‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 2 sur 93 · I. Revue des Cours et Conférences, 28 janvier, 28 mai igo · texte numérisé non relu

I. Revue des Cours et Conférences, 28 janvier, 28 mai igo

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étudiants, M. René Sauvage, archiviste-paléographe, que je remercie cordialement. J'ai pu les dépouiller à loisir grâce à la parfaite obligeance du maire, M. Delmas ; j'ai trouvé également la plus grande complaisance chez le conservateur delà bibliothèque, M. Paimblant. J'ai donc pu procéder au travail très minutieux et très lent qu'exige une pareille étude. Ces vingt-cinq dossiers, dont trois seulement, les n"^ CCCLII, CCCLIII et CCCLIV, sont régulièrement classés, sont une véritable mine, mais très embrouillée, sans classement méthodique, sans foliotage : je ne pourrai donc donner ici que le résultat de mes recherches, sans indiquer des références vagues qui n'auraient aucune utilité pratique ; car, à quoi bon indiquer que tel détail se trouve dans le dossier CCXXXIX, si le lecteur critique qui voudrait s'y reporter se trouvait en présence d'un vrai fouilHs, et obligé de lire une cinquantaine de pièces pour retrouver la ligne que j'ai citée .►^ Il est très malaisé de se servir de ces manuscrits à cause de l'absence de classement, à cause aussi de certaines indications qui ont été ajoutées au crayon par une main inconnue : comme les signatures de beaucoup \de lettres adressées à Lemercier sont presque illisibles, quelqu'un s'est ingénié à les traduire, un peu vite quelquefois ; c'est ainsi qu'on attribue à Ducis une lettre datée du 1 4 avril 182 1 : il y avait cinq ans que le grand ami de Lemercier était mort.

Je signalerai particuhèrement une série de recueils factices reliés, avec ce titre: « Essais poétiques de

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Népomucène Lemercier ». Aux tomes I, II et IV, figurent des pièces inédites sur des folios de papier blanc intercalés. Ces trois volumes sont catalogués comme les manuscrits, avec les cotes CCCCLIV, CGCCLV et CCCGLYI. C'est Lemercier lui-même qui avait fait préparer ces recueils factices, car au Mss. CCCCLIV il dit : a on retrouvera plus loin, inscrite dans les intervalles de ce volume, la traduction de cette ode ». Au Mss. CCCCLVI, en tête de YEpître à Bonaparte, il écrit : « cette pièce doit être rangée, selon l'ordre de date, avant la précédente, dans l'édition générale ». 11 avait donc l'intention de publier cette partie inconnue de son œuvre : la chose est d autant plus notable, que ces recueils contiennent une invraisemblable collection de gravelures très xvin* siècle. Nous verrons, à leur date, que ces pièces ont peut-être comme excuse l'influence du milieu et du moment : mais ce qui semble inexplicable, c'est que Lemercier ait pu songer à les publier dans ses œuvres complètes, ou même qu'il se soit exposé, en les conservant dans ses tiroirs, à les laisser passer plus tard, après sa mort, sous les yeux de sa femme et de sa fille.

J'ai utilisé de mon mieux les notes pour une biographie du poète qui figurent au Mss. CCXL. Une partie est rédigée par sa femme, qui voulait corriger les erreurs de la collection des Biographies des hommes du jour. Une autre partie est l'œuvre de M"* Lemercier. Aussi passionnées l'une que l'autre pour la mémoire de leur cher disparu, la veuve et

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l'orpheline nous ont donné là des renseignements qui peuvent être utiles, à condition qu'on les consulte avec la plus sévère prudence. Je ne donnerai qu'un exemple des altérations qu'y subit la vérité. M""* Lemercier raconte l'attentat du 3 nivôse an IX : (( Le soir même, à l'Opéra, M. Lemercier étant allé dans la loge du Consul pour lui témoigner la part sensible qu il prenait à l'horrible danger qu'il venait de courir, le consul encore ému se précipita vers lui, et le saisissant par les revers de son habit, il lui dit avec colère : — Vos Jacobins me tueront,... et bouleverseront tout ensuite. — Ce sont les Royalistes, répondit... M. Lemercier. » Tel est le texte primitif, et authentique : mais il est modifié après coup par la narratrice, très amie de la Monarchie de Juillet : « Ce sont les royalistes, M. Lemercier ». Et voilà l'accusation un peu tendancieuse de Népomucène contre les royalistes, le 2^ décembre 1800, prêtée en i84i à Napoléon.

J'ai corrigé ces deux biographies à l'aide des documents plus sûrs que nous livrent ces archives, notes, contrats, titres ; j'ai mis à profit surtout les innombrables lettres qu'elles renferment.

Les pièces les plus intéressantes de cette correspondance constituent la seconde partie de ce livre. Rien qu'à en parcourir la table, on constatera d'abord une singulière diversité dans la liste des amis de Lemercier : il y en a de toutes les opinions, et cela tient à une disposition que sa fille remarque en lui, « une sorte de curiosité qui lui faisait rechercher les

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hommes de tous les partis pour les comparer ensemble ». Cette variété dans les opinions de tous ces correspondants ne détruit pas l'unité de ce livre, car, si ces lettres nous présentent toutes sortes d'esprits différents, chacune d'elles contribue à nous faire mieux connaître notre auteur, conformément à cette théorie très juste d'Alfred de Vigny : « Une lettre peint la personne à qui l'on écrit aussi bien que celle qui écrit, car, malgré nous, nous modifions le style selon son caractère, et selon ce qu'elle attend de nous ». On pourrait encore donner comme épigraphe à cette publication le vieux dicton : Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. Lemerciera hanté les cœurs les plus nobles, les esprits les plus perçants, et aussi les plus sceptiques des hommes ; quels qu'ils soient, ces correspondants se ressemblent par un côté commun : ils professent la plus vive admiration pour le caractère de Lemercier, et même pour ses œuvres. Ce consentement général nous étonne un peu, nous qui comparons toujours les écrivains à leurs successeurs, nous qui pouvons opter pour notre admiration entre Lamartine, Victor Hugo, A. de Musset, ou même Alfred de Vigny. Mais songeons que la génération lettrée, de 1796 à 1820, n'a guère que Delille, M.-J. Ghénier, Lebrun et Ducis. Comparé à ces poètes-là, Lemercier prend une singulière grandeur. Il est, et de beaucoup, le plus original, le plus inventif, le plus bizarre si l'on veut ; mais enfin il ne peut laisser personne indifférent. Aussi voyons-nous que, même en dehors delà

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