I. Mémoires, IV
avec toute sa fausse gloire... Il voudra mieux faire cet «loge que de rendre un juste hommage à mon père. » C'est bien ce qui se produit du reste, et les lettres de Hugo, publiées à la fm de ce volume, montrent bien comment le poète, à ce moment-là bonapartiste, comprend le plan de son discours : un tout petit Lemercier à côté d'un immense Napoléon \ La veuve, qui se méfie, voudrait entendre le discours, et, toujours peu au courant des usages académiques, elle demande, comme une grâce, des places pour la séance de réception de V. Hugo. Le secrétaire perpétuel lui répond, le i5 mai i84o : « un banc vous sera réservé selon l'usage. » Ce banc fut une véritable sellette pour les pauvres femmes * ; la séance dut être un supplice pour les amis de Lemercier qui étaient venus nombreux, croyant que V. Hugo allait, suivant les traditions, faire l'éloge de son prédécesseur. La femme et la fille de Lemercier, cette dernière surtout, gardent un mauvais souvenir de la séance. Dans leur entourage on a l'air de détester V. Hugo : M""" Amable Tastu, qui avait pourtant été fort bien avec Fauteur cTHernani, écrit à M"* Lemercier, le 28 juillet i84i : «Ne vous inquiétez pas de ce que peut faire le successeur de votre illustre père. Rien ne m'étonne de lui. Il a maintenant la pré-
1. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que le discours de Hugo mérite les reproches que lui adresse M. Debcrdt dans Les grands plagiats du siècle ; Revue des Revues, i'^'' février 1899, p. 277.
2. Ce qui doit surtout j^einer profondément la famille, c'est que, visiblement, Victor Hugo n'avait pas lu môme les œuvres principales de Lemercier; cf. JuUien, Histoire de la poésie française, etc., II, 36i-362, note.