‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 7 sur 93 · CHAPITRE II DE 1789 A OCTOBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II DE 1789 A OCTOBRE

Les Lemercier étaient juste assez nobles pour devenir des suspects. En 1792 nous trouvons la famille installée Ai, rue Sainte-Anne ; elle prend ses précautions contre les visites domiciliaires : le 20 août, les commissaires de la section de la Butte des Moulins certifient que Népomucène « a prêté le serment individuel prescrit par la loi du 10 août ». Le même jour il se fait recevoir au nombre des Citoyens de la Section du Palais Royal. Ainsi en règle avec la loi, il peut travailler tranquillement '. Il fait représenter, le 20 avril 1792, un drame en cinq actes et en vers, que Querard intitule Lovelace, et que M""* Lemercier appelle Clarisse Harlowe ; d'après elle, la pièce

I. Pour être complet, je signale les Voyo(jes de Scarmantade en cinq pays, pièce composée en 1790, arrangée par Duvai et Dumaniant, et représentée le 20 septembre 1808, sans l'avcvi de l'auteur, à l'Odéon : « cet espèce de monstre littéraire, au-dessous de la médiocrité ordinaire, dans lequel on faisait en trois heures le tour de l'Europe,... fut siiflé à outrance. Le public impatienté, dansa dans le parterre, etc. » PoREL et MoNVAL, l'Odéou, p. 236-287.

l6 LA VIE ET LES CEUVRES DE LEMERCIER

aurait obtenu « beaucoup de succès, principalement au quatrième acte, où la rentrée de Clarisse, après sa chute forcée, et les vers qu'elle prononce, furent trouvés sublimes. » D'après des critiques bien informés, ce Lovelace aurait été froidement accueilli : malgré le talent de Fleury, le succès serait resté douteux'.

Entre temps Lemercier assiste à des drames autrement passionnants au club des Jacobins, dont il ne manque pas une séance. Les habituées des tribunes remarquant sa jeunesse, son silence, la fixité de son regard rivé sur les orateurs, rappellent l'Idiot-. Il sait à l'occasion sortir courageusement de son mutisme : quand il apprend que son ancien précepteur, l'abbé Barbeau, doit comparaître devant le tribunal révolutionnaire, il va supplier Fouquier- Tinville, qui promet de sauver l'abbé, et l'envoie à la guillotine : le désespoir, la fureur du jeune homme en apprenant le résultat de ses démarches, nous dit M""^ Lemercier, obligent ses parents, menacés eux-mêmes d'arrestation, à l'éloigner de Paris. Sous le prétexte de sa santé, du reste très délabrée, on l'envoie dans les Pyrénées prendre les eaux de Bagnères-de-Bigorre. Le 21 août, le commissaire de police de la Butte des Moulins certifie qu'on peut lui donner un passeport, qui lui est accordé le 22 août ; son père, avec une touchante « sensibilité », lui délivre le 25 août un autre certificat, priant les maires des villes où il sera obligé de séjourner, « de vouloir bien lui accorder aide et protection. Cette faveur

Page 1