‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 37 sur 93 · CHAPITRE VIII SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET

A. quoi cela tient-il ? A beaucoup de raisons que nous avons déjà indiquées, à celle-ci encore : ainsi que d'autres viennent trop tard, après le bon moment, lui, il est venu trop tôt, avant l'heure utile. Il a été usé par l'Empire, au lieu d'en profiter comme d'autres, comme V. Hugo qui en a extrait toute la poésie qu'il contenait ; il a été de ceux qui font fascine de leur corps dans le fossé, et sur lesquels passent ceux qui profiteront de leur sacrifice, ceux qui triompheront. Puis il arrive un moment où chacun reprend sa place ; la sienne est belle : elle a été marquée par Chateaubriand qui, devenu libéral, s'était trouvé un beau jour l'ami politique de Lemercier. Dans ses Mémoires d'Outre Tombe, il groupe l'opposition à l'Empire dans une espèce d'apothéose : « Dieu, en sa patiente éternité, amène tôt ou tard la justice : dans les moments du sommeil apparent du ciel, il sera toujours beau que la désapprobation d'un honnête homme veille... La France ne reniera point les nobles âmes qui réclamèrent contre sa servitude, lorsque tout était prosterné, lors—

lOa LA. VIE ET LES ŒUVRES DE LEMERCIER

qu'il y avait tant d'avantages à l'être, tant de grâces à recevoir pour des flatteries, tant de persécutions à recueillir pour des sincérités. Honneur donc aux La Fayette, aux de Staël, aux Benjamin Constant, aux Ducis, aux Lemercier... qui, debout au milieu de la foule rampante des peuples et des rois, ont osé mépriser la victoire et protester contre la tyrannie ^ »

Après avoir salué la chute de l'Empire, Lemercier éprouva un vrai soulagement en voyant tomber cette monarchie de droit divin dont le retour avait enthousiasmé son ami Ducis. Le 2 mars i83i il rime ainsi sa philosophie de l'histoire contemporaine :

Que faut-il aux états pour se faire des rois

Paternels tuteurs de nos droits ?

Des canons, de l'or, et de l'huile.

Que faut-il aux cites, sous le ciel d'un beau mois,

Pour chasser ces pères sournois ?

Quelcpjes pavés, et de la tuile.

Il en dit du reste publiquement son sentiment dans une brochure intitulée : « Népomucène Lemercier à ses concitoyens sur la grande semaine » ; rappelant que le triomphe de Napoléon a été dû, suivant lui, à « l'union du sabre et de la mitre » ; qu'après l'Empereur le mal avait été un peu enrayé parle « sage Louis XYIII », il pense que l'unique ressort possible pour le gouvernement, c'est la force moderne, irrésistible depuis 1789, « le sentiment de la liberté » ; ce sentiment, il en voit l'épanouissement dans la Monarchie de Juillet. Ladite mo-

Page 1