l'éducation mo~ derne, et c'est, en conséquence, avec raison que l'entraîneur le plus expérimenté de IXewmarket répondait à une personne qui lui demandait quelle était la meilleure manière d'élever un poulain de course : « En premier lieu, faites at- «tention que le sang ou que la parenté soit «bonne; puis élevez-le comme vous feriez un « agneau né d'une brebis dont le corps a de l'am- « pleur; enfin donnez-lui le moins de verdure « possible, et autant de blé qu'il en voudra mante ger. » L'cntraineur dont nous parlons est aujourd'hui retiré des affaires; mais tous les jeunes chevaux du duc de Grafton et ceux de plusieurs des principaux et des plus heureux amateurs de l'Angleterre lui ont passé par les
130 DE L'ÉDUCATIO'V
mains. Les frais de son établissement se montaient à plus de 10,000 livres st. par an. »
« 11 est hors de doute que des aliments secs et durs formaient la nourriture de la souche primitive à laquelle nos chevaux de course doivent leur origine, et que c'est à cela autant qu'à la chaleur et à la sécheresse du climat qu'il faut attribuer la fermeté de leurs membres agissants. Faut- il s'étonner, d'après cela, que les éleveurs de chevaux de toute espèce, et non pas seulement de chevaux de course , aient hni par découvrir que les aliments secs et la chaleur ont le même effet dans la zone tempérée qu'ils ont eu et ont encore dans la zone torride? que lorsque des poulains sont nourris d'aliments riches et succulents, et vivent dans une atmosphère humide , la masse générale du corps augmente hors de toute proportion avec la force des os , et que c'est à ces causes prédisposantes qu'il faut attribuer la plupart des défauts que l'on remarque dans les chevaux, tels que des épaules charnues, du déficit dans les muscles , des paturons faibles et des pieds plats ? 11 y a près de deux mille ans que Virgile avait fait la même remarque. En citant
l'Epire comme un pays éminemment favorable à la production des chevaux, il dit:
Conlinuô lias k^ges alernaqiie fœdera cerlis
Imposuit natura Incis
(Georc, lib. I.)
« Aujourd'hui nos principaux éleveurs de chevaux de course et ceux qui réussissent le mieux, prennent tant de soin d'éviter ces inconvénients, que non-seulement il n'y a rien de plus rare que de voir un poulain de pur sang mangeant de l'herbe à discrétion, mais encore qu'on ne l'expose jamais à une pluie continuelle un peu forte, ni même à une grosse averse, fût-ce au cœur de l'été. On a reconnu que la pluie, en tombant sur le dos du cheval , peut lui occasionner les maladies les plus graves , telles, par exemple, que la morve, circonstance connue de tous les officiers de cavalerie qui ont fait des campagnes; aussi doit- elle être dangereuse pour le poulain de haute race. Il est sans doute superflu de recommander qu'il soit abrité contre le froid de l'hiver, et pourtant nous avons lieu de croire que dans, la plupart des haras, il y est plus exposé qu'il ne devrait l'être.
« 11 n'y a aucun inconvénient à accorder une
132 DE l'i<:ducatio\
ration modérée de carottes et un peu de verdure, mais comme l'ancien proverbe qui dit : aXkoç pioç, aXka. ^laiTa {^aiitre vie, autre régime), il serait absurde de parler de la nourriture naturelle d'un animal de la part duquel on exige des efforts contraires à toutes les lois de la nature, au point de le faire travailler dès l'âge de quatorze mois , et se présenter dans la carrière à deux ans, avec l'apparence extérieure, le caractère et la force d'un cheval parvenu presque au terme de sa croissance.
« Le terrain sur lequel on place un haras de chevaux de course est un point auquel souvent on ne fait pas assez d'attention. C'est en vain que l'on espère réussir quand ce terrain n'est I as sec ^^et quand le fond n'en est pas ferme. Les terres hautes sont les plus favorables. Les murs , indépendamment de la sûreté , sont préférables aux haies pour enclore les parcs , car ces dernières servent de retraites à des mouches qui font beaucoup de mal aux jeunes animaux et même à leurs mères quand le temps est chaud; d'ailleurs le peu d'étendue des parcs que l'on fait aujourd'hui , dont la plupart ne dépassent pas un quart d'arpent et
restent même souvent en deçà, ne permet pas de songer à y planter des haies.
« Les poulains que l'on destine aux courses sont purgés à des époques régulières; on leur coupe aussi la corne du sabot avec un couteau, afin que , par le raccourcissement du bout du pied , le talon puisse s'étendre en liberté. La purgation fait en ce cas l'effet d'une soupape de sûreté , car le système que l'on adopte de forcer la nature ne saurait être exempt de danger. On trouve toutefois qu'il contribue considérablement à la croissance , qui se développe en outre par le travail que l'on fait faire à un âge si tendre par les poulains de course. L'exercice des muscles produit la force musculaire et la croissance en doit être le résultat. Nous avons vu un poulain qui avait atteint une taille de quinze paumes , le premier anniversaire du jour de son sevrage.
« Les élèves pour la course ne sauraient être assujettis trop tôt au maniement. C'est ce que Virgile enseigne pour les taureaux :
Dum faciles aniini juvenum , dum mobilis aetas.
Et Horace voulant prouver la nécessité d'in-
134 DK l'éducation
struire de bonne heure les enfants, les compare aux chevaux que l'on a pris soin de dresser dès leur jeunesse. Ovide parle aussi de la première éducation des poulains, et, de même qu'Horace, il recommande de les bien soigner, comme on le voit par ce beau vers :
Fraenaque vix patitur de grege captus equus.
a 11 faut convenir pourtant que la manière de dompter les poulains est non-seulement parfaite dans nos établissements de course, mais encore qu'elle est beaucoup moins sévère qu'autrefois, et par conséquent accompagnée de beaucoup moins de péril pour l'animal. » ( Encyclopœclia Britannica, 7™^ édit. , article Cheval.)
Les éleveurs de chevaux de course commettent souvent une erreur fatale dans le jugement qu'ils portent de l'état où doit se trouver un poulain de course à l'époque où commence son entraînement ; en d'autres mots ils sont portés à confondre la chair et la condition. Si un poulain est gras, quand on commence à l'entraîner, on le voit se fondre comme la neige au soleil. Mais, quand je me sers du mot gras, il ne faut pas s'imaginer que j'entende par là sim-
plement l'opposé de maigre, que je veuille qu'un poulain remis dans les mains de l'entraîneur soit chétif, ou que je sois fâché qu'un poulain, en quittant son enclos, ait l'air rond et bien portant. Loin de là ; je parle seulement de la graisse intérieure qu'il acquerra infailliblement s'il n'a pas été régulièrement purgé dans sa jeunesse, époque où cette précaution lui est aussi nécessaire que quand il commence à travailler. C'est pour cela que je préfère de voir tous les jeunes chevaux de course mis dans l'écurie et domptés à l'âge de seize ou vingt mois, et assujettis dès lors à la même discipline dans l'intérieur de l'écurie que les vieux chevaux. C'est ainsi que l'on peut veiller sur leur condition et les régler; et comme nous savons que la force des muscles s'accroît par l'exercice, on ne saurait les accoutumer de trop bonne heure à un travail modéré. Ce travail donne de la vigueur à leur charpente tout entière , il renforce leurs muscles , il tient leurs entrailles libres de constipation, les fait croître et contribue à leur donner de belles formes '.
' Ce n'ost pas dans la première année, mai» clans la seconde que les poulains font de la graisse intérieure.
136 DE l'éducation
Les avis sont partagés sur le point de savoir s'il vaut mieux laisser les poulains qui commencent à travailler, libres dans leur loge ou les tenir attachés dans des stalles. Quanta moi, je suis décidément d'opinion qu'il est préférable de les tenir séparés et attachés, jusqu'à ce qu'ils commencent à se livrer à un travail rude. Les poulains qu'on laisse libres dans l'écurie , sont disposés à prendre des habitudes vicieuses , comme de mordre leur auge, de tiquer, etc., et souvent ils deviennent intraitables par cette seule cause. Pour les chevaux qui font un travail rude , des loges où ils soient libres {loose boxes) sont inappréciables, au point qu'un célèbre médecin vétérinaire anglais a soutenu que si l'usage en était généralement adopté, ses confrères les plus distingués n'auraient qu'à renoncer à leur profession.
Ces loges libres doivent être tenues avec une extrême propreté, sans quoi les pieds des chevaux pourraient s'endommager à force de marcher dans leur propre fumier. Cela tend à amollir la fourchette et à détériorer le sabot. Je suis d'avis que ces loges soient en général sous le même toit, excepté celles où l'on
garde les étalons; 11 ne faut pas non plus les fermer complètement au haut de leurs côtés respectifs, de cette façon elles jouiront d'une température égale à toutes les heures de la journée et seront toujours en état de recevoir un poulain ou un cheval après une courte absence, ce qui n'a pas Heu à l'égard de celles qui sont Isolées. Toutefois 11 faut qu'il y ait toujours un certain nombre de stalles détachées où l'on puisse renfermer les chevaux après qu'ils ont sué.
Les seules objections que l'on puisse faire contre ce que nous appelons loose boxes sont les suivantes : si les chevaux y sont toujours tenus quand ils sont à la maison , ils ne voudront pas toujours se coucher dans une stalle quand ils sont hors de chez eux, et il arrive souvent que dans des auberges ou aux courses de province on ne peut pas les loger comme ils sont accoutumés à l'être. D'ailleurs dans les loges libres il arrive souvent que les chevaux se roulent sur le dos , et il y a plus d'un exemple d'animaux qui se sont tués ainsi. Dans ce cas, de légères entraves, qui attachent ensemble les deux membres de devant , suffisent
138 DE l'éducation
généralement pour prévenir cet accident. Dans une stalle cela ne peut pas arriver , car ils sont retenus par le licol qui est attaché au râtelier.
Je n'ai pas beaucoup à dire sur les écuries à stalles. Les dalles de pierre derrière les chevaux doivent être dépolies avec le ciseau. Le pavé de l'enceinte doit être à peu près uni, sauf une très-légère inclinaison vers le centre, où se trouvera un trou , recouvert d'une grille , par lequel l'urine s'écoulera dans un égout. Les stalles ne doivent pas avoir plus de six pieds de large; si elles en ont davantage, les chevaux y sont inquiets et essayent de se retourner. Il faut qu'il y ait un espace d'au moins douze pieds derrière les chevaux; les murs et les portes extérieurs doivent être fort épais, et la hauteur de l'intérieur du bâtiment ne doit pas dépasser douze pieds, pour qu'il ne soit pas trop difficile de le tenir chaud dans les grands froids. Les écuries , de même que les enclos , doivent être exposés au midi ou tout au moins au sud-ouest un quart sud ; les jours doivent être placés à une hauteur considérable dans le mur, afin que, quand on les ouvre, l'air puisse circuler librement dans toute l'écurie sans af-
fecler un cheval plus que l'autre, ce qui arriverait avec des fenêtres basses. Si les places libres {loose boxes) sont sous le même toit , elles doivent avoir neuf à dix pieds de haut avec des verrous de bois aux portes, et chaque place ne doit pas avoir plus de vingt pieds de long sur douze de large, en dedans des murs.
Il faut qu'ily ait entre chaque stalle une seule barre [bail) qui ferme bien et qui s'étende depuis le poteau de la stalle jusqu'au mur, parce que si les chevaux se détachaient il arriverait infailliblement sans cela des accidents. Deux barres offriraient des dangers d'une autre espèce, car un cheval en jouant ou en se vautrant pourrait y embarrasser ses jambes.
Après la propreté, la température est le point le plus important auquel il faille s'attacher pour l'intérieur d'une écurie. Étant à Newmarket je passai un jour de l'écurie du marquis d'Exeter à celle de lord Lowther, et je fus frappé de la différence de chaleur entre l'une et l'autre ; l'écurie de lord Lowther était de plusieurs degrés plus froide que celle du marquis. 11 semblerait d'après cela que les opinions diffèrent sur ce point; mais je puis certifier que les chevaux
140 DE l'éducation
qui se trouvaient clans l'écurie la plus chaude avaient bien meilleure apparence que les autres, et les succès du marquis sont bien connus. Le degré de chaleur que je me suis toujours efforcé de maintenir dans mes propres écuries a été en hiver de G2 à 63 degrés de Fahrenheit (13 et demi à 14 degrés deRéaumur) et dans les grandes chaleurs de l'été, autant qu'il m'a été possible, au-dessous de ce degré. La sécheresse est un point essentiel dans une écurie. Les chevaux ne profitent jamais dans une écurie humide , et si l'on aperçoit des symptômes d'humidité , on ne doit pas manquer de dessécher le terrain qui entoure l'écurie, en faisant des coupures jusqu'à une profondeur considérable. La manière de traiter les chevaux de course à l'écurie, attachés ou libres, lorsqu'ils ne travaillent point, ?ié\)ro\x\é une grande amélioration depuis ma jeunesse, surtout sous le rapport de la propreté. Il n'y a personne qui né sache que les exhalaisons qui s'élèvent des excrétions animales en général , répandent une odeur extrêmement désagréable, et que l'urine des chevaux en particulier, étant très - fortement imprégnée d'ammoniaque , attaque les yeux et
communique à l'air des propriétés malfaisantes. En conséquence on ne laisse plus , comme autrefois, amasser dans l'écurie de la paille sale; et par suite, le risque d'inflammations, d'ophthalmies et de maladies des poumons est considérablement diminué. L'odorat fait connaître tout de suite si l'écurie est malpropre, et tout propriétaire de haras doit recommander , pardessus tout, à son groom, l'attention la plus scrupuleuse à cet égard.
On peut constater encore une autre amélioration dans la manière de traiter les chevaux de course. Autrefois, quand la saison des courses était terminée, on les ramenait à la maison, on leur administrait une médecine, puis, après les avoir dépouillés de leur couverture , on les mettait dans une écurie libre , où on les tenait souvent jusqu'au mois de mars, après quoi ils recommençaient à travailler. Aujourd'hui , à moins qu'ils n'aient éprouvé quelque accident pendant les courses de l'été , on continue à les faire travailler modérément pendant l'hiver , et ils n'en sont que mieux disposés l'année suivante. Par un travail modéré j'entends une promenade journalière, toutes les fois que le temps
142 DE l'éducation
le permet et parfois aussi une course un peu longue au galop. Cette méthode prévient une accumulation de chair qu'il faudrait leur faire perdre ensuite au grand détriment de leurs jambes, et qui leur enlèverait la force nécessaire aux chevaux de course , par l'effet d'un long repos.
Des accidents arrivent quelquefois aux poulains et aux jeunes chevaux, et comme en tous les pays où l'usage des courses ne fait que commencer, tels, par exemple, que la France et la Belgique , la perte d'un cheval ou d'une jument de bonne race est un vrai malheur , je crois qu'il peut être utile de rappeler que , même quand il s'agit d'une fracture, simple à la vérité , la destruction de l'animal n'est pas indispensable. Des fractures peuvent être réduites et le poulain peut recouvrer une santé assez parfaite pour remplir toutes les fonctions nécessaires du haras, quoique je ne puisse en citer qu'un seul qui , après avoir subi cette opération , ait couru et remporté un prix'. Mais, dans tout accident grave de ce genre, il est nécessaire de suspendre
1 C'était Brokenlegg'dTaJJy, appartenant à sir Walkin Williams Wynn.
le poulain pour empêcher que le poids de son corps ne porte sur le membre blessé , et voici la méthode recommandée par M. Percival, auteur de XAnatomie du cheval, du Cours de médecine vétérinaire, et l'un des rédacteurs du journal qui se publie à Londres sous le titre du Médecin vétérinaire.
« La manière la plus simple de suspendre un cheval , celle qui le fatigue le moins et qui lui procure toutes les occasions de se reposer dont sa situation est susceptible, est d'attacher des cordes et des poulies par le haut à une poutre transversale, et par le bas à une très-large pièce de toile à voile que l'on passe sous le ventre de l'animal. Cette toile doit être garnie de deux reculoirs et de deux sangles de poitrail , toutes larges et bien piquées, afin d'empêcher qu'elle ne glisse en avant ou en arrière. Les cordes et les poulies, formant un appareil semblable à celui dont les matelots se servent à bord des vaisseaux pour soulever des poids, permettent d'élever ou d'abaisser l'animal à son gré. Quand c'est pour une blessure qu'on le traite, il vaut mieux ne pas lui faire perdre pied entièrement. J'ai presque toujours trouvé mes patients plus
144 DE l'éducation
tranquilles et plus à leur aise quand leurs pieds reposaient à terre. En même temps la tête doit être retenue par deux courroies ou cordes d'une force considérable , et le râtelier lui-même doit être bien matelassé. Les chevaux qui se trouvent dans une situation si étrange pour eux , ruent et se défendent souvent beaucoup dans les commencements; mais ils ne tardent pas à s'accoutumer à leurs appareils, et ils demeurent après cela parfaitement tranquilles. »
On trouve dans le dernier ouvrage de M. Percival {Hippopathologie , tome l) une figure représentant un cheval suspendu de cette façon pour une blessure à l'articulation du genou; l'auteur y a joint la remarque suivante : «Cette figure fera comprendre comment cet appareil de suspension doit être disposé et appliqué; elle suffira pour mettre tout le monde en état d'en arranger un semblable. Les bragues et les sangles de poitrail attachées aux anneaux qui garnissent les côtés de la toile ou ventrière, contribuent beaucoup à la commodité ainsi qu'à la sûreté de l'animal; la courroie piquée qui passe sur le derrière du cou sert à empêcher que les sangles ne glissent. » {Foy. la planche.)
La force reproductrice dont jouit le système du cheval est un encouragement de plus aux efforts que l'on pourra tenter pour sauver la vie d'un animal précieux quise sera cassé un membre. Le cal chez le cheval se forme ordinairement en vingt ou trente jours, tandis que chez l'homme il en exige quarante ou cinquante. Les fractures les plus faciles à guérir sont celles des côtes, du bassin , du crâne et du pied. Quand la fracture de l'os du canon est simple, elle se guérit aussi pourvu que l'on puisse maintenir l'animal en repos, en se servant de l'appareil indiqué ci-dessus.
Wc lu manirre î>f îrumptfr les Jpoulûins.
La manière de dompter un poulain pour la course est un point de grande importance, parce que la docilité ajoute une grande efficacité aux efforts qu'un cheval fait en courant. En outre, il est fort avantageux qu'il sache bien prendre son élan , ce que les chevaux d'un mauvais caractère ou qui ont été mal domptés , font beaucoup moins bien que ceux qui sont modérés
148 DK LA MA^'1ÈHE DE DOMPTER
ei dociles. La bonté de la bouche est encore un grand point; quoique la plupart des chevaux tirent à la main plus ou moins dans une course, il est à désirer qu'ils ne tirent pas trop fort, parce (jue cela diminue, tant leurs propres forces que celles de leur cavalier, dans le moment décisif.
Ouclques dompteurs de poulains emploient ce que l'on appelle le jockey de paille [dumb jockey); cet instrument est trop connu pour qu'il soit nécessaire que je le décrive ici; d'ailleurs, il n'est pas d'un usage général. La grande vertu d'un dompteur de chevaux est la patience. Un homme borgne, du pays de Galles, dompta pour moi sept poulains de pur sang dans l'espace d'une année, en ne se servant que du caveçon et de la bride, et il sut leur donner à tous de bonnes bouches; mais il y mit du temps.
Voici une méthode que l'on peut regarder comme très-sûre pour dompter un poulain de pur sang. Quand il est devenu traitable sous le caveçon, on lui met des bottes pour empêcher qu'il ne se blesse les jambes , et on le fait courir à la longe sur un terrain qui soit ferme, mais nnn pas dur, pendant dix ou quinze n^îinutes , en commençant par le faire aller au pas. Après
cela, on lui met le bridon , le surfaix et la croupière, avant de le garnir d'une selle et de le monter, 11 faut que le mors soit en liberté dans sa bouche, afin que l'animal puisse jouer avec , et que le mors n'appuie pas sur les barres, ce qui les rendrait dures et calleuses. La bouche du cheval doit toujours être humide quand le mors y est; une bouche sèche et une bouche désespérée, sont des termes synonymes.
On ne doit monter les poulains que par defjrésrj'ai remarqué que l'homme dont je viens de parler avait coutume de se pendre pendant quelques pas sur ceux qu'il domptait, et de réitérer souvent cette opération si simple, à la suite de laquelle les jeunes animaux ne témoignaient plus aucune frayeur quand on finissait parles monter. 11 le faisait d'ordinaire aussitôt qu'ils sortaient de l'exercice delà longe. H leur jetait aussi parfois un vieux habit sur le dos et laissait pendre une courroie entre leurs jambes, comme un excellent préservatif contre la peur.
Quand les poulains commencent à devenir traitables et à obéir au mors, je suis d'avis qu'on les mène sur une grande route, et puis ensuite qu'on les y monte, afin de les accoutumer aux