I. Legouvé, Soixante ans de souvenirs, I, 8i
sous l'empire 47
On zentendrait le vol d'un' mouche Drès qu'i commence à débiter ; Tant que 1' peuple est à l'écouter Gnia pas un enrhume qui s' mouche ; Pis après les mots qu'i z'a dits, J' l'y hurlons des bravos gratis.
YIII
Oh ! queir peur fait sa mine seule Quand d'Oreste i' prend le mainquien I C mâtin là cause un' trans' de chien Sans trop donner d' grands coups de gueule.
Mais si j' Tons dans la targédie
Vu si terrible en Maurico
J' l'ons vu dans F Plante et dans 1' Pinto
Trancher du fin d' la Comédie ;
C qui prouv' ben que sous cliaq' manteau
I' chang' d'esprit com' de museau.
Au dir' des savants qui barbouillent
D' leu grand l'kain il a 1' darmatic ;
Pour not' pays, c'est un guerrik
A c' que les Anglais nous berdouillent :
Mais moi j' n'aim' pas les sing' d'autrui,
Et c' que j' trouv' beau, c'est qu' i' z'est lui.
Comme document sur Talma, la pièce est intéressante; comme divertissement entre amis elle est très réussie ; mais un poète de talent a d'autres choses à faire, etLemercier devait ronger son frein en songeant au temps perdu;
était-ce par réelle vocation qu'il composait des romances très nombreuses et du plus pur style troubadour, comme Algard et Ogérie ? N'était-ce pas encore faute de mieux qu'il écrivait son poème de l'Atlantiade, dont la seule chose intéressante est peut-être que le roi de l'Atlantide s'appelant Hyperandre est l'ancêtre du surhomme* ? Les amis à qui il faisait hommage de cette œuvre indigeste lui offraient en échange les éloges les plus dithyrambiques ; Grétry ne craignait pas de lui écrire : « je suis bien curieux de voir ce que diront les journalistes, qui lisent si mal, de ce grand ouvrage ; mais cela m'est égal, et je puis vous assurer, en musicien pas plus bête qu'un autre homme, que, seulement votre Agamemnon et votre poème l'Atlantiade vous dévouent à l'immortalité 1 » L'aimable Grétry, enflammé par l'amitié, dépasse un peu la note juste. Je crois que Ducis était mieux dans le ton : après avoir lu son exemplaire, il l'avait caché au fond de sa bibliothèque, dissimulé par d'autres livres : « Mon ami, disait-il avec une sorte d'attendrissement à Vincent Campenon, je l'ai mis là, derrière tous ces volumes, bien au fond, ai jamais personne ne le verra, je vous le promets^. » Ducis était un ami sûr; mais tout le monde n'avait pas sa discrétion pour cette erreur. Peu à peu, devant l'opinion publique, Népomucène passait pour être au moins bizarre ; une légende commençait autour de lui, peu charitable. On le vit bien le jour de sa leçon d'ouverture à l'Athé-