I. POREL et MoNVAL, p. QI
a. Legouvé, Soixante ans de souvenirs, I, SS-Sg.
DE 1789 A OCTOBRE lyQO I7
tranquillisera un père et une mère qui sont accablés de Fétat du seul enfant qui leur reste : leur reconnaissance sera éternelle. »
Népomucène est le 2 septembre à Châtellerault, le 12 septembre à « Agenhe » ; le 26 septembre il arrive à Bagnères. Voyant la foule s'ameuter autour de plusieurs prêtres qui fuyaient en Espagne, et les menacer de mort, il tient la populace en respect avec ses pistolets, se donne pour un commissaire du gouvernement chargé de conduire ces ecclésiastiques au chef-lieu, les fait monter dans une Aoiture, et les conduit dans un lieu sûr d'où ils passent en Espagne. Lemercier risquait une nouvelle fois sa tête, et pour des inconnus : sauver des prêtres, c'était un joli geste pour un voltairien comme lui.
Le i3 octobre le maire de Bagnères lui signe un laissez-passer. Népomucène remonte vers Paris plus rapidement qu'il ne s'en était éloigné : le 2 1 il est à Tours : à table d'hôte ses voisins boivent à la mort des aristocrates ; il refuse de porter ce toast, et brise son verre en s'écriant : « Je ne bois à la mort de personne ! » Naturellement il est arrêté.; il échappe pourtant une fois de plus à la mort : comment? Je ne sais. Par un retour de prudence, il se fait délivrer tous les papiers nécessaires. Le 3 mai 1798 le Directoire d'Indre-et-Loire certifie qu'il n'est pas compris sur la liste des émigrés du département ; le 18 mai les officiers municipaux de Tours lui délivrent un certificat de résidence, attestant qu'il a séjourné dans leur ville sans interruption depuis le 21 octobre 1792 ; le 22 mai il se fait remettre un passeport sur lequel je relève son signalement :
SouRiAU. — Nép. Lem. 2
l8 LA VIE ET LES ŒUVRES DE LEMERCIER
âgé de 22 ans taille de cinq pieds wx pouce cheveux et sourcils châtains feus bleus nez aquitain bouche moyenne menton relevé front bas visage rond.
J'aime mieux le portrait que Legouvé nous en trace, quarante ans après : « petit de taille,... d'une figure charmante avec ses cheveux... soyeusement ondulés sur les tempes. Son front, partagé au milieu par la mèche napoléonienne, était tout couvert d'un léger réseau de petites veines frémissantes comme sur le cou des chevaux de race ; ses yeux, bleus, grands, humides, avaient un éclat d'escarboucle : son nez recourbé en bec d'aigle, retombait sur une bouche remarquablement petite, aux lèvres minces, mobiles, contractiles*. »
Lemercier rentre à Paris, et s'occupe tout de suite de faire régulariser sa situation ; d'abord il se fait réformer : le 21 septembre gS, Andravi, ancien professeur de l'école pratique de chirui'gie de Paris, lui donne un certificat constatant « que le citoyen N. Lemercier, âgé d'environ vingt-deux ans, est affligé, depuis l'âge de trois ou quatre, d'une paralysie de la moitié droite de son corps, avec perte, pendant les accès, presque totale du mouvement volontaire... A cette maladie il s'est joint, depuis plusieurs années, une très grave encore, un asthme spasmodique ou nerveux qui le prend presque tout à coup, et qui se renouvelle fréquemment sans observer de périodes constants..., ce qui le met véritablement dans la classe des invalides. » Si invalide qu'il soit, il est versé dans la garde nationale : le i8 frimaire an II (2 décembre 1798)