Voyee la note à la fin du volume
cherches... En attendant, il importe que je délivre mon oncle des enlacements de celte vipère... Eh bien ! mes dignes dames, puisque nous avons un égal intérêt à surveiller le prétendu Karl, soyez assez bonnes pour me mettre au courant de ce qui s'est passé ici ces derniers temps... Je sais déjà bien des choses, mais vous pouvez me fournir des renseignements précieux. »
Ainsi excitées, les deux sœurs s'empressèrent de lui donner des détails, que leur profession d'aubergisles et le voisinage du château leur avaient permis de recueillir. Ils. étaient de nature à montrer l'urgence d'une action décisive.
John Hartley n'allait presque plus à la ferme des Oaks et demeurait au château de la reine Edith, où l'on s'était empressé, comme nous savons, de transporter toutes sortes de meubles. Il sortait un moment, le matin, pour se promener à cheval dans les environs ; mais pendant le reste du temps il se tenait enfermé avec Karl et l'on disait que ce Karl était un sorcier qui accomplissait les choses les plus extraordinaires. Aucun des domestiques de la ferme n'avait été appelé à résider au château. En revanche, on y avait installé quatre ou cinq individus de mauvaise mine, étrangers au pays et que Karl avait recrutés on ne savait où.
Le château se remplissait d'objets singuliers, dont personne ne connaissait Tusage; les ouvriers y étaient logés et nourris, de peur sans doute qu'ils ne révélassent au dehors à quoi on les occupait. Enfin les hôtesses racontaient que, la veille, dans l'après-midi, elles avaient vu arriver une dame élégante, que Karl était allé lui-môme chercher dans une voiture à la station et qui depuis lors devait s'être établie au château, car on ne l'avait plus vue ressortir.
— N'était-ce pas, demanda Alfred avec intérêt, une femme encore jeune, assez jolie, mais un peu chargée d'embonpoint?
— Précisément.
— Alors c'est Mme Jellous, la somnambule, et maintenant que la troupe est complète, la grande partie va commencer sans doute!...
Pauvre oncle John !
— Mais s'il en est ainsi, ma sœur, dit Jenny à la veuve, nous ne devrions plus laisser Samuel aller dans une semblable maison ?
— Que dites-vous, miss Jenny ? reprit Alfred avec une vivacité extraordinaire; est-ce que votre neveu, dont j'ai entendu vanter la gentillesse et l'intelligence, va souvent au château?
— Très souvent, monsieur Alfred, dit Mme Swift ; votre oncle, qui a toujours aimé cet en-
faat, 3'est pris pour lui d'une afTection plus vive encore depuis son retour, el il envoie presque tous les jours chercher Samuel pour lui tenir compagnie.... H. John eet si triste ù présent !
— Je comprends.... Depuis que mon oncle ne voit plus sa fille Néridah, il éprouve la nécessité d'avoir auprès de lui une autre douce et aimable créature.... Allons, mes pauvres dames, dit^il en serrant la main de Mme Swift avec émotion, la Providence ne nous abandonne pas. John, sans s'en douter lui-mCme, me fournit ce qui me manquait : un moyen d'être au courant de ce qui se passe dans le château maudit; mais que dit Karl des visites de Samuel?
— Rien, il ne fait pas plus attention à lui qu'à un petit chien ou un petit chat.... Sans doute l'infirmité de Samuel lui inspire une sorte de confiance et endort ses soupçons.
— Oui oui, ce doit être cela; Karl le laisse à sa dupe comme un jouet inoffeasif.... Eh bien, mes dames, il importe que votre cher petit bonhomme continue de fréquenter le ch&teau; il tant même que je le voie avec vous, afin que nous lui fassions comprendre ce qu'il doit savoir de nos plans el comment il doit contribuer & leur
succès. Cependant il serait très dangereux de lui apprendre qu'il se trouve probablement tous les jours en face de Tassassin de son père.
— Mais enfin ces projets, quels sont-ils? »
demanda la veuve avec un peu d'impatience.
Alfred se pencha vers les deux femmes et leur exposa en peu de mots le plan qu'il avait conçu.
« C'est dit! nous sommes avec vous! s'écria Mme Swift; combattre ce Karl! qui est certainement l'assassin de mon pauvre mari, délivrer cet excellent M. John des intrigues qui l'enveloppent et le torturent, rendre le bonheur à cette jolie Néridah, la fille de la digne dame que nous aimions tant, nous nous dévouerons entièrement k cette lâche... n'est-il pas vrai, Jenny?
— Oui, oui, ma sœur; c'est notre devoir.... et M. Alfred Hartley s'apercevra peut-être que nous ne serons pas trop maladroites dans notre assistance. »
Alfred les remercia chaleureusement l'une et l'autre, et il allait se retirer dans sa chambre, fort satisfait des résultats de son entrevue, lorsque Mme Swift lui fit signe de rester encore pendant quelques instants.
« Il est tard, dit-elle d'un air de réflexion, et vous êtes déjà bien fatigué, mon cher mon-
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sieur Alfred; mais il faut que je vous parle d'une circonstance inconnue de tout le monde et qui pourra singulièrement faciliter l'exécution de vos desseins. Combien je suis heureuse de ne Tavoir révélée à âme qui vive, excepté à ma chère Jenny, qui Ta sans doute oubliée ellemême....
— Ma foi, je ne sais à quoi tu veux faire allusion» ma chère.
— Quoi! qu'y a-t-il? » demanda Alfred avec un accent de curiosité impatiente bien facile à comprendre. »
Après s'être assurée par une rapide inspection qu'on ne pouvait l'entendre du dehors, Mme Swill fit signe aux deux interlocuteurs d'approcher, et elle se mit à leur parler à voix basse.
La lampe avait baissé pendant cette conversation, qu'interrompaient de temps en temps des exclamations de surprise.
« Je m'aperçois que nous n'avons plus d huile, dit Mme Swift après avoir essayé de remonter le ressort. Il sera temps demain de vous montrer ce que je viens de dire, et vous ferez bien, monsieur l'ingénieur Robesson, d'aller prendre quelques instants de repos....
— Je le ferai de grand cœur, car je ne me suis jamais senti plus joyeux que ce soir.... Tout va
bien, et mon plan, qui me paraissait à moi-même fort difficile à exécuter, devient de plus en plus aisé.
Quelques minutes après, Alfred se couchait et s'endormait d'un profond sommeil. Le matin il se réveilla assez tard ; pendant toute la nuit, il avait cru voir l'ombre de sa tante qui tenait Néridah, encore toute petite, dans ses bras, et qui lui souriait avec complaisance*.
Il s'habilla rapidement ; mais, avant de descendre, il se mit devant une table, prit une feuille de papier et écrivit à son père la lettre suivante :
« Tout marche mieux que je n'aurais ose l'es- « pérer. J'ai des intelligences dans le château de « la reine Edith, et le hasard a mis entre mes « mains de puissants moyens d'action. Rien ne « m'échappera, et je pourrai tendre à loisir tous « mes filets. J'ai trouvé des auxiliaires aussi « dévoués qu'intelligents. Que la personne, dont w la présence me sera nécessaire pour frapper le « grand coup, se tienne prête à partir sur l'heure, u dès que je lui en aurai donné le signal par ce dépêche télégraphique. Ne m'écrivez pas sans ce nécessité, afin de ne point multiplier inutile-