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CHAPITRE X

Le coup de fondre.

Karl, parvenu à cet état d'exaspération qui exclut toute réflexion et toute prudence, ne cessait de s'agiter au milieu des ténèbres, brandissant soa poignard, au risque d'atteindre sa complice ou John lui-mËme. Comme il errait ainsi, sans rencontrer soa adversaire, il entendit derrière lui une voix moqueuse qui disait :

« Maître Karl, regardez au plafond. »

Le médium s'arrêta instinclivcment et ses yeux prirent la direction indiquée. Une inscrip-

tion, en lettres de feu, flamboyait au plafond de la salle.

Karl était trop irrité pour s'inquiéter de cette circonstance :

a Morbleu! dit-il, croit-on m'effrayer au moyen de quelques mots écrits avec du phosphore? Je connais le tour, car je Fai pratiqué souvent moimême.

— Lisez! » reprit la voix qui avait déjà changé de place.

Karl ne put s'empêcher de céder à cette invitation.

L'inscription lumineuse contenait ces mots :

Le destructeur du Kirbeck va recevoir son chartiment.

« Qui dit que je suis le destructeur du Kirbeck ? s'écria Karl hors de lui ; ce n'est pas moi qui ai causé le naufrage de ce navire.... Je le prouverai!... C'est un mensonge, une abominable calomnie.... Mais, continua-t-il avec un redoublement de rage, le misérable qui me persécute ainsi recevra son châtiment avant que le destructeur du Kirbeck ait reçu le sien.... Il va mourir, dussé-je ensuite mourir moi-même!... »

Et il se lança de nouveau à la poursuite de son ennemi invisible, heurtant les meubles, portant des coups au hasard avec rage. Mme Jellous, qui

craignait une méprise dans Tobscurité, poussait des cris de terreur; John lui-même balbutiait des paroles sans suite, tandis que quelque chose de léger et d'insaisissable passait et repassait sans cesse auprès d'eux.

Tout à coup, on frappa rudement à la porte de la salle, et une voix mâle cria du dehors :

« Ouvrez.... ouvrez, au nom de la reine! »

Tout le monde se tut et demeura immobile.

«Ouvrez, au nom de la reine! » répéta-t-on en frappant plus fort.

Quoique personne ne bougeât, la porte tourna sur ses gonds; en même temps, les volets de la salle, qui se manœuvraient au moyen d'un ressort, s'écartèrent à la fois, les draperies se relevèrent, et des flots de lumière blanche pénétrèrent dans la pièce.

Les personnes qui s'y trouvaient furent d'abord comme éblouies et demeurèrent en place.

Mme Jellous, réfugiée sur son canapé, essayait de se faire un rempart avec des coussins; John, tout frémissant dans son fauteuil, baissait la tête, tandis que Karl, son poignard à la main, s'arrêtait, les yeux blessés par cet éclat subit. Seul Alfred Hartley, debout à quelques pas, attendait, calme et souriant, ce qui allait arriver.

Quatre policemen en uniforme entrèrent les

premiers; puis parut un officier du shérif, portant un papier roulé et son bâton de constable. A côté de lui se tenait Samuel, le petit muet, qui, le visage animé, Toeil brillant, semblait servir de guide. Derrière eux se groupaient les domestiques de la maison que cette descente de justice chez leur maître avait mis en émoi; mais aucun d'eux n'osa franchir le seuil de la porte.

A peine entré, Samuel toucha'le bras du conslable et désigna Karl, en faisant entendre des sons inarticulés, qui sans doute voulaient dire : Le voilà.

L'officier, à son tour, adressa un signe aux policemen et, sans porter encore la main sur Karl, ils se mirent à le surveiller de près. Alfred dit au constable, avec un sourire d'intelligence :

« Vous arrivez à propos, monsieur; notre homme commençait à devenir passablement récalcitrant et je tenais, comme vous savez, à ce qu'il tombât intact entre vos mains.

— J'ai pourtant suivi fidèlement mes instructions, répliqua le constable ; mais, où est M. John Hartley, le maître de cette maison? »

Le pauvre nabab était tellement ahuri par tout ce qui lui arrivait depuis quelques heures, il avait passé par tant d'épreuves et tant d'émotions, le fantastique et le réel se confondaient si

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