‹ NéridahChapitre 4 sur 52 · Voyez la note à la fin du volume · texte numérisé non relu

Voyez la note à la fin du volume

La voix du médium prenait des tons de plus

en plus lugubres, et il tenait toujours la main

de John, qui sentait Teffiroi lui monter au cœur.

Cependant il répondit bravement :

« Pourquoi craindrais-je ces Esprits? Ils vous

obéissent, maître, et je suis certain.... »

La conversation fut interrompue. L'homme qui les précédait, portant une lanterne, venait de s'arrêter devant une grande et vieille maison située au bord de la route; il fit résonner le heurtoir contre une porte massive.

Une lumière s'agita dans l'intérieur de la mai* son, el on entendit une voix de femme demander : Qui est là?

Le facteur de la gare se nomma et annonça qu'il amenait à l'auberge du Cygne des voyageurs, arrivés par le chemin de fer.

« Des voyageurs du chemin de fer! répéta la voix féminine non sans une certaine nuance d'ironie; ah I voilà du nouveau chez nous I »

On écarta les énormes verrous qui assujettissaient la porte, et une femme, encore jeune et d'aspect agréable, apparut , une lampe à la main ; c'était Mme Swift. A son côté se tenait miss Jenny, grande et jolie personne, bien qu^elle approchât de la trentaine. Les deux bellessœurs étaient modestement mais convenable-

ment vêtues, à la mode bourgeoise. Derrière elles, on entrevoyait la figure effarée de la vieille Sarah, la servante, qui^ avec un garçon d'écurie, composaient la domesticité de la maison.

Tout ce monde écarquillait les yeux pour voir les « voyageurs du chemin de fer ».

« Bonté divine ! s'écria Mme Swift dont le visage s'épanouit, c'est Son Honneur M. Hartley, de la ferme des Oaks! Par quel miracle M. Hartley, que nous avons vu passer aujourd'hui dans sa calèche pour aller à la gare, nous arrive-t-il si tard et à pied? Voilà ce que je ne saurais dire !

— Je vous expliquerai cela, madame Swift, répliqua John en souriant; toujours est-il que, mon ami et moi, nous passerons la nuit chez vous... Mais laissez- moi d'abord congédier ce brave homme. »

Il s'approcha du portefaix, qui venait de déposer dans le vestibule la malle de Karl, et il lui donna un généreux pourboire. L'homme remercia et partit; la porte se referma derrière lui avec un grand bruit de ferraille.

On conduisit les voyageurs dans une pièce du rez-de-chaussée, servant à la fois de « parloir » et de cuisine. Tout y était propre, rangé avec

ordre, et un bon feu brillait dans la cheminée. L'hôtesse offrit aux nouveaux venus les deux meilleures places devant le foyer, puis elle dit à John :

« On va vous préparer la grande chambre, Votre Honneur, et ce gentleman aura la chambre Verte, qui est voisine.... Quoiqu'il soit bien tard, auriez-vous envie de souper? «^

John regarda son compagnon, qui fit un signe de refus.

— « Non, madame Swift, dit Hartley; seulement vous nous servirez une bouteille de votre vieux porto, avec quelques gâteaux à thé.... Cela nous réchauffera avant de nous coucher. »

L'hôtesse respira, car, s'il faut l'avouer, sa maison était assez mal munie pour recevoir des nababs.

Bientôt toute l'auberge fut en rumeur. Pendant que Jenny et la servante montaient au premier étage afin de préparer les chambres, Mme Swift allait elle-même à la cave et ne tarda pas à revenir avec une bouteille d'aspect vénérable. On installa une petite table devant le feu et sur cette table on déposa la bouteille avec deux triomphantes assiettes de gâteaux secs, ainsi que deux bougies daos des chandeliers de cuivre. La collation avait fort bonne mine, et quand on

déboucha le flacon, un parfum, qui se répandit dans la salle, annonça que le vin devait être exquis.

Karl, en buvant du porto et en absorbant des petits-fours, ne cessait de promener autour de lui, selon son habitude, des regards inquisiteurs. John, à [qui tout ce qui l'entourait était familier, reprit au bout d'un moment :

« Comment se porte le petit Samuel,madame Swift? Ne le verrai -je pas aujourd'hui?

— Le cher enfant est couché depuis deux heures, répliqua l'hôtesse, dont un sourire d'orgueil maternel éclaira la figure mélancolique ; il a travaillé assez tard à lire et à écrire, là dans son coin (et elle désignait une table à part couverte de livres et de papiers), car il étudie toujours.... Malgré son infirmité, il est fort avancé pour son âge.... Ah! si son pauvre père l'avait connu !... »

Elle s'arrêta et ses yeux se mouillèrent ; mais elle ajouta aussitôt, d'un ton plus ferme :

« Vous le verrez demain matin, monsieur iHartley ; vous êtes si bon pour lui, et il vous aime tant!... Vous ne partirez pas de trop bonne heure, je pense, pour retourner aux Oaks?

— Non, ma chère ; il faudra d'abord que j'envoie prévenir à la ferme, afin qu'on vienne

La collation aTaJI Tort bonne

nous chercher avec une voiture... D'ailleurs, nous ne quitterons pas votre maison sans avoir déjeuné... Ainsi j'aurai tout le temps de voir mon ami Samuel.

— Il en sera bien heureux, Votre Honneur, quoiqu'il ne puisse exprimer, comme les autres, ce qu'il sent et ce qu'il comprend.

— Croit-on qu'en grandissant il recouvre la parole ?

— Hélas ! non... Le médecin dit qu'une forte émotion serait peut-être capable d'opérer ce miracle ; moi, je n'espère plus^

— Voilà mon ami, M. Karl, dit John en regardant le médium, qui nous donnera un bon conseil sur ce point, et nous en causerons plus tard... Mais j'y songe, madame Swift, vous rappelez-vous encore le nom du navire sur lequel votre mari se trouvait au moment du naufrage?

— Ce nom est gravé dans notre mémoire en lettres de sang, répliqua l'hôtesse wb. Wà profond soupir; le navire s'appelaMt^lJ^T^^IiP?

— Le Kirbeck ! répéta Karl avec "MLftrqJliîaillement involontaire, qui n'échS|||jK;''poiiiit à*;V Mme Swift.

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