I . Sic, pour Didot
SouRiAU. — Nép. Lem. n
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pas que je quitte Versailles, et que j'échauffe par des voyages et des émotions un sang qui me fait la guerre, et qui a pensé m'êlre funeste par sa chaleur qu'il ne faut pas changer en furie.
Comme mon Epître a plus de doo vers, et peut être regardée comme une espèce d'ouvrage {entre nous, cet article est pour nous seuls^ je ne serais pas fâché qu'elle fût vendue. Cela, joint à l'impression d'Hamlet, dans le même temps, pourrait me rapporter quelque argent, puisqu'il faut prononcer ce nom. Et cet argent m'est grandement nécessaire après tous mes déménagements et enménagements de ville et de campagne, qui pèsent énormément sur un poëte toujours si facile à ruiner. Ainsi, mon ami, vous verrez ce qu'on pourrait faire de mieux pour me procurer ce soulagement pécuniaire si désirable pour moi, jusqu'à ce que je sois au courant de mon petit revenu littéraire. Vous m'écrirez, ou vous me parlerez de tout cela.
En attendant vale et redama,
tuus Ducis.
De DUCIS
16 Juin 1806.
A Versailles, le 16 Juin 1806.
Vous vous êtes donc évanoui, mon cher ami I et soir et
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matin des vomissements bilieux vous ont convaincu de votre faiblesse ! non, ce n'est pas faiblesse, c'est lassitude. Louis IX, tragédie en cinq actes, et puis le Stoïque imaginaire, comédie aussi en cinq actes, il n'y a point de complexion qui puisse tenir à cela. Deux grands ouvrages l'un sur l'autre, tout le poids de votre sensibilité et de votre intelligence, voilà un excès que la prudence condamne, et que vous défend l'amitié. Conservez-vous, mon cher ami, je vous en conjure. Qu'il ne soit pas vrai, qu'il ne soit pas dit, que votre santé ne soit pas si jeune que la mienne. Vous êtes sobre et sage. Soyez encore sobre sur le travail de génie, espèce de volupté enivrante et épuisante qui a ses dangers. Il est bon pourtant que vos douleurs de foie aient cessé. Voilà le cas où il faut bénir les fortes révolutions qui tourmentent et qui délivrent.
Il faut, mon cher ami, que je vous écrive ; oui, A le faut, car il y a longtemps que nous n'avons causé ensemble. Mais il faut aussi que vous veniez ici, et promptement, traiter avec votre vieil ami de notre intéressant voyage dans le désert \ A ce mot, mon cœur s'émeut. Qu'il tombe, comme une douce rosée, sur le vôtre, qu'il le calme, qu'il le rafraîchisse. Laissez dormir les deux muses de la tragédie et de la comédie. Que ces deux sœurs se reposent doucement de leurs fatigues entre les bras l'une de l'autre, et qu'elles se réveillent pour former la belle couronne que je verrai briller sur la tête de mon jeune ami. Dans l'arrangement de notre voyage, rien ne sera fait et conclu qu'entre nous deux, dans notre thébaïde de
I. Ils projetaient une visite à Larevelliùre-Lépeaux, en Sologne.
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Versailles, cette cousine germaine de notre ihébaïde de la Sologne. Nous irons de l'une à l'autre et peut-être, comme je le désire, avec vous et ma bonne sœur qui sent tout ce que vous êtes, et qui jouirait si vivement et du voyage, et du séjour, et de ses hôtes, et de ses compagnons de route, et de cette solitude profonde dont les cœurs tendres, blessés et fatigués ont si grand besoin. Notre petite caravane jouira de son innocence, de son obscurité, de sa pauvreté même. Tout s'arrange si bien, si vite, avec de bonnes gens qui mêlent (?) leurs soins, leurs affections et leur indigence. Mon cher ami, venez, je vous prie ; il faut que votre visage me rassure sur votre santé. Ce titre, le Stoïque imaginaire, annonce une grande conception. Songez que vous devez plus que tout autre ne traiter de pareils sujets qu'avec tout l'appareil et le secours des développements. — Je vais dîner chez ma sœur, et lui parler de vous et de moi, car il faut qu'elle nous confonde ensemble.
Bonjour, mon cher et très cher ami, venez : je vous désire, je vous attends, je vous embrasse.
Ducis.
De DUCIS
3i juillet 1806.
à Versailles, le 3i Juillet 1806.
Je commence par l'essentiel, mon cher ami : je vous
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fais mon compliment de tout mon cœur sur Fétat actuel de Madame votre mère. Elle a regagné la santé et l'espérance. Puisse-t-elle bientôt se réaliser, cette espérance dont son âme avait un si grand besoin ! Voilà la vôtre maintenant soulagée. Je trouve que vous avez mis presque de Tintempérance dans vos travaux d'esprit. Mais comment retenir son appétit à une table agréable et richement servie.
Pendant que la maladie a porté ses menaces et ses alarmes dans votre famille, la mienne a été au moment de perdre la fille de mon frère George, que vous connaissez, juge d'Appel au Tribunal de Paris. Ce coup funeste aurait enlevé une fille pieuse et reconnaissante à son père, une épouse charmante et fidèle à son mari, et la plus tendre mère à deux jolis petits garçons dont le dernier est encore au berceau. Ma pauvre petite Nièce, par les eflets d'un fait anciennement répandu, et d'une lièvre maligne, a passé d'un état d'aliénation d'esprit qui avait pourtant des moments lucides, à un état actuel de stupeur dont les médecins sont mécontents. Je ne puis vous dire combien cette âme pure, douce et intérieure, était touchante dans son délire. Quels accents, quelle éloquence ! Quelle admirable et chaste nudité I 0 que le crime dans le même état et sans masque doit faire horreur !
Votre amitié m'interroge, mon cher ami : voila ce que je fais. Ma sœur, qui vous remercie de votre bon souvenir, et qui me prie de la rappeler au vôtre, part aujourd'hui avec moi pour Paris, et demain nous partons pour la Sologne pour y passer une vingtaine de jours chez un homme des anciennes mœurs et des anciens temps dans nos jours nouveaux et nos vertus modernes.
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Je n'ai point été chez Mad" Harvey qui m'a écrit d'Eragny, près de Pontoise. Son hôte m'a invité par une lettre très amicale, après trois mois d'ahsence et de silence de ma part, à venir le voir dans sa retraite où je trouverais, outre Mad* Harvey et ses deux filles, M"" Robin, homme savant, modeste, et d'un vrai mérite, inspecteur des Moulins à poudre d'Essonne, chevalier de la légion d'honneur, avec lequel iNP de St Pierre m'avait lié dès le commencement de mon amitié avec lui, et chez lequel j'ai passé, en différentes fois, quelques jours, en sa compagnie et sous ses auspices, auprès de ces moulins terribles, travaillant nuit et jour, au milieu d'une prairie et d'une rivière charmantes qui m'ont rappelé la belle Sicile et les éruptions de l'Etna.
L'invitation de M'' de Saint Pierre était jointe à celle de sa femme ; et la [lettre] de Mad^ Harvey m'assurait bien de toute leur amitié ; mais mon amour de la solitude et la crainte de me rejeter dans le monde ont été si vives que j'ai remercié très poliment les propriétaires delà maison d'Eragny, et marqué très énergiquement ma résolution de quitter pour jamais la société, sans jeter un regard en arrière, comme un hermite qui rentre dans sa cellule, et ferme sa porte aux verroux, après avoir effacé sur ses pas jusqu'aux vestiges qui y conduisent. Je pars pour la Sologne sans avoir répondu à Mad^ Harvey, pour laquelle je conserve estime, amitié et reconnaissance. Mon cœur est fort à l'aise. Je compte en Sologne faire des vers que je vous montrerai. J'emporte avec moi Homère. Mon adresse dans le désert oii je cours est chez le Citoyen La Revellière TEpeaux, à la Rousselhère,
en Sologne, commune d'Ardon, par la Ferté Lowendal, département du Loiret. Vous m'y donnerez de vos nouvelles, mon cher ami. Je vous répondrai. Nous parlerons de vos nouvelles productions rue des Bourdonnais, dans votre chambre du couvent. Goûtez la douceur des champs et le cœur de vos bons et aimables hôtes... Bonjour, vous savez que c'est pour jamais entre nous deux.
Jean François Ducis.
De DUCIS
9 janvier 1807.
à Versailles, le g Janvier 1806 *.
Mon cher ami, je voudrais savoir comment les choses se passent véritablement au sujet de la reprise de votre Agamemnon, C'est l'impression constante sur le public assemblé qui fait le sort des ouvrages. La plupart des esprits, quoique bons, marchent dans les routes ordinaires du passé ; nos poétiques imprimées et parlées sont bien courtes. Il ne faut que lire Sakespeare pour en être convaincu. C'est dans La Fontaine, dans Molière et dans Corneille qu'on trouve de l'étendue, de la hardiesse, et du génie dans les choses, et le don de les exprimer.
I. Telle est la date écrite par Ducis. Le cachet de la poste donne 10 janvier 1807. Ducis a continué à mettre le millésime de l'année précédente, dont il avait l'habitude.
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Mais je voudrais avant tout savoir des nouvelles de votre santé et de celle de M"" votre père et de Mad^ votre mère. Votre dernière lettre m'a fait le plus grand plaisir, parce que votre cœur y cause avec le mien.
Ma sœur est venue me voir hier ; elle donne dimanche un dîner du gâteau des rois à sa famille, et en comptant gaîment ses convives, elle dit tout à coup et d'abondance du cœur : ô si M"" Le Mercier pouvait être à Versailles ! Vous ne doutez pas, mon jeune et très cher ami, du plaisir que vous nous ferez à tous.
On m'a dit que dans le public il était question de la représentation de mon Hamlet ; mon ami, qu'elle n'en ôte pas une seule à votre Agamemnon, je vous en conjure. Mais ce que je désire le plus, c'est qu'il soit réimprimé, ayant en tête ma dédicace à la mémoire de mon vénérable père. Je vous prie de dire à notre cher Talma de me faire parvenir une copie exacte d'Hamlet dans son nouvel état, afin que je le relise et l'examine encore ; mais je ne puis le livrer à l'impression, avant qu'une première ou deux représentations ne m'aient éclairé, par vos yeux, que l'amitié courageuse rendra sévères. Ainsi, je remets le tout, représentation, impression, entre vos mains. Je suis fort porté à choisir, pour mon imprimeur et pour mon libraire, Agasse du Monistreuil (?). C'est un très brave homme qui ne me fera pas tort d'un sol, et avec qui je traiterai noblement.
Ma femme est auprès de moi, me donnant les plus tendres soins. Demain j'attends le quarantième accès de ma lièvre quarte. Je ne dois pas cependant me plaindre d'elle, car elle décline sensiblement. A mon dernier accès
le frisson n'a pas été presque sensible ; les bâillements ont été épars, la fièvre douce, la transpiration de même, et le tout n'a pas duré plus de six heures. D'ailleurs elle avance, elle varie, elle a perdu sa marche égale et ferme. Mon ami, j'y suis fait : la fièvre et la poësie sont des cousines germaines. [Oui, la] fièvre est aussi une Muse. J'ai copié le mat[in une] quantité de vers, sur toutes sortes de sujets qu[e la] nuit m'a inspirés. Ce sont pour ainsi dire des caprices, des volées d'oiseaux. Que nous sommes de pauvres et orgueilleuses machines ! et voilà notre grande misère.
Mille choses de ma part à notre cher, sensible et terrible Tahiia. En jouant la tragédie filiale que je dédie à mon père, il se souviendra du sien. Si vous voyez Gérard des trois âges, faites-lui mes compliments, et mes respects à sa douce compagne.
Monjour (sic), mon cher et noble ami, malheureux avec courage, heureux avec modestie.
Certi tenacem propositivirum, etc.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Jean-François Ducis.
D'ANDRIEUX
i3 mai 1807.
Monsieur, vous faites assurément honneur, et vous
devez faire plaisir à un journaliste, quand vous lui confiez quelqu'une de vos productions à publier. On ne peut que les accueillir avec empressement et reconnaissance sous le rapport du talent de Fauteur ; mais le sujet de l'ouvrage dont vous me parlez est tel et tellement présenté, que meilleure est l'ode, et plus il peut devenir dangereux pour un Journal de limprimer *. Le principal rédacteur, comme particulièrement responsable, a craint le premier d'exposer son Journal à être supprimé ; il a consulté ses confrères ; et j'ai été en effet consulté comme tel. Ma réponse a été que je doutais,
et dans le doute abstiens-toi, dit le sage.
Vous savez que les Journaux sont surveillés de plus près (et je crois que cela doit être) que les ouvrages publiés parleurs propres auteurs, ils sont obligés par cette raison à suivre jusqu'à un certain point la direction que leur donne l'autorité — d'oîi il suit que ce n'est pas la vérité qu'il faut aller chercher dans les Journaux. Aussi y ai-je toujours fort peu travaillé, et j'en suis à présent dégoûté tout à fait.
Agréez, Monsieur, les assurances d'une sincère et profonde estime et du désir que j'aurai toujours de mériter la votre.
Ce i3 Mai 1807.
Andrieux.
I. En 181 2, Népomucène fit imprimer chez Didot Jeune cette « Ode sur le doute des vrais philosophes, à qui les faux zélés imputent l'athéisme ». C'est du positivisme avant la lettre. Cf. Essais poétiques de Népomucène Lemercier, tome lY.
De DUCIS
1 1 septembre 1807.
à Versailles, le 11 Septembre 1807.
Oui, mon jeune et fidèle ami, je suis de retour, avec ma sœur, de mon voyage dans les déserts de la Sologne. Nos bons hôtes nous ont reçus avec les cœurs et les mœurs des premiers âges. Tout était vrai, pur et doux. Je n'ai point à subir le remords, mon cher ami : nous avons parlé de vous dans notre hermitago comme d'un hermite qui nous manquait. Ces bons hôtes seront bientôt forcés de quitter leur retraite, parce qu'il faut que le jeune fils, qui a bientôt douze ans, fasse ses études et achève son éducation à Paris ; que sa sœur, Mlle Clémentine, qui a vingt-cinq ans, ne reste point au milieu des bois, des étangs et des bruyères oii l'on ne trouve que des fagots, des carpes et des lièvres. Il faudra bien que les pères suivent les enfants. Ajoutez à cela que dans cette solitude profonde, écartée des humains, on a de la peine à trouver des domestiques à qui cette vie silencieuse répugne. Si on tombe malade, que de temps et d'argent à donner à un médecin d'Orléans, toujours pressé de s'en retourner. Et puis la longueur des hivers, une terre toujours couverte d'eau, plus de voisin : il n'y
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en a qu'un, qui \a. demeurer à Paris. Le père defamille^ sans ce nom si doux pour lui, sans sa femme qui est un trésor de tendresse, ne quitterait jamais un désert qui l'a reçu et consolé quand les circonstances l'invitaient à la retraite. Elle et lui ont fait connaissance, et ils ont fini par s'épouser'. Aussi est-ce un grand sacrifice qu'il fait aux intérêts de sa famille. Sa marche ordinaire, son allure naturelle est d[e ne] venir qu'après les autres", et l'on ne se doutera pas cpiil ait eu à souffrir.
Je suis entièrement, mon cher ami, de l'avis de mes confrères qui vous ont engagé à vous mettre sur les rangs pour l'Académie française. Vous avez cédé à un motif juste. Je n'ai que faire de vous dire à ce sujet tout ce cpie vous savez. Si vous en doutiez, je vous livrerais aussi à vos remords. Mais nos cœurs ne sont pas faits pour être coupables, et surtout en amitié.
Je n'ai pas fait un vers dans le désert ; j'en ai joui dans ces inertibus horis de notre Horace. Au reste, j'ai reporté avec moi dans la rue des Bourdonnais l'esprit avec lequel j'en étais parti. J'ai mis ma solitude dans mon âme pour ne la perdre jamais. Je ne lis que mes vieux poètes, mes anciennes admirations. Je me recule dans les siècles passés, et je repousse les flots du présent, pour qu'il ne m'atteigne pas et ne me fasse point songer à l'avenir.
Ma bonne femme est avec moi. Elle parle peu, son humeur est égale, son jugement est sain, les traits en sont