‹ NeptuneChapitre 4 sur 7 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Suite de l'explication de la légende.

Une chose est à remarquer, au sujet de Nérée , c’est que parmi les cinquante filles de ce dieu, qui étaient les Néréides, plusieurs avaient des noms tirés , comme ceux de Neptune, de la dénomination ou de la nature du cheval. Ceci me paraît prouver deux choses : l’une, que Nérée, qui était la mer, et Neptune, qui représentait l’Eau, dataient à peu près du même temps; l’autre, c’est que Nérée était bien la mer, puisqu’il avait pour fille des flots , ou la mer considérée par parties séparées. En effet, au nombre des cinquante Néréides, on comptait Hipponoé, celle qui songe au cheval; Hippothoé, ra-

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pide comme un chéval ; Ménippe , qui a la vigueur des chevaux; Gjrmo, née des ondes; Çymodocée, qui reçoit les flots; Cymothaé, vague rapide; Galatée, la blanche. Parmi les personnages de la cour de Neptune figuraient Rhée, sa mère , ou celle qui coule , suivant l’étymologie donnée par Héraclite d’Ephèse, citée par Platon Callirrhoé, celle qui coxile bellement, que les artistes grecs avaient désignée par une draperie très-abondante et une robe à pbs très-ondoyants; Hippo, ou le cheval.

Outre les surnoms de Hippios, de Hippocarias, de Hippodame ou Domatitès; outre les surnoms que lui donne Homère, tels que, celui qui a la terre, celui qui tient la terre , celui qui ébranle la terre on lui en donna d’autres qui peignent presque tous ou le maître des mers ou l’arbitre des eaux.

11 fut appelé Tridentiger, porteur du trident. Il fut appelé Mycétès , à cause de son mugissement semblable à celui du bœuf On le nomma, par la même raison , Taureau, et criant comme le taureau**), n reçut les surnoms de Nymphagète et de Crènouchos (de wft^ayhtis et de xpijvoSxos), chef des nymphes

(i) Plat. Crafyl. tom. I, 0pp. pag. 4oa A, edit. Serran.

(i) J. Pollux, Onomast. lib. I, cap. i.segm. aS.

(3) Pburnatua, de Nat.Deor. cap. xxii, ap. Gall. i688, pag. igS. — Il fiit ausai nommé kyaarét.

(4) Héayehius aasure que Neptune lui-niéme fut appelé Tavpo( et TatJpïio». '

et maître des sources H était par conséquent reconnu comme chef et maître de toutes les eaux potables, sources, fleuves, fontaines.

C’est sous la dénomination de Posidonium, habitation de celui qui donne la boisson, qu’on lui élevait des temples. Quand les Doriens bâtirent une ville en son honneim, dans la Lucanie , pays de l’Italie méridionale, ils l’appelèrent Posidonia, ou Posidania. Vers l’année kSo ou 48 1 de la fondation de Rome, 2y3 ans avant J. C. , sous le consulat de Fabius Dorso et de Claudius Canina, d’autres disent un peu plus tard, il fut conduit dans cette ville une colonie romaine ; la ville prit alors le nom de Pæstum Rien d'ailleurs n’y fut changé; les monnaies de Posidonia et celles de Pæstum présentent, les premières, dont quelques-unes sont très -anciennes , Neptune debout, menaçant de son trident; au revers , un taureau , un poisson , un dauphin ; les secondes, Neptune debout, un trident, ou bien la tête de ce dieu seulement, un taureau, un dauphin, une corne d’abondance ; la tête de Pallas , celle de Cérès, etc... Seulement à ces -monnaies, il en lut ajouté d’autres que la longueur des temps rendait

(i) Sunt cnim Nymphs potabilium aquaram fontes. Pbnrnul. loc. cil. pag. igS.

(») Tit. Liy. EpUem , lib. XIV. — Vell. Palerc. lib. I , cap. siv. — Clavier, Italia anti(i. tom. I, pag. iiBy. — Cellar. Nolitia oriis antiqni, lib. Il, cap. iv , secl. h , pag. 734 , loni. I. — Eckhel , Docirin. Inm. I , pag. i S 8 .

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nécessaires, portant les têtes d’Âpollon , de Junon , de Gérés; au revers un épi, une ancre, un gouvernail, une proue de vaisseau La ville lut donc toujours Neptunienne comme auparavant®. Trois temples de la plus ancienne et de la plus belle architecture dorique demeurèrent debout dans l’intérieur, et les ruines en subsistent encore. 11 paraît même que les citoyens composant la colonie prirent part à la dédicace du nouveau temple de Neptime <*). Quand les Romains voidurenfr commencer la première guerre punique, les babitiuits de Pæstam, unis à ceux de Bhegiam et de Velia, mirent en conunun vingt vais- ^ seaux au service de la république , en disant toutefois que c’était librement et de leur plein gré®. Après la bataille de Cannes, üs lui envoyèrent en présent des coupes d’or que celle-ci eut la générosité de reftjser®. Fidèle alliée de Rome, Pæstum, enrichie par la navigation , dotée même de greniers d’abondance , où elle vendait le blé au peuple à des prix modérés paraît avoir conservé le culte de Neptune aussi longtemps que Rome et Ostie. Les

(i) Mionnet, luppi. tosa. I, p«g. 3o8, 3og, etc.

(]) Publius Victor se sert de cette expression : tfeptmia.

(3) Inscrip. n° ,\ii , dans Dumont, les Buines de Pirslam, gr. iu-ful. J 76 g,pag. g.

(4) Id. Jbid. pag. 4- ^ .

(5) Id. pag. 4. ,

( 6 ) On voit ce fait dans deux iasci'iptIoDS en l'honuciir des ma-

giMrats dp! Pæslum, ihid. png. 4 8 , n® 7 .

villes méridionales de l’Italie défendaient encore avec obstination leurs temples, leurs autels, leurs jeux, leur religion ancienne, au commencement du V* siècle f*).

Le surnom de Ginéthlins, qui favorise la génération, et le temple de ce dieu, près de la ville de Sparte nous conduisent aux mêmes idées. Ce n’est point proprement Neptune que nous voyons, c’est Poséidon, celui qui donne la boisson, soit que la dénomination de GénéSiUas fût prise de ce que Téthys, ou l’Eau, femme d’Océan, avait été la nourrice du genre humain , soit que l’on considérât l’eau comme véritablement favorable à la génération. Poséidon eut un second temple sous le surnom de Génésias, près d’Argos®. B eut un autre temple, sous le nom de Poséidon , avec le surnom de Pater, père, à Éleusis**'. Dans tous ces surnoms, il représente, comme on voit, l’eau douce.

Nommerai-je les enfants de Neptune? Tant était grande la terreur inspirée par les forbans, dans ces temps où la force faisait la loi, que tous les étrangers

(i) M. Beugnot, tom. I, liv. VIII, chap. iii, pag. 366, 368 et auiv. tom. II, liv. IX, chap. x, pag. ii 8 , >4g etsuiv.

(i) Paoaan. lib. III , cap. xv , pag. 897 . — Ce temple était à Généthlium , village sor les terres cT Argos. Il y avait prés de ce village nne sonrce d'eau douce. Les Spartiates croyaient que cette eau devenait douce en courant dans les terres, lib. VIII, cap. vu.

(3) Pausan. lib. Il, cap. xxxviii.

(4) W. lib. I, cap. XXXVIII.

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venus pai' mer passaient pour ses fils. Tels furent Polyphème, qui l’appelait son père<‘*; le chef des Lestrygons ; les deux fils d’Iphimédie , reconnus pour ses enfants; Busiris et autres brigands de cette espèce. Son immensité les faisait en générai passer pour des géants. Dans la réalité, ces chercheurs d’aventures étaient méchants ou bons , suivant le hasard de leur naissance et leur caractère personnel.

Attriliuts et symbeles de Neptune.

L’Eau en générai, avons-nous dit, était le dieu réel, honoré dans le paganisme sous le nom et les formes de Neptune. De là il arriva naturellement que les attributs de ce dieu ne furent pas puisés seulement parmi les signes emblématiques de la navigation sur mer, mais encore parmi ceux de l’eau dans son universalité, ou de toutes les eaux répandues dans le monde.

ïln effet, si l’on considère les attributs de Neptune, on y trouve le taureau , le cerf, le cygne , le canard , animaux étrangers à l’eau salée; le vase, symbole de l’eau dans sa généralité ; la corne à boire , la lyre , ims^e de l’harmonie que l’eau étabbt entre les éléments***; le trident, signe de la triple puissance que

(i) Homer. Od^u. lib. IX, ven. SsS, Sïq.

(i) C'ait ce que je ferai voir dans ma dissertation sur les centaures.

Neptune exerce sur les trois espèces d'eaux i le cheval, que sa parfaite convenance rendit propre k représenter les flots des mers et ceux des rivières. A ces signes, il &ut joindre ceux de la navigation par mer, mi aplustre, un aviron, ime ancre, im dauphin, ou tout autre poisson , etc. etc.

Entre le taureau et le cheval il y avait quelques difliérences; elles étaient cause que l’un représentait plus pai’ticulièrement les fleuves, l’autre, les flots allongés de la mer. Le taureau mugit comme les fleuves ; il a aussi des cornes , comme les fleuves qui ont souvent plusieurs branches quand ils se jettent dans la mer. On sacrifiait à Neptune des taureaux noirs , par la raison que les fleuves étaient le plus souvent boiu'beux et noirs à leur embouchure. Le taureau et le cheval convenaient d’ailleurs également au représentant, au chef, au roi de la nature humide , et ils étaient consacrés tous deux à sa représentation.

L’eau , dit Platon , se voit en deux états , en état de liquide et en état de fluide ou d’humidité, et divisée par le feu <'>.

L’eau en état de fluide est les vapeurs ou les nuages qui s’épaississent , s’entassent, et quelquefois couvrent et obstruent les.cieux. Ces nuages changent souvent de forme, suivant le souffle qui les agite;

(i) PUt. Tim. lom. III 0pp. ptg. 58 , D et 5g, A. — IJ. ed. Bipont. tom. IX , pag. 363.

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et malgré ces changements, ils sont toujours de l’eau , section de la substance que la Grèce honorait comme une de ses principales divinités •'>. C’est toujours Neptune, de quelque part que les évaporations puissent sortir.

Des recueils d’antiquités oflrent Diane, ou la Lune, dans ti'ois situations, dans un char traîné par des taureaux dans un char traîné par des chevaux, dans un bige ou im quadrige où elle a attelé des cerfs, animaux avec lesquels elle se plaît à respirer pendant la nuit la fraîcheur des campagnes et des bois Le cerf est un symbole de Diane plutôt que de Neptune ; mais il est indubitablement un des symboles de la matière humide, et c'est pai' cette. raison que je l’attribue à Neptune. Une preuve de ce dernier rapport est dans les médailles de Ci-, licie et d’autres sur lesquelles est gravé un lion qui dévore un cerf'*'. Le Lion, emblème du soleil d’été, est une image d’Hercule, soleil des douze mois. Le Soleil dévore les humidités, voilà le sens de ces médailles.

Si les artistes ont pu supposer que les émanations étaient nées de fleuves et de rivières, ils ont dû atte-

(i) A&enag. Lfgai- pn Christ, ed. Oxon. cap. zis, pag. 88.

(3] Claudien, de Bapt. Proserp, lib. III, vers. 4 oi, 4 o 3 . — Auson. Epislol. T, vers. i. — Noonus, Dionjrs. lib. I, vers. 33 o, 33 1.

( 3 ) Tassie, tom. II, pag. 693, n* 13, 973 et suiv. — Mionnet, tom. III. Médailles d'Éphèse.

( 4 ) Mioonet, incertaines de Cilicie, tom. III, pag. 667, n° 670.

1er des taureaux aux chars ; s’ils leS ont crues sorties des campagnes et des bois j il était à propos de placer des cerfs aux quadriges. Ces origines sont au moins possibles , ce qui motive suffisamment la diversité des représentations. Quand on voudrait que les artistes eussent été guidés par un pur caprice, ce serait leur prêter une ignorance inadmissible, et rien de plus.

Dans cette espèce de contradiction , Phidias conçut une pensée qui fait voir au contraire combien était approfondie la connaissance qu’il avait de sa religion. Laissant de côté le taureau et le cerf, il adopta le signe générai des humidités, je veux dire le flot ou le cheval qui en est l’image. H représenta, sur les bas-reliefs du trône de Jupiter à Olympie, la Lime dans sa rondeur sur un cheval qui galopait et il plaça cette composition aux pieds du maître des dieux, sur le scabellam même de son trône, pour montrer que Jupiter est le roi, le père de toute la nature, que l’Eau est comptée parmi les divinités réelles, et que c’est elle qui étabbt l’harmonie entre les autres éléments. On ne saurait se cacher plus adroitement, être plus intelligible, et cependant se mettre mieux à l’abri contre toute accusation de Ariolation des mystères. Je le demande donc de nouveau, qu’est-ce que le Cheval dans ces

(i) PaïuaD. lib. V, cap. u. — M. Quatremère de Qaincy, Jupiter Olymp. d'après Pausan. pag. 3oi , pl. 1 5. — Voyez ci-dessus fig. u° a.

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bas-reliefs ? De l’Eau en état de fluide ou de vapeurs , c’est-à-dire un nuage , car un nuage paraît seul porter la Lune. Par la représentation de cette divinité , Phidias pénétrait dans le culte direct et secret; par la figure du cheval, il rentrait dans le culte symbolique et populaire.

A fappui du sens allégorique donné au cheval par les anciens, je rappellerai encore ' une composition répétée plusieurs fois. On y voit un serpent la tête élevée, se tenant par les replis de sa queue sur un cheval qui marche. Le cheval sur lequel il est monté est un emblème de l’Eau. La vie se soutient et se perpétue par la puissance de l’Eau; voilà le sens de cette allégorie.

D y a plus de précision dans les nombreuses monnaies où l’on voit Hygie donnant de l’eau, dans une coupe , à un serpent qui se relève sur sa queue pour la boire. Hygie et le serpent sont allégoriques; l’Eau seule est au propre dans cette ingénieuse composition.

La lyre dont nous avons parlé appartient à Apollon, dieu soleil; à Hercule, dieu soleil; à Hermès ou Mercure, autre dieu soleil; mais si c’est l’Eau qui établit et maintient l’harmonie entre les éléments, si la Lyre elle-même est un symbole de cet accord, elle convient également à Neptune, et c’est avec raison que nous la lui donnons.

Les chevaux dont nous parlons sont ailés ou sans

ailes. Fils de Neptiine et de Méduse, Pégase a des ailes. C’est en s’élevant dans les airs qu’il fit j aillir sous son pied les sources d’Hippocrène. Elnfant de Neptime et de Gérés, Arion n’eut point d’aües. Attributs rarement signiCants , les ailes peuvent quelquefois faire distinguer l’Eau en état de fluide d'avec l’Eau en état de liquide.

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