I. Cf. sa lettre du i3 mai
avec un plaisir inexplicable ». Inexplicable est le mot juste. La seconde partie, parue seulement en 1882, n'est pas beaucoup plus claire ; son vieil ami, le duc de Fitz- James le lui dit très franchement : <( en parcourant le livre que vous venez de m'envoyer et le sommaire de vos chants, je me suis demandé ce que vous étiez au fond du cœur. Je vois bien ce que vous désapprouvez des folies de nos temps, mais au diable si j'y vois ce que vous approuveriez. Vous ne voulez, j'en suis sûr, ni de Fusillaron, ni de Dynastiarque, ni de Démagogueule. Je vous estime trop pour croire que vous vouliez de ce qu'on appelle le juste milieu ; que voulez-vous donc? »
Si le duc de Fitz-James avait été un peu moins homme politique et un peu plus homme de lettres, il aurait été surtout frappé, dans celte Panhypocrisiade, par la défectuosité de la forme, défaut commun à presque loutes les œuvres du poète, et spécialement par un goût fâcheux pour la science à laquelle Lemercier fait les plas indigestes emprunts ; il échoue devant ce problème dont personne n'a encore trouvé la solution, et qui est peutêtre insoluble : comment unir heureusement la science et la poésie ? C'est sous l'Empire que Népomucène commence à cultiver les sciences. Il devient l'élève, puis l'ami, de Thénard : au Mss. CCXLVII on trouve le résumé d'une trentaine d'expériences de chimie : les notes ont été très soigneusement prises. Il se lie également avec Dupuytren, et travaille sous lui la médecine, la chirurgie, l'anatomie, « jusques à la pathologie seulement, n'ayant pu surmonter l'horreur que lui inspiraient les expériences
sur la nature vivante ». Il remercie son maître*, il le glorifie, il le compare à « l'homme-Dieu régnant sur la mort » :
De mon nouveau Sauveur devenu le Céphas, Je proclame ton nom, et mon chant déifie L'homme cpii règne sur la vie.
Lemercier se lie avec Lagrange, avec Laplace, avec le baron Fourier, avec Arago. Il restera toute sa vie en coquetterie avec l'Académie des Sciences, envoyant à tous les membres de cette Classe, en janvier 1820, son Clovis, en novembre 1828, son Moyse.
Le poète est au mieux avec les grands hommes de science, et c'est très bien ; mais qu'est-ce que sa poésie a gagné au commerce de la science? Il a fait VAtlantiade, «poème scientifique »,dit sa femme. Scientifique, peut-être, mais poétique, oh! que non pas! Que peut-il y avoir de poétique dans une œuvre dont les personnages allégoriques sont :
« Nomogène, qui engendre les lois.
Barythée, force centripète, fils et époux de Nomogène.
Proballène, force centrifuge, frère de Barythée.
Curgire, mouvement curviligne, fils de Barythée*. »
Tout au plus Lemercier povirra-t-il tirer de ses études scientifiques une courte épigramme qui n'est pas désagréable :