LEAIERCIER ET LE ROMANTISME
que la lettre qu'on lui écrira à ce sujet exprimera le blâme de la conduite de M. Mazère. Cette lettre pourrait être rédigée ainsi : Monsieur, la Commission blâme la conduite d'un de ses membres à votre égard, et vous prie de rentrer dans son sein. — Je crois que M. V. Hugo ne se montre pas trop exigeant. Ecrivez-lui donc ce peu de mots, mon cher président... Employez, s'il le faut, l'autorité de votre beau caractère pour ramener la concorde parmi nous. »
Il était donc alors notoire que Lemercier n'avait pas, comme tant d'autres classiques, de haine personnelle contre V. Hugo; il n'avait même pas, probablement, de jalousie contre l'auteur de Hernani, mais il ne pouvait pas admirer chez Hugo l'épanouissement de ce romantisme qu'il avait en partie deviné, préparé, dont il avait à demi étoufifé les germes en lui-même, n'ayant jamais eu en somme que des velléités d'audace au théâtre.
Il est resté jusqu'au bout ce qu'il était dès son Christophe Colomb, oscillant entre les règles classiques et la liberté romantique, s'excusant, dans une note publiée la veille de la première, d'avoir intitulé sa pièce « comédie shakespirienne », expliquant qu'il voulait ainsi prévenir le public (( que son ouvrage sort de la règle des trois unités... Il a fallu que l'auteur s'affranchît cette fois des règles reçues..., règles dont les chefs-d'œuvre des maîtres de l'art dramatique ont consacre' l'excellence, et qu'on accuse faussement de rétrécir la carrière du (jénie^. Cette
I. Souligne par Lemercier. Cette note paraît la veille de la pre— mière de Christophe Colomb, par conséquent le 6 mars 1809. SouRiAu. — Nép. Lem. 7
g8 LA AIE ET LES ŒUVRES DE LEMERCIER
déclaration... prouvera qu'il n'a pas la prétention d'ouvrir des routes neuves, mais qu'il ne veut que tenter toutes celles que l'art peut offrir. » En réalité ses témérités ne vont pas plus loin que le romantisme affadi de son ami Lebrun dans le Cid d'Andalousie. On découvre dans ses œuvres, à Tétat de germes avortés, les idées qui se développeront dans le romantisme épanoui. On trouve souvent chez Lemercier des demi-rapprochements à faire avec V. Hugo. C'est ainsi que dans sa « traduction des vers dorés de Pythagore », parue chez Barba en 1806, on perçoit comme un avant-goût de la Légende des Siècles, et encore dans ses moindres parties, par exemple dans Y Aide ojjerte à Major ien :
Le Jugement des Siècles.