‹ NeptuneChapitre 2 sur 7 · S II · texte numérisé non relu

S II

Caractère religieux de Neptune indiqué par les auteurs anciens.

— Ce Dieu est l'Eau.

Le vrai caractère religieux de Neptune n’est pas seulement manifesté par ses fables , il est encore mis à découvert par un grand nombre d’auteurs anciens. Quand Homère nous représente Jupiter s’adressant à Neptune et lui disant : Toi qui as la Terre , qui ceins la Terre, qui couvres la Terre, qui ébranles la Terre f*', il ne parle point d’un génie gigantesque qui ferait toutes ces choses; il entend parler de la Mer, ou de l’Eau, puisque c’est la Mer elle-même qui a, qui ceint, qui couvre, qui cache, qui ébranle la Terre.

Hésiode ne peut avoir que la même pensée quand il emploie les mêmes expressions , Neptune , dieu qui ceint la Térre^^*; quand il dit, le retentissant Nep-

(i) Homer. Iliad. lib. XIII, vers. 34, 43, et alibi.

(a) Hesiod. Thtog. vers. 456.

tune Assimiler le retentissant Neptune à l’Ekiu, dont

le bruit lointain passe pour un oracle , c’est tout ce que pouvaient ces poètes dans la ferveur des initiations, lorsqu’il était défendu, sous peine de la vie, de dire quels rapports existaient entre le culte secret et le culte populaire.

On donne aussi le titre de mari de la TeiTe à Neptime, dénomination qui ne peut se rapporter qu’à la Mer;

Varron préfère cette étymologie à toutes les autres, car Neptune, dit-il, cache la Terre de son corps , et c’est par cette raison que les anciens font appeléNeptime®. Varron est un zélé stoïcien; il n’admet que les dieux réels , il rejette tous les dieux symboliques comme de faux dieux; mais il a toute la chaleur d’im homme profondément persuadé; par cela même il est démontré qu’il connaît très-bien sa religion, et il mérite une entière confiance.

Properce compare sa maîtresse à la Terre, qui a voulu, dit-il, être cachée tout entière sous le corps du dieu liquide son époux : Qaœ volait liquida toia. sabire Deo t®*,

Neptune, dit Cicéron, rend des oracles certains

(1) Hésid. Theog. vers. 818.

(2) Neptamu (dicitor), quod mare terras obnobit, ut nubes c«lum ; a nuptu, id est opertione, ut antiqui, a quo nuptiæ, Nuptosque dictes. Varro. de Ung. lat. 1 U>. IV, ed. Bipoot. pag. 31.

( 3 ) Propert. lib. III, eleg. 17.

CULTE DE CE DIEU, S II

quand les antiques rochers, couverts d’une liqueur écumeuse, répètent de tristes accents

L’auteur appelé S. Gément, dans son tableau du paganisme, est plus clair et non moins positif. Après le premier dépôt des terres, dit-il, la première eau qui a surnagé , ils l’ont nommée Poséidon ***.

Ils appellent Neptunus, dit Phumutus, celui qui ébranle la Terre, qui mugit, qui soupire sourdement. Ils lui sacrifient, en habit noir, des taureaux noû’s Ils le peignent avec un trident dans chaque main, parce cpi’il ébranle la Terre jusque dans ses fondements. D est le père des fontaines , des sources d’eau , le père de Pégase

S. Clément d’Alexandrie s’exprime là-dessus avec une fermeté remarquable. Eh quoi, dit-il, ils ne seront pas athées ceux qui , par une fausse sagesse , refusent d’adorer des pierres et du bois , et qui cependant ont adoré la Terre et l’ont appelée leur mère ! Ils ne seront pas athées , ceux qui n’ont point consacré de statues à Neptune, et qui cependant adorent l’Eau ! Et qu’est-ce que Neptime, sinon

(i) Cicer. de Disinat. lib. 1 , cap. 7.

(3) Hoaaiera rpoanydptaaa» , S 7. Ap. Colel. Patret yai Ump. àpoit. flor. Amst >734, t. I, pag. 678.

( 3 ) Virgile dit seulement : il lui sacriiie un taureau, Utarum Nepiano. Æneid. lib. III , vers. 119.

( 4 ) Pburnut. de Nat. Deor. cap. xxii.

le Dieu Poseidôn , celui qui nous sert de boisson On ne saurait être plus positif.

C’est parce qu’il voile la terre , dit Arnobe » qu’il est appelé ou surnommé Neptune. Nul autre dieu n’a ce surnom que lui. C’est lui qui ébranle la Terre®.

Que le soleil, dit Eusèbe, soit Osiris, Orus, Apollon, je le veux; mais n’est-ce pas toujoiurs le Feu, l’Eau, des parties humides ou sèches de la nature qu’ils adorent ® ? Eusèbe va ici au fond des choses , il nie , comme théologien , la divinité des éléments; mais l’argument qu’il fournit en faveur de l'existence du culte symbolique est sans réplique, et l’on voit clairement que , dans son opinion , Neptune est un des représentants de l’Eau.

Tout ce que la Terre, la Mer renferment d’admirable, dit Prudence, ils en font des dieux

tantôt appelant l’Océan Neptune , tantôt les fleuves limpides, des Nymphes.

Vel Neplûnum vociUintes

Oceanum, vel cyaneas cava flumina Nymphas (^).

j “Ÿêwp èè a^à ifpotrrpeicàfievot. T/ ydp è<nt vpdrepop üoffstitSp ^ Ttf orjffioc èx Tris rtàatas ôvopaToitotoup.évfi ; S. Ciem. Alex! Cohort. ad gent. cap. v, pag. 56 .

(2) Arnob. Adv. gent. lib. III, pag. 62, 53 , cd. 1666.

( 3 ) Eusèbe, Prep. crany. 11 b. III, cap. vi, pag. 96. — \oyezlntro~ dttction à ïètade de la mythologie, pag. i 5 o à i 53 . — Japiter, t. I, pag. 37 à 39.

(A) Prudent. Contra Symmach. lib. I, vers. 297 et scqq

CULTE DE CE DIEU, S III

La Mer, dit S. Augustin, est la vérité; Neptune est le mensonge

Le même père nous dit ; Us veulent (les polythéistes veulent) que Neptune soit les Eaux du monde, aquas mandi; Vulcain, le Feu du monde D’accord avec tous les précédents, Eustathe dit enfin : Neptune désigne la nature liquide

Ainsi donc Neptune n’est ni un fils de Noé, ni un générai commandant la marine, ni le génie de l’eau, ni la puissance de l’eau; Neptune est l'Eau en général, aqate mandi, et rien autre chose. Airisî il est deux manières de désigner l’Eau : au propre, l’Eau est une source, un flot, une mer; au figuré, l’Eau est un cheval frémissant, un animal indompté. Ce sont Varron, S. Clément d’Alexandrie, S. Augustin , Virgile , Ovide , qui nous le disent.

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