‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 22 sur 93 · I. Cité par M. Vavtiiier, p · texte numérisé non relu

I. Cité par M. Vavtiiier, p

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Seine un mandat de 5 1 4^24 fr. 5o sur la caisse des Domaines de l'Etat. Qa'est-ce que prouve cette longue discussion ? Que les parents de Lemercier s'étaient déclarés satisfaits de l'arrangement ; qu'après la mort de son père, Népomucène, estimant l'opération préjudiciable à ses intérêts, a repris l' affaire, et a essayé d'obtenir des conditions plus avantageuses. C'est la conduite habituelle des expropriés, de tâcher de tirer le meilleur parti possible de leur éviction. Mais je cherche vainement là-dedans la trace d'un mauvais procédé personnel de l'Empereur contre son ancien ami : je ne trouve ni un tyran ni vme victime. Et surtout, devant ces chifTres considérables, je me demande vainement comment notre poète en a été réduit à vivre avec quinze sous par jour, femme et enfant compris. J'ai retrouvé dans ses papiers un certain nombre de relevés de compte-courants, que Lafïitte envoyait à son client: en 1828, Lemercier n'aura besoin de retirer que 3471 fr. 5o, année courante: son compte créditeur, arrêté au 3i décembre 1828, s'élève à 169868 fr. 65; au 3i décembre 1826 il monte à 163877 fr. o5. Le 4 juillet i83i Laffitte conseille à M'"" Lemercier de placer chez lui trois cent mille francs. Donc les « victimes » de Napoléon ne semblent pas avoir été tondues de très près. J'ajoute du reste immédiatement que M. Lemercier faisait de sa fortune un généreux emploi, même pour les soldats de Napoléon : le 2 4 février 181 4 le général-sénateur, Latour-Maubourg, lui écrit de Caen pour le remercier des deux cents francs que Lemercier lui a envoyés en faveur des blessés français et des prisonniers de guerre qui se trouvent dans cette ville.

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Voici encore un fait qui ferait honneur à la générosité du poète, si nous en croyions sa femme : lorsque l'étoile de Napoléon commence à pâlir, N. Lemercier se demande s'il ne va pas essayer de se rapprocher de l'Empereur ; au moment oiî les affaires d'Espagne tournent mal, il dit : « Si j'étais sûr d'être enfin écouté par lui, je l'avertirais de renoncera ce funeste dessein, et l'on dirait de moi ce qu'on voudrait ensuite, en m'accusant par ce rapprochement d'être devenu un lâche flatteur. » Par contre, aux époques de prospérité de l'Empire, Lemercier veut se raidir contre la tendresse qu'il trouve encore quelquefois au fond de son cœur pour Bonaparte ; une sorte de stoïcisme anime une page de réflexions oiî il semble bien comparer son sort à celui de Napoléon : « On peut toucher la sommité de la grandeur humaine en ressemblant à Alexandre ou à Socrate. L'un est au-dessus de tous les corps, l'autre l'égal des plus hauts esprits. Esope, Epictète, sont égaux à Socrate. Diogène en est l'imitateur outré, comme Gengiskan est celui d'Alexandre... Caton s'est tué par orgueil de vertu. Jésus s'est laissé tuer par sublimité de raison... Moriendain potins quam tyranni vultixs adspiciendus . Telle doit être la maxime intérieure d'un homme qui veut rester toute sa vie un homme entier. »

Pourtant ne faisons pas de Lemercier un Caton rigidement enfermé dans sa vertu. Lemercier boude l'Empereur, mais non pas la société impériale. Il est en bons rapports avec le chef du « département de l'esprit », Roederer, avec le conseiller d'Etat, comte Méjan, avec le sénateur Grand Maître de l'Université Impériale, Fontanes,

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avec la sœur même de Napoléon, Caroline, grande-duchesse de Berg... A propos d'un événement heureux dans la vie de Lemercier, mariage ou entrée à l'Académie, je ne sais, elle lui écrit : « La flatteuse invitation que j'ai reçue, mon bon Le Mercier, me prouve que vous n'oubliez pas vos vrais amis, même dans les moments les plus enivrants de la vie, et je mets une telle importance à m'y rendre, que je crois que j'irais plutôt toute seule que d'y manquer... » Elle excuse Murât, obligé d'aller à Fontainebleau, et termine ainsi; « Adieu, notre ami, soyez le plus heureux des hommes, comme vous êtes le plus aimable. Toute à vous. — Caroloe. »

Une autre fois, à la fin d'un souper que donnait aux plus élégantes femmes de la cour le ministre Renaud d'Angely, Lemercier daigne chanter une chanson, plus que leste d'ailleurs, Jupiter démasqué; ce n'est pas là l'attitude d'un opposant irréductible. Si Népomucène avait été le farouche intransigeant dont parle sa famille, il n'aurait pas écrit, au moment du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, son Ode à l'hymen, mise en musique par Cherubini ; on pourrait dire, comme circonstance atténuante, qu'elle est bien médiocre, et que, suivant l'expression de Mallierbe, forcé d'en dire sa rattelée, il s'est vengé en étant médiocre, en disant par exemple à propos des feux d'artifice qui symbolisaient l'enthousiasme des Français :

Aux étoiles de l'empyrée Lançons les jets brillants que Vulcain a produits ; Que mille astres nouveaux sous la voûte azurée

Enflamment le palais des nuits !

C'est mauvais, certes, mais enfin c'est tout de même de la poésie ofîîcielle, chose bizarre chez un prétendu irréconciliable ; on ne voit pas très bien l'auteur des Châtiments célébrant le mariage de Napoléon III.

Pour Lemercier, la forme la plus audacieuse de son opposition consiste, je crois, à être l'ami intime de deux hommes qui détestent Napoléon : le premier c'est Ducis, dont on lira plus loin les lettres, surtout celle du i:^ avril i8i/i, véritable nunc dimittis servum tuum, après la première chute de l'Empereur.

Toute autre est l'amitié avec Talleyrand ; non pas que le prince de Bénévent joue au grand seigneur avec le poète, mais parce que la nature complexe de Lemercier s'adapte à ses relations, et varie avec elles : s'il s'attache à Ducis par ce qu'il a de meilleur, c'est par son côté fin de siècle (et fin du xvni" siècle !) qu'il se lie avec Talleyrand. La liaison tourne vite à l'amitié, à l'intimité ; il est très bien avec tout l'entourage du diplomate. La comtesse A. de Bellegarde envoie à Lemercier ce court billet qui donne bien la note : « la duchesse^ veut vous voir avant son départ ; elle dit que vous l'avez promis. C'est pour demain mardi, à dîner. Bonjour, charmants amis. J'embrasse l'aimable et chère Joséphine, et Nini. — Adèle. » Dans la correspondance du poète avec M"* de Bellegarde, Talleyrand s'appelle familièrement « le patron ». Lorsqu'on organise une fête en l'honneur du patron, c'est à Lemercier qu'on demande les petits à-propos. Quelquefois ces impromptus dépassent la portée

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