AUX JOURNAUX
25 mars 182 1.
De la part de M. Lemercier, de l'Institut de France. Monsieur
Faites moi la grâce d'insérer cette note, sans aucune altération, dans le plus prochain numéro de votre feuille.
Aujourd'hui que la publicité de toutes les choses ne permet plus aux poètes dramatiques les délicates précaution de l'anonyme, et qu'ils sont obligés, ainsi que les Athéniens aux jeux olympiques, d'entrer dans la lice à face découverte et comme en plein jour, on ne me blâmera pas de solliciter la bienveillance des spectateurs auxquels je vais soumettre ma tragédie de Frédégonde et Brunehaut.
La juste concurrence, récemment établie, au grand avantage de l'art, entre le premier théâtre français et le second, expose encore celui-ci à des rivalités si ennemies et à des attaques si fréquentes qu'il est utile d'en prévenir l'effet sur tous les nouveaux ouvrages.
Déjà mille sourdes menées ont entravé les miens. On
sait, de plus, combien il est aisé durant une première représentation, de profiter de l'effroi des acteurs, de la moindre hésitation de mémoire, du hasard d'un geste, d'un rien, pour renverser les plus importants calculs à la scène. J'ose donc, après de nombreux et longs travaux quelquefois accueillis favorablement dans le cours de ma carrière, demander pour prix de mes efforts, la protection du Public ; et je réclame son appui, autant dans l'intérêt de ses plaisirs et de l'ordre, que dans mon propre intérêt à recevoir son jugement impartial. L'arrêt qu'il rendra sans tumulte ne me semblera pas rigoureux, s'il me condamne ; et son suffrage en ma faveur me sera plus honorable si j'ai le bonheur de le mériter.
Je m'adresse avec confiance au Public, parce qu'il fut toujours mon seul protecteur.
L'auteur de Frédégonde et Brunehaut.
Ce 25 mars 182 1