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CHAPITRE IX EN NORMANDIE

Depuis longtemps Lemercier avait choisi une maison de campagne en Normandie, d'abord à Saint-Loup-de- Fribois, par Croissan\dlle, près du Mesnil-Mauger, puis à Cambray, près de Bayeux. Homme d'affaires très avisé, il avait fait là des placements avantageux: le 2 mars 181 3, un notaire normand lui offrait une propriété d'un revenu de 5 392 livres, et d'un prix tentant : c'était un placement « plus qu'au denier quatre », à dire de notaire, autrement dit à 25 "/o-

Très vite les honneurs et les corvées de province s'étaient abattus sur la tête de Lemercier. Le 6 janvier 1816, l'Académie de Caen l'élisait « associé-correspondant ». Il était nommé le 2 1 juin « membre du Comité de Charité pour l'instruction primaire du canton de Mézidon », sous la présidence du curé, etc.

Il retrouve dans le Calvados des parents de sa femme, dont le beau-frère est professeur de physique et chimie à la Faculté des Sciences de Caen. Il semble du reste avoir eu des relations plutôt froides avec cette branche de sa

Il8 LA VIE ET LES ŒUVRES DE LEMERCIER

famille ; il se défend de son mieux contre tout accaparement. Mais il a des compensations : discuté à Paris, il est traité en grand homme dans sa province d'adoption. Un poète de Lisieux envoie, le 6 novembre 182:^, ses œuvres « à l'auteur à'Agamemnon, au Corneille du xix* siècle » ! Ces choses-là flattent toujours, même venant du plus ignoré des confrères.

Aussi la Normandie lui plaisait de plus en plus. Il en aimait Tesprit, les traditions, même le folk-lore ; il avait transcrit, et un peu modifié, j'imagine, une « chanson normande et très gothique », dont voici le début:

Quand j'allais voir ma maîtresse Ah ! qu j'étais biau, Saperdié !

Je me plantais derrière la porte Drêt comme un mai, Saperdié Je me plantais derrière la porte Drét comme un mai.

A mon côte, j'avais ma gaîne

Et mon coutiau

A mes deux mains, mes deux mitaines,

Ali I qu' j'étais biau,

Saperdié 1

A mes deux mains, mes deux mitaines.

Ah ! qu' j'étais biau !

Lemercier en arrivait donc à aimer ce « gothique » qui lui avait fait autrefois horreur dans le romantisme de Chateaubriand. Était-ce la seule question importante sur laquelle il avait évolué.**

Le problème de l'au-delà semble avoir préoccupé de

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