‹ NeptuneChapitre 3 sur 7 · S III · texte numérisé non relu

S III

Légebde expliquée p>ar ce mot i Neptune est l'Elau.

Si Neptune représente l’Eau en général, aquas mandi, toutes les fables doivent être l’expression de ce mot. Or, tout est conforme. Il est à regretter que nous ne sachions pas avec certitude si le dieu

(i) S. Augast. Serm. 197. In Nat. Pomini. tom. V 0 pp. col. 906, ed. Antverp.

(3) Idem, de ch. Dei, lib. Vil, cap. XTi. Neptunum Dolunlayiuu mandi.

( 3 ) Euatath. Iliad. 0 , p. 1011, ed. Rom.

Protée est plus ancien que Neptune; mais ce que nous voyons du moins, et là est ce qui nous importe le plus, c’est qu’en tout temps on a reconnu dans l’Eau la disposition à prendre les qualités du corps qu’elle pénètre et auquel elle s’unit. Quel que soit le nom du personnage divin qui la représente, Protée, Nérée, Neptune, Thétis, elle a la faculté de s’identifier avec lui; elle prend son goût, sa couleur. Or la fable de Thétis n’est point autre chose que cette transformation. Pélée était la Terre glaise , Thétis était l’Eau, que son amant poursuivait. Trem blant d’être saisie, la déesse timide devenait tour à tour, pour lui échapper, lion, tigre, plante, métal, et n’était prise que lorsque, lasse de fuir, elle reprenait sa première fonne û).

Pareille chose arrive à Neptune et à Protée. Pausanias raconte qu’il y avait hors de la ville de Trœzène un temple de Neptune, distingué par le nom de Phytabnios , le dieu planteur, ou le . dieu des plantes. Arrosées par une eau à peu près la même, ces plantes avaient toutes leur goût naturel. Les habitants du pays ayant violemment irrité Neptune, il inonda lem: terroir par un flot d’eau salée dont il le couvrit entièrement. Dès ce moment le même goût d’eau salée régna partout; le fléau ne cessa, les plantes ne reprirent leur nature que lorsque Neptune, désarmé par la piété des habitants, eut (i) Je suis le texte d'Apollodore, lib. III, cap. xui, S b.

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retiré le Ilot d’eau salée, lorsque l’eau commune eut repris son cours, et que chaque plante recommença à s’identifier avec elle. Les habitants savaient donc que l’eau s’identifie avec là plante ; l’espèce de transformation qui résulte de cette union ne les étonnait plus , le miracle était devenu vulgaire O.

Eh ! que savons-nous si la fable d’Apollon et Neptune bâtissant les murs de Troie n’est pas de la même nature? Ce n’est pas sans motif que les deux dieux ont été déguisés en manouvriers. Apollon , qui est le soleil , chasse des flancs de la pierre l’eau quelle renfermait; à l’instant le caillou calciné tombe en poussière; Neptvme reverse de l’eau sur ce caillou brisé; le caillou redevient pierre; les portes Scées s’élèvent et braveront les efforts du temps. C’est ^si que les faits les plus simples, enseignés sous forme de fables, acquièrent un nouveau prix, et que. la science des enfants s’enrichit de tout le savoir des sages.

Rbée, voulant sauver Neptune son fils, y substitue un jeune cheval, et le rusé Saturne y est trompé; il prend la chah' du cheval pour celle de son fils.

Neptune, se réfugiant en Égypte, se revêt des formes d’un jeune cheval; Méduse aime Neptune; cet amour n’a rien que de bien naturel , car Méduse, avons-nous dit, est le nuage plein de feux élec-

(i) Vausan. lib. Il, caji. xaxii.

triques , qui cache pendant l’orage le front de Ju piter. Le fruit de cette union est le cheval Pégase. Monté par Bellérophon , Pégase va donner la mort à la Chimère ; ne nous étonnons pas de son feu, puisqu'il est fils de Méduse.

Gérés aime Neptune; Gérés est la terre affamée d’eau , devenue presque furieuse par la privation de cet aliment, et surnommée, à cause de cette passion , Érinnys^^^-, elle s’est métamorphosée en cavale, elle a fui ; Neptune , heureusement amoureux d’elle , la poursuit; il la rattrape; elle monte sur son dos, et ils galopent ensemble. Le fils de leur union est le cheval Arion , que son père fait élever par les Néréides , dans les étables de l’Océan.

Je puis citer ici deux médailles autonomes de la ville de Phères , en Thessalie ; l’une , du cabinet de Hunter, rapporté par Eckhel; l’autre, de notre cabinet royal, publiée par M. Mionnet. On y voit Gérés assise sur le cheval qui galope. Toute la différence qui se trouve entre ces deux médailles, c’est que dans c^lle d’Eckhel la déesse tient un flambeau dans chaque main, afra^ue mana, et que dans l’autre , elle ne tient qu’un seul flambeau ***. Le sens est d’ailleiu's si clair qu’il n’y a aucune

(1} Pausan. lib. Vlll, cap. xxv.

(î) Eclbel. Doctrin. Thessalie, Phères, tom. II, pag. 147. — M. Mionnet, tom. 11, pag. j 3 , u” 167. Voyei à la tête de l’ouvrage, figure i.

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raison de se former des doutes. C’est l'Eau qui poursuit Cérès, c’est l’Eau que Cérès impatiente désire; rien de moins équivoque.

Une pierre de Stosch, publiée par Winckelmann et Schiichtegroll, forme la suite de ce sujet. ElUe offre Cérès, tenant par la bride Arion, lequel a entre ses pieds la vie sous l’emblème d’un serpent debout sur les replis de sa queue. Cet animal représenta d’abord l’âme du monde*''; il devint bientôt l’image du génie ou de l’àme de chaque lieu , genias loci, ensuite de l’âme de chaque famille, de l’âme ou de la vie de chaque individu, etc. Winckelmann et Schiichtegroll ont vu tous deux dans le cheval, l’image d’ Arion; mais aucun d’eux n'a reconnu ni Arion comme symbole de l’Elau, ni le serpent comme symbole de l’Ame propre à chaque lieu*"'. Le sens de cette composition est celui-ci : rajeunie par l’Elau, la Terre retrouve son âme ou sa vie, qui était sur le point de l’abandonnér.

Tant de rapports entre Neptune et le cheval, la supercherie de Hhée et l’erreur de Saturne , le voyage d’Égypte, l’amour de Neptune pour Méduse, et la naissance de Pégase, l’union du dieu avec Cérès, et la naissance d’ Arion, autorisent à demander, qu’est-ce donc que le cheval? Déjà on prévoit

(1) Jupiter» tom. II, part. 2 , chap. xiv» pag. 254.

( 2 ) Winckeltn. Pierr. grav. de Stosch, deuxième das. pag. 68. — K. SdilidilcgroH» Choix de Piètres graw de Stosch, p. 85, n* xxxvn.

NKPTUNE.

la réponse. Le cheval est le flot qui se forme au sein de la mer sitôt qu’elle est agitée. Le cheval est le flot qui embrasse la terre , qui l’ébranle , qui se répand sur la grève et se déroule en frémis- .sant.

Quand la mer se gonfle , il se forme à sa surface des montuosités, la plaine üqiiide blanchit; nous disons alors que la mer moutonne; il serait plus exact de dire qu’il s’y engendre des chevaux. Les ondes grandissent-elles , leurs têtes se chargent-elles d’écume , leurs croupes s’alongent-elles sous le souffle de Borée ? Ces vagues sont autant de Néréides qui saluent leur roi : l’allégorie n’a point ici de voile. A une époque où l’on ne cherchait tpie des ressemblances , combien en effet on dut en voir entre le cheval et le flot! Celui-ci est rapide comme le cheval, écumeux comme le cheval, impatient comme le cheval, mutiné comme le cheval. Aussi les anciens puisèrent-ils dans l’idée de hipfios, cheval, la plupart des surnoms donnés h Neptune, comme nous pourrions les emprunter nou^-inêmes aux mots ondes , vagues , flots , mers , fadit equum frementem.

Neptune fut surnommé Hippins^^K l’homme de cheval ou le chevalier, parce qu’il était le flot ou l’Eau, et que le flol se forme au sein de l’Eau; il fui nommé Hlppocuriivi , le dieu qui soigne les chc-

^i) l’atisiii. 11b. VII , cap. .\\i , el lib. VIII, cap. xwvi.

(a) W. lib. III, cap. xiv.

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vaux; Hippodame ou Domatitès^^^, le dompteur des chevaux , parce que c’est lui qui domptait les flots. Le qaos ego se rapporte aussi bien aux flots qu’aux vents en fureur; ^ Les actes suivirent les surnoms. Le char de Neptune et d’Amphitrite vola sur les flots apaisés , au milieu d’un pompeux cortège. Triton, fils de ces deux divinités, se joue auprès d’elles. Les Hippocampes nagent parmi les animaux qui les environnent.

C’est à peu près ce qu’on voit sur une médaille citée par Zoéga , et rapportée par M. Mionnet, avec celles d’Alexandrie d’Égypte. Neptune y est debout, tenant de la main droite un trident , dans un char traîné sur les flots par deux Hippocampes ou chevaux marins ?*. On sait seulement que les chevaux marins ne sont pas de vrais chevaux , puisqu’ils ont les pieds fourchus.

Enfin une monnaie de Rhaucus , ville de Crète , peint Neptune sous la forme humaine, ayant son trident dans la main gauche, ét de la droite retenamt un cheval par la bride Neptune, dans cette monnaie, est l’homme nu qui tient le cheval par la bride , et le cheval est le flot que Neptune retient (i) Paasan. lib. III, cap. xir. ,

(i) MioiiDet, toio. VI, pag. ii5, n° 6i3. — Zoéga, moanaies d’Kgjpte, pag. 70 , n” 77 .

(3) Mionnet, toin. II, pag. 297 , n” 3o4- — Sa description se trouve confirmée par Eckhel, i^oefrina, tom. II, pag. 3ao. — Celle monnaie forme Ir frontispice du présent ouvrage. ,

et qu’il captive. On dirait que l’artiste a voulu peindre le , vrai dieu, celai qai met an frein à la foreur des flots.

Ainsi Neptune est le cheval qui emporte Gérés sur son dos ; Neptune est le héros qui , sous la forme humaine, retient le flot, lequel a les, traits d’un cheval; Neptune est le flot retenu par le frein; Neptune est une source, im fleuve, mie mer; Neptune , enfin , est l’eau , quelque part et sous quelque forme qu’on la voie.

Jusqu’ici les fables sont d’accord avec le principe; poursuivons. . ,

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