‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 69 sur 93 · I. Celle du corps, et celle de l'âme · texte numérisé non relu

I. Celle du corps, et celle de l'âme

SouRiAu. — Ncp. Lem. I3

lyS LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER

gement est fait. Il n'y a plus pour moi de nouvelles, parce qu'il n'y a plus pour moi d'intérêt sur la terre que pour la vertu et l'amitié. Mais il y a encore à gémir, mais avec le soupir de la soumission que l'espérance soutient et qu'un autre monde console.

Ce que vous m'avez dit du respectable monsieur Collin m'est revenu plusieurs fois dans la pensée. Ces belles âmes, si rares, sont des jalons plantés de loin en loin par la Providence pour nous rappeler les premières traces presque effacées et les éternelles intentions de son admirable Edifice, ^on, mon ami : la vertu vivra, et le genre humain en reviendra toujours à elle, tant le bonheur et le bon sens sont inséparables. Toutes ces bases seraient détruites depuis longtemps, si elles n'étaient pas indestructibles.

Comme vous pourriez bien, mon cher Népomucène, venir me voir d'un instant à l'autre, voici ma marche : Mardi prochain, je compte dîner à Paris chez mon frère George. J'y resterai quelques jours. Nous nous y verrons, et nous causerons très certainement ensemble. C'est pour moi un doux plaisir en espérance. Mes compliments à Des Chênes, notre ami et votre voisin. Allons, mon ami, courage ; entendons toujours notre vieil Horace qui nous dit :

Faites voire devoir, et laissez faire aux Dieux.

Conservez- VOUS, mon cher ami. Vale et redama.

Jean François Ducis. S T'

I. J'ignore ce que veulent dire ces deux lettres inscrites au milieu

De la comtesse DE BELLEGARDE

Nous ne passons pas un jour sans penser à vous ! Mais combien votre souvenir s'empare vivement de nos cœurs, quand, en parcourant nos montagnes, quelque beau site inattendu vient frapper notre vue ; on sent mieux son âme ! ces beaux lieux, nobles et indépendants comme vous, semblent appeler votre présence, que notre amitié regrette. Vous vous trouveriez bien ici. Vous aimeriez le silence de nos montagnes.

M"® Le Brun, qui vous porte cette lettre, est enchantée de son voyage ! Elle a vu la Suisse et Corine. Elle a fait un portrait qui nous semble beau comme expression.

Bientôt nous retournerons à Paris en promettant aux Marches de revenir avec vous si nous pouvons. Il y a ici une paix ! une douceur inexprimable ! On n'est ému que

du paraphe, comme le SST qu'on lit, après la signature, dans toutes les lettres, à partir du 6 février 18 10 : cela signifierait-il : Salutem, Sanitatem, Tibi ? — Au lieu d'être fermée avec un simple pain à cacheter, comme toutes les précédentes, cette lettre est cachetée à la cire rouge : on distingue sur le cachet un arbre, un hibou, et on lit cette devise : abstine et sustine. Cf. Lettres de Jean-François Ducis, p.p. Paul Albert, p. 169.

I. Sur la comtesse de Bcllegardc, cf. Lamartine, Mémoires inédits, p. 3ii-3i6.

l8o LES CORRESPONDANTS DE LEMERCIER ,

par des sentiments ou des objets agréables à Timagination, que la pompe de la Nature entretient seule. INous avons été à la Grande Chartreuse : le chemin est magnifiqiie ! depuis les Echelles on suit un torrent qui mugit au fond du précipice ; l'œil ensuite peut à peine mesurer la hauteur de l'amphithéâtre de Rochers ou d'arbres vieux comme le monde qui projettent leurs grandes ombres sur l'autre rive du torrent. Il y a dans l'effet magique de ces scènes de la nature une impression indéfinissable ! On se sent charmé, absorbé, et on vous regrette ! Nous avons aussi été, dans des promenades d'un autre genre, bien occupées de vous. Nous avons revu les Charmettes, si bien décrites par Rousseau que vous les connaissez. C'est une solitude délicieuse ! On a replacé une inscription posée, lorsqu'il y vint, par notre infortuné ami M"" Hérault de Sechelles. Je crois les avoir retenus :

Réduit {jar Jean Jacques habité

Tu me rappelles son génie,

Sa solitude, sa fierté.

Et son malheur, et sa folie.

A l'étude, à la vérité

Il osa consacrer sa vie.

Et fut toujours persécuté

Ou par lui-même, ou par l'envie...

. . . Nous VOUS envoyons une collection assez curieuse de portraits de Voltaire, faits par M' Hubert, son ami intime. Conservez-les bien, pour que nous puissions vous prier de nous les prêter pour les faire graver. C'est une chose de société que nous seules possédons. Nous avons pensé que cela vous divertirait et intéresserait.

Adieu, ami si cher, si présent à nos cœurs ! Amore et moi vous embrassons avec toute la vivacité d'amitié que l'éloignement ne diminue pas, et que le tems augmente, s'il est possible,

Adèle.

... Un souvenir de tendre respect à notre ami de Versailles \ Nous redisions ses beaux vers sur les montagnes, et leur avons fait ses compliments.

Veuillez dire mille amitiés à Talma.

De la comtesse DE BELLEGARDE

20 novembre 1810.

Une part de mariage ! Nous ne nous attendions pas à \m tel imprimé de votre façon, cher ami I et il parait que vous avez fait cet œuvre avec autant de facilité que les autres, car vous n'y songiez pas de notre temps, et vous avez parfaitement réussi : on dit Madame Lemercier charmante I il nous tarde de la connaître et de l'aimer. Nous n'osons pas vous demander de grands détails sur votre ménage, car je crois qu'on n'écrit aucune lettre pendant the hony moon ; après nous réclamerons au moins un portrait de votre femme. Vous devez être bien drôle quand

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