‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 16 sur 93 · I. Cf. LaBITTE, II · texte numérisé non relu

I. Cf. LaBITTE, II

sous LE CONSULAT 87

Ix pluviôse an IX (2^ janvier 1801) : « Citoyen, je suis on ne peut plus flatté de la confiance que vous avez bien voulu m'accorder en me chargeant de rappeler au Comité la réception de votre Isiile : elle a été de nouveau l'objet d'une délibération dont les citoyens Talma et Dazincourt sont chargés par leurs camarades de vous faire connaître le résultat. » Je ne sais ce que Dazincourt et Talma étaient chargés de lui communiquer. Je suppose que c'étaient les inquiétudes du comité, inquiétudes très justifiées par l'éclatant insuccès d^lsule et Orovèse le 5 janvier i8o3 : après la chute, la femme du premier Consul accepte bravement la dédicace de la pièce, et fait écrire à l'auteur par M'"® de Rémusat l'aimable billet que voici : « J'ai remis à Madame Bonaparte, monsieur, votre lettre et votre ouvrage : elle m'a chargée de vous témoigner combien elle était touchée des marques d'attachement que contenait la première ; les occupations de son ministère (car vraiment sa bonté s'est créée une charge dans l'Etat) lui ont ôté les moyens de lire le second jusqu'à présent ; elle assure qu'elle vous verra bientôt à Saint-Cloud, et me charge de vous dire qu'elle y reçoit les mercredis et vendredis soir. »

Le 12 brumaire an XII (4 novembre i8o3) nouvelle tragédie, en trois actes, un Philippe- Auguste, inconnu de Quérard lui-même. Comme compensation à cet insuccès, on reprend Agamemnon^ .

Les jours difficiles vont bientôt commencer. Lemercier

I. Cf. Journal des Débats, n° du 25 brumaire an XII (17 novembre i8o3). Cf. Souvenirs du baron de Frénillt, p. 2o5-2o6.

est décidément trop mauvais courtisan. Il ne sait même pas s'écarter à temps de ceux qui n'ont plus la faveur du maître: en mars i8o3, il offre les Ages français^ poème en quinze chants, au général Moreau.

Plus le Consulat se développe, et plus Lemercier s'aperçoit que la liberté diminue. Le 20 floréal an X (10 mai 1802) il avait publié dans la Décade Littéraire une sorte d'ode 011 il prédisait que,

Aux héros fondateurs Napoléon pareil

affermirait la liberté ; en i8o5 il ajoute à sa pièce cette note manuscrite :

Le grand Consul devint beau Sire ; Depuis qu'au trône il est grimpé, Mon vain horoscope trompé M'apprit qu'il ne faut rien prédire !

Malgré sa vieille affection pour le général Bonaparte, Lemercier avait bien été obligé d'ouvrir les yeux à l'évidence; en mars i8o4, après la mort du duc d'Engbien, le premier Consul n'avait pas craint de lui faire ce que M"* Lemercier appelle justement une indigne proposition : « Mon père a aimé cet homme : cet homme a aimé mon phre; mais il ne fallait pas, pour prix d'une affection fondée sur l'espoir que le génie de Bonaparte avait donné à un cœur droit et ferme, lui proposer de justifier par un écrit bienfait (ce sont les mots de l'bomme) la mort du duc d'Enghein! (sic). Mon père aimait tant le premier Consul qu'il lui excusa cette indigne proposition. »

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