‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 15 sur 93 · I . Dans les noies biographiques de M^e Lemercier · texte numérisé non relu

I . Dans les noies biographiques de M^e Lemercier

SouRiAu. — Nép. Lem. 3

sur ringratitude des hommes en général. — Je n'ai fait que du bien, répétait-il sans cesse. Qu'est-ce qu'ils veulent? Des Jacobins, des Chouans, des Prussiens I Je ferai mettre dans le journal qu'il y avait foule, et ils y viendront ! Vous verrez ça, vous ! Ah ! vous avez pitié de tout ça, vous. Mlons donc ! Il faut museler la haine : l'imbécillité fera des transports. — M. Lemercier, indigné lui-même de cette solitude, et partageant la douleur que M""' Bonaparte en éprouvait et manifestait par ses larmes, laissa dire le Consul en silence, mais sa figure douce et pleine d'expression parlait apparemment pour lui, car Bonaparte, s'approchant de lui, lui tendit la main, prit celle que lui offrait respectueusement mon mari, la serra et lui dit : — Bonsoir, Mercier, bonsoir ; vous avez un visage d'ami ; votre visite m'a fait du bien. Allons, Joséphine, ne pleure donc pas comme ça. Ils m'ont manqué : est-ce que ça te fâche ? — Puis la prenant par le bras, il rentra chez lui. »

Tous les théâtres, officiels ou non, sont alors tous grands ouverts à l'ami du Consul. Le i" germinal an VIII (22 mars 1800), Népomucène fait représenter son Pinto ou la journée d'une conspiration. C'est un vrai succès ^ Dix mois après la vogue n'en est pas épuisée : le commissaire du Théâtre Français, Mahérault, écrit à l'auteur, le 4 pluviôse an IX (2/1 janvier 1801) : « je me suis empressé de présenter votre vœu pour la reprise de l'un des ouvrages

I. Cf. Labitte, II, 196. — On trouvera là-dessus dans la seconde partie deux lettres curieuses de son principal interprète, Bocage : elles montrent également combien Lemercier savait se faire aimer de tous, même de ses interprètes.

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que vous indiquez. Le comité a décidé qu'on s'occuperait de remettre Pinto sur le champ. Je ne doute point que sa reparution (sic) au théâtre ne soit pour vous un nouveau succès. » Avec Agamemnon, Pinto est resté la meilleure œuvre de Lemercier, celle qui frappe les esprits et fait véritablement époque au théâtre. Vingt-quatre ans après, le Globe disait : « que demain l'Odéon s'ouvre à de vraies imitations de Shakespeare et de Schiller ; qu'il joue des pièces nationales telles que Pinto, et c'en sera fait de tous les Louis XI, de tous les Comte Julien du monde » \

Les contemporains immédiats avaient été également étonnés par cette pièce originale qui, une fois déplus, mettait son auteur en vedette : le 28 nivôse an IX (i 3 janvier 1801), Lemercier recevait du citoyen Bouet, administrateur et conservateur du Théâtre de la République et des Arts, une lettre peut-être unique dans l'histoire des rapports entre directeurs et auteurs : « Citoyen, j'ai beaucoup entendu parler d'un de vos poèmes intitulé : PaUante ou les fêtes de Bacchus ; permettez-moi de vous inviter à le produire au grand jour. Si la musique n'en est point faite, je tâcherai de trouver un grand compositeur digne de chanter vos vers et vos pensées sublimes. Le théâtre des Arts sera fier de compter sur son répertoire un opéra d'un aussi grand poète que vous. »

Il est vrai aussi que, même au théâtre.

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux; ' '

I. Cité par M. Des Granges, la Presse littéraire sous la Restauration, p. 339.

Le mercier en profite indirectement. Mais ladite amitié touche à son terme * . Au fur et à mesure que Napoléon perce sous Bonaparte, Lemercier observe une réserve de plus en plus froide. Il laisse les autres se mettre au diapason du nouveau régime. Le jour de la fête religieuse célébrant le Concordat à Notre-Dame, il y a réception brillante aux Tuileries. Lemercier va saluer M™" Bonaparte, suivant sa coutume, en simple frac noir ; Duroc, installé dans le premier salon pour vérifier si les invités sont à la nouvelle ordonnance, Duroc est choqué de cette négligence, et interpelle brusquement le poète : « Vous êtes bien simple. Monsieur. — Oui, général, car c'est moi qui paye mes habits. » Gela n'empêche pas du reste le premier Consul, qui, lui, est en « habit habillé », de causer avec son ami, et même, dit INI""^ Lemercier, de plaisanter « les dames sur leur goût pour les habits de cour et à la française ; ...il dit : ce vêtement-là ne prendra pas : j'ai trop froid aux jambes. — Il se retira pour travailler ; et, lorsqu'après une absence assez longue il reparut, le consul était comme à son ordinaire, en uniforme et en bottes » .

De son côté M™* Bonaparte, qui est une bonne femme, témoigne toujours la même amitié au fidèle du k nivôse an IX; elle non plus ne l'abandonne pas dans un moment critique de sa vie d'auteur : la tragédie d^Isule et Orovèse avait été reçue depuis trois ans au Théâtre Français, mais on ne se pressait guère de la jouer ; le commissaire du Théâtre, Mahérault, écrivait à Lemercier le

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