‹ NéridahChapitre 22 sur 52 · Voyez la noie la fin du volume · texte numérisé non relu

Voyez la noie la fin du volume

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— Votre fille !

— Non, non.. . elle ne Test pas; Suzanne me Ta révélé.... Mais, Suzanne et moi, nous avons aimé si longtemps Néridah sans soupçonner. .. Donc, la nuit dernière, mon sommeil avait été troublé par toutes sortes de visions bizarres qui peuvent être attribuées à ma négligence, car celles que procure l'opium sont d'une nature différente, et ne produisent point Tangoisse auxquelles ces dernières m'ont laissé en proie... Vers le matin, je dormais paisiblement, lorsque j'ai senti sur mon visage des baisers et des larmes. En même temps, une personne, qui était penchée sur mon lit, me disait d'une voix douce et plaintive : « Ah! père, mon bon père, pourquoi m'as-tu abandonnée? »

Karl et Mme Jellous se regardèrent de nouveau avec stupéfaction.

« J'ai ouvert les yeux, poursuivit John, et comme le jour commençait à poindre, j'ai reconnu Néridah. .. C'étaient ses traits fins, ses yeux bleus, ses cheveux noirs.. .Elle pleurait, elle m'embrassait les mains et le visage; elle me répétait de sa voix touchante : « Ah ! père, pourquoi m'as-tu abandonnée, moi qui t'aimais tant? »

John s'arrêta, suffoqué lui-même par les sanglots.

ti Vous ne pouviez, répliqua le médium en haussant les épaules, avoir une manifestation spirite de la part d'une personne encore vivante. Pour ce qui est de la réalité, vous savez bien que Néridah habite Londres, chez son oncle le docteur Henry, et qu'il est matériellement impossible...

— Cependant, ce rêve, si c'est un rêve, avait tous les caractères de la vérité. Le jour était assez clair pour que je visse parfaitement Néridah; je sentais le contact de sa main, de ses lèvres ; son haleine était chaude et parfumée. Ce n'était pas une ombre impalpable, comme Suzanne pendant notre voyage en wagon, ni une forme glacée et insensible, comme le spectre de la reine Edith pendant la soirée d'hier. Je suis convaincu....

— Enfin, comment s'est terminée cette. ..

folie r

— Je ne saurais le dire ; j'avais encore les idées confuses, la tête appesantie par les visions de la veille ; je pouvais à peine parler, quoique je me rappelle encore les paroles que j'ai prononcées. Elles sont là gravées dans ma mémoire et si vous voulez....

— Inutile, reprit Karl impatienté, achevez vite voire récit.

— Maître, iil me reste peu de chose à vous apprendre. Tout à coup les rideaux de mon lit, qui s'étaient écartés pour laisser passer Néridah, sont retombés, et je n'ai plus rien vu, rien entendu. Par un effort pénible, j'ai soulevé la draperie à mon tour ; la chambre était vide, aucun bruit n'a plus frappé mon oreille. Je voulais réfléchir, mais le chaos s'est mis dans ma cervelle et je me suis rendormi d'un sommeil de plomb, qui vient seulement de cesser. »

Karl poussa un éclat de rire, trop bruyant pour ne pas être un peu forcé.

« Sur ma foi! Hartley, reprit-il, vous voilà tout à fait visionnaire. N'avez-vous pas vu, ces temps-ci, assez de choses réellement merveilleuses, sans vous créer des chimères ridicules ?

— Des chimères.... des visions! répétale nabab avec une sorte d'égarement; c'est possible.... Depuis quelque temps, en effet, il y a comme des nuages sur ma raison ; je ne distingue plus le vrai du faux, le bien du mal; je ne sais si je veille ou si je dors. Il me semble que je deviens fou, car je sens que je deviens méchant. »

Et il demeura pensif, les yeux tournés vers la terre. Karl s'assit à son côté et lui prit la main.

« Mon cher élève, dit-il, votre âme reste trou-

blée parce que vous n'avez pu encore en arracher le souvenir de cette enfant, qui n'est pas votre fille. Une pareille faiblesse irrite l'Esprit de Suzanne et retarde la matérialisation que je poursuis avec tant d'ardeur. Je trouve pourtant indispensable de consulter Suzanne sans délai ; elle me révélera les moyens de faire cesser votre douloureuse agitation. Sans doute elle vous imposera des conditions rigoureuses, telles, par exemple, que le serment de ne revoir jamais cette petite étrangère, de la déshériter, de tester en faveur des personnes pour lesquelles vous avez le plus d'estime et d'affection....

— J'obéirai aveuglément à Suzanne, répliqua John avec la docilité d'un enfant; mais oubliezvous, cher maître, que, d'après les indications d'Edith, fille de Godwin, c'est seulement dans trois jours....

— Edith a-t-elle voulu indiquer trois ans, trois jours ou trois heures ? répliqua gravement Karl ; voilà ce que nous n'avons pas eu le temps d'apprendre, vu l'intervention subite d'un malin Esprit. Il conviendrait donc de tenter une expérience.... Mais parbleu! j'y songe! poursuivit-il comme frappé d'une idée subite ; Mme Jellous peut nous fournir les renseignements dont nous avons besoin ; je vais envoyer son Esprit dans

les sphères éthérées où plane TEsprit de Suzane....

— Moi, maître ? s'écria Mme Jellous avec une terreur réelle on feinte; épargnez-moi de grâce. Je ne suis pas préparée en ce moment...

— Obéissez ! » dit le médium d'une voix terrible. La somnambule demeura immobile.

Karl alla fermer la porte, dont il tira le verrou, et revint vers John.

« Quoi qu'il arrive, lui dit-il de sa voix impérieuse, ne prononcez pas un mot, ne faites pas un mouvement. »

Le nabab s'inclina en silence.

Alors Karl traça une circonférence de craie * sur le tapis; puis, se tournant vers Mme Jellous qui ne paraissait plus s'appartenir à elle-même, il lui commanda par geste de venir se placer au milieu de ce cercle. Elle obéit, comme mue par une force irrésistible.

Le médium s'éloigna de quelques pas, en la regardant fixement. Bientôt elle s'agita d'une façon effrayante. Sa poitrine se gonfla, ses cheveux se dénouèrent tout seuls et semblèrent frissonner. Une sueur abondante ruissela sur son visage. Sa bouche se contracta, et une écume

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