‹ Népomucène Lemercier et ses correspondantsChapitre 9 sur 93 · I. Soixante ans de souvenirs, I · texte numérisé non relu

I. Soixante ans de souvenirs, I

DE 1789 A OCTOBRE 1796 IQ

il reçoit de la Section Armée de Piques un billet de garde. Il continue à tenir soigneusement au courant toutes ses pièces officielles ; le 2 floréal an II (21 avril 179/i) il se fait délivrer par le secrétaire général du département de Paris un certificat constatant qu'il n'est pas sur la liste des émigrés, et, le 3 floréal, une autre pièce attestant qu'il réside depuis une année, sans interruption, rue Jean- Jacques-Rousseau, n° 27. Il est obligé, en efiet, de mettre tous ses papiers en ordre avant de repartir en province, la loi du 26 germinal reléguant de Paris les cidevant nobles. Installé à Etampes, il s'y ennuie vite, bien qu'il ne vive plus seul : le 27 prairial an II (i 5 juin 1794) il obtient de Fineau, chirurgien-major de l'hospice de l'Humanité, à Etampes, l'attestation qu'il l'a soigné plusieurs fois pendant ses accès d'asthme convulsif, qu'i l'a trouvé suffoquant, « que l'air et l'eau qui circulent dans notre commune ne conviennent pas à son état ^) . Un peu vexé, probablement, dans son amour-propre local, le Comité de Santé d'Etampes délibère « sur la question de savoir si l'air et l'eau qui circulent en cette commune sont ou non contraires à l'état du citoyen Lemercier et à à la citoyenne fême Le Breton » ; le Conseil demande pour s'éclairer des certificats des médecins qui l'ont soigné avant qu'il quitte Paris. Enfin Népomucène obtient la permission d'aller s'établir à Maisons : le 29 prairial an II (17 juin 179/i) les officiers municipaux d'Etampes, sur l'attestation d'un aubergiste et d'un tailleur, certifient qu'il a résidé depuis le 5 floréal (24 avril) jusqu'au 29 prairial, sans interruption. Le 5 fructidor an II (22 août 1794") les membres du Conseil général de la commune de Maisons

attestent qu'il a « résidé en cette commune depuis le 3o prairial dernier jusqu'à ce jour ». Le 7 fructidor, les officiers municipaux certifient même que le citoyen Lemercier « depuis qu'il s'est retiré en cette commune en exécution de la loi du 26 germinal concernant les ex-nobles, s'est conduit en citoyen tranquille et soumis aux lois ». Lemercier s'occupe activement de sa rentrée à Paris ; il se met en règle avec toutes les prescriptions de la loi : il se fait délivrer un nouveau signalement qui, naturellement, ne ressemble pas au précédent ; enfin il reçoit sa feuille de route sous forme d'une réquisition rédigée par Merlin de Douai ; le 9 brumaire an III (3o octobre 179;^) le Comité de Salut public « arrête sur la proposition du Comité d'Instruction publicpie consignée dans sa lettre du 6 de ce mois que le citoyen Lemercier, âgé de vingt-trois ans et demi, attacpié de paralysie et d'un asthme convulsif, est requis de se rendre à Paris pour y exercer ses talents dans la poésie dramatique.

Les membres du Comité de Salut public Merlin (d.-d.), Prieur, Guyton, Eschasseriau, Charles Cochon, etc. ». Au verso on lit : « Yu au Comité civil de la section des Picques, le 28 brumaire de l'an 3* » (t8 novembre 1794)-

Lemercier, ainsi réquisitionné, ne paraît pas très pressé d' « exercer ses talents dans la poésie dramatique » ; il a pourtant une pièce toute prête, le Lévite d'Ephraim, ce sujet terrible qui avait déjà tenté Jean-Jacques Rousseau'

I. Cf. mon édition critique de la vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, par Bernardin de Saint-Pierre, p. 161-162. — Labitte, II^ 18/i, 186.

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mais il se contente d'en faire des lectures : le 4 nivôse an III (p.k décembre 1794) la citoyenne Pourra lui rappelle qu'il a promis de venir lire chez elle son Lévite.

Lemercier semble à ce moment ne plus vouloir attirer l'attention sur lui ; il remplit simplement ses devoirs civiques sans bruit : le 12 nivôse an III (i*"" janvier 1796) il reçoit comme étrennes un billet de garde de vingtquatre heures au poste de réserve de la ville ; il ne nous avait pas habitués jusqu'ici à tant de prudence. Que se passe-t-il donc dans sa vie? Nous allons l'apprendre, en partie, d'un certificat de résidence délivré le sextidi 26 brumaire an II (16 novembre 1793) par les officiers municipaux de Clichy-la-Garenne à la citoyenne Marguerite-Ursule Pigory, épouse du citoyen Louis Lemercier, certificat attestant qu'elle a demeuré depuis le 8 juin dernier dans cette commune, avec son filleul Jean-Jacques Mariatte. Les parents de Népomucène ont quasi adopté ce filleul (que nous retrouverons sous l'Empire), pour combler le vide creusé dans leur vie par le départ de leur fils : il ne vit plus avec eux, et ce n'est pas seulement à cause de ses déplacements forcés. Notre poète s'est constitué une famille, vaille que vaille, ainsi qu'il appert du document suivant, daté du 28 ventôse an III (i3 mars 1795):

Naissance de Népomucène ne le jour et heure d'hier, six heures du soir, lieu de Paris, ûls naturel de Louis Le Mercier, Citoyen, et de Elisabeth François, ses père et mère, demeurant rue des fossés G'° L^'s n° ig. Premier témoin anne-jacquet, /« du G" Mondé, profession /« de confiance. Second témoin Nicolas la guerre profession homme de confiance.

Nous sommes loin des splendeurs de Tacte de naissance de Louis-Jean-Népomucène, le 21 avril 1771 !

Lemercier met cet enfant en nourrice, i5, rue du faubourg Poissonnière, chez le citoyen Joseph Jobin, un brave homme, si j'en juge par ses lettres naïves : il semble aimer comme son propre fils son petit pensionnaire, être soufiFreteux et malingre : le 1 5 frimaire an VII (5 décembre 1798) Jobin annonce à Lemercier que l'enfant est mort de la petite vérole : il avait succombé, d'après l'acte de décès, le i3 frimaire, à 10 heures du soir.

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