D'ARNAULT
i5 mai 1821.
Paris,
ce 1 3 mai
Mon cher et ancien confrère, pardonnez-moi d'avoir tant tardé à vous accuser réception de votre tragédie et à
238 LES CORRESPO!^DASTS DE LEMERCIER
VOUS remercier de tout le plaisir que j'ai eu à la lire. Il est égal à celui que j'avais éprouvé à la voir. A chaque instant on reconnaît l'ongle du lion dans cet ouvrage où votre talent se montre dans toute son audace et dans toute son énergie.
Voilà ce que j'aurais dû vous écrire plus tost. Mais de sottes distractions m'en ont empêché. Vous savez peut être qu'elles ne sont pas des plus graves, quoiqu'elles soient des plus ridicules. Ceux qui m'ont fait sortir de l'institut veulent me faire entrer en prison. La volonté de Dieu soit faite.
Si je vais là, ne pouvez-vous, pour charmer mes ennuis, me prêter un exemplaire de la Panhypocrisiade? J'ai lu le poëme à Bruxelles. Je connais peu de choses qui soient à la hauteur de son i3® chant soit pour la conception soit pour l'exécution. C'est un des morceaux les plus éminemment philosophiques qu'on ait jamais écrit en beaux vers. Je veux parler du chant des brigands. Ce fragment de plus est précédé et suivi d'un grand nombre d'autres qui ne sont pas moins dignes de l'estime de quiconque sait penser et écrire. Je voudrais relire tout cela. J'y retrouverai sans doute pendant ma captivité tout le plaisir que j'y ai trouvé pendant mon exil.
Adieu, mon cher confrère, n'importe à quel titre croyez que je suis à vous pour la vie.
Ar>ault.
De LEMERCIER à M^ GENTIL, directeur du Second théâtre français ^
Mai 1821.
II me semble que le droit de M". les membres du jury de lecture se borne à prononcer leur jugement sur les ouvrages qui leur sont offerts, et ne s'étend pas jusqu'à régler la distribution des rôles dans les pièces qu'ils ont l'indulgence ou l'équité de recevoir. Ce droit appartient exclusivement à l'auteur, et cela doit être ainsi pour l'intérêt de l'art.
Votre politesse et votre bon esprit ont reconnu, en m'écrivant, que les personnes qui s'empressent d'influencer mes choix, vous avaient chargé, en effet, d'une mission bien délicate. Leur indiscrétion n'a pas prévu que leur démarche me met dans une situation très différente de celle où j'étais avant la lettre qu'elles vous ont prié de m'adresser. L'honnêteté me fait maintenant une loi de ne point céder à des préventions blâmables en commettant l'injustice d'exclure de ma tragédie sur Saint Louis une actrice que l'on s'efforce d'en exclure d'avance. Je ne puis désormais donner mon rôle d'Isoïde qu'à M'■"^ Humbert.
I. Nous avons vu plus haut, p. 85, que Gentil avait prié Lemercier, au nom des membres du jury de lecture, de ne pas donner à M"'= Humbert le rôle d'Isoïde dans son Saint Louis.
2/io LES CORRESPONDA^JTS DE LEMERCIER
J'aurai votre approbation quand vous saurez que c'est à son zèle que la société que vous dirigez doit les divers ouvrages que j'ai donnés tant à l'Odéon qu'au second théâtre français qui lui succède ; et qu'après tous les services que j'ai reçus de son courageux dévoûment, lorsque chacun me décriait et m'abbandonnait, je ne payerai pas ses procédés par une insulte qui me ferait accuser de la plus insigne ingratitude.
A mon âge on ne devient plus à son insu l'aveugle instrument des intrigues, et l'on demeure étranger aux tracasseries de coulisses et sourd aux bruits des obscurs cabalcurs du parterre. Ce ne sera jamais à leur guise que je distribuerai mes rôles.
En entrant dans ces misérables détails, vous vous verriez, monsieur, arracher successivement les sujets qui soutiennent votre administration par leur activité et par leurs talents, aussitôt et chaque fois qu'on aurait un intérêt quelconque à les perdre, au nom du public, qu'on fatigue comme nous par ces menées.
Quelque soit mon espérance d'un grand succès, j'y renoncerai plutôt que de condescendre à une chose indigne de moi, bien que je sois profondément touché de la nouvelle assurance que vous me réitérez de votre honnorable suffrage et de celui des membres du jury très éclairé que vous présidiez.
Agréez, Monsieur, les témoignages de la reconnaissance et delà considération distinguée, etc.
Lem.
D'ANDRIEUX
i^r juin 1821.
Mon cher et illustre confrère,
Je suis bien reconnaissant de votre obligeante attention. Vous ne me devez rien pour la manière toute vraie dont j'ai parlé de vous et de vos ouvrages. J'avais eu de même précédemment l'occasion de citer votre excellent Cow^s de littérature dramatique; et lui avais donné les éloges qu'il mérite. J'aime beaucoup à rendre justice ; et puis votre noble et bon caractère, et l'amitié que vous voulez bien me témoigner, m'attachent à votre personne, autant que votre génie et vos beaux ouvrages m'inspirent d'admiration pour votre talent.
J'ai vu M. Belmontet qui m'a confié un Poëme de Parga (?). Ce jeune homme a de l'ardeur, de la bonne volonté ; mais je crains qu'il ne soit dans une fausse route, et qu'il ne prenne l'enflure pour la force, et l'exagération pour l'énergie.
Adieu, mon cher confrère. Agréez mon sincère et tendre attachement.
Andrieu.
SouRiAU. — Nép. Lem. i6
De CASIMIR DELAVIGNE
4 août 182 I.
Monsieur
Vous m'avez toujours témoigné tant d'intérêt que je ne crains pas d'abuser de votre bonté, en vous demandant un billet d'orchestre pour un jeune auteur tragique de mes amis. La meilleure école pour nous est la représentation des ouvrages de nos maîtres, et nous désirons bien vivement tous deux assister au succès de votre tragédie de Louis IX.
Agréez, je vous prie, d'avance, tous mes remercîments et l'assurance de mon respect.
Casimir Delavigne.
Ce 4 août 1821
Je n'ose vous prier d'ajouter au billet d'orchestre un parterre pour un écolier.
De CHAUVEAU-LAGARDE
26 octobre 1821.
Paris /e 26 8'"'«. 1821.
Le Ch^\ Chauveau Lagarde , Avocat aux Conseils du Roi et à la Cour de Cassation, rue Jacob n° 20.
Monsieur
Je reçois avec reconnaissance votre tragédie de Louis neuf; et je vais la lire avec tout l'intérêt et tout Tempressement qu'inspirent un si beau sujet traité par l'auteur d'Agamemnon. Il est bien aimable à vous de charmer ainsi les loisirs d'un pauvre jurisconsulte à qui les affaires d'autrui ne laissent pas le temps de s'occuper de luimême, et qui court en vain après un doux repos qui lui serait si nécessaire.
J'ai l'honneur de vous saluer avec toute la plus haute considération.
Chauveaulagarde .
De POUQUEVILLE
i5 mai 1822.
Paris, i5 mai 182a
Mon cher maître et ami,
J'ai réfléchi à l'aimable proposition que vous m'aviez fait hier, et je pense qu'il faut ajourner vos bontés pour moi. Voici sur quoi je me fonde. Mon Voyage est connu*, mais comme je veux être complètement votre ouvrage à vous, je crois qu'il recevra un lustre nouveau de votre tragédie des Martyrs, et que accolé à votre gloire, quoiqu'en ligne collatérale, vous pourrez agir plus efficacement pour votre ami, et moi, de mon côté, me présenter avec beaucoup plus d'avantage. En attendant je me recommande à l'excellence de votre cœur, pour me faire connaître, et pour parler de moi à l'Académie quand l'occasion s'en présentera, car je puis un jour remplacer Volney, le genre de mes études m'ayant fait naviguer dans ses eaux.
J'ai écrit à la vigne^ ; vous allez avoir à vos trousses une nuée de candidats, voire même le cygne ou si vous
1. Chateaubriand le cite, avec éloge, en note, dans la préface de la i""* édition des Martyrs.