‹ NéronChapitre 105 sur 205 · Scétone. Piu de perse · texte numérisé non relu

Scétone. Piu de perse

Bien que l’éloge dont Quinlilien honore l'ami deThraséas, nous dispose en faveur de ce dernier et nous autorise à croire que scs satires obtenaient le plus grand succès 1 , on connaît trop la haute opinion qu’avait de lui-même le jeune Lucain, qui osait se comparer à Virgile, pour être impressionné par l’emphase espagnole de ses applaudissements*.

On ne serait pas loin de la vérité en disant que Lucain, entraîné vers les stoïciens par l'influence de Sénèque, qui se détachait de la cour, cherchait surtout dans les louanges exagérées qu’il adressait à Perse, une justification des applaudissements prodigués à Néron. Sous cette admiration bruyante pour un rival qu’il ne craignait pas d'élever à son niveau, on sent le besoin et le désir secret d’ôtre honoré de l’estime du jeune homme austère qui touchait de près à Thraséas. Mais Lucain eut beau s’ingénier pour se rapprocher de Perse et pour l’attirer à lui ; leur caractère ainsi que leur conduite, leurs talents et leurs destinées, n’eurent jamais rien de commun.

Perse fit assez tard la connaissance de Sénèque, sans doute par l’intermédiaire de Lucain, mais il ne fut pas séduit par son esprit3 ; Cornutus et Thraséas l’avaient accoutumé à une nourriture intellectuelle plus virile. Le contraste était trop blessant entre le passé coupable de Sénèque, l’éclat de sa fortune et l’austérité de ses déclamations ; le jeune poète comprit bientôt le vide de celte philosophie et l’inanité de cette vertu. Les travaux littéraires de Perse absorbèrent toute sa vie. Sa phrase concise, et tourmentée comme un oracle, emprisonne la pensée dans quelques mots avec une précision violente qui

1. Multum cl veræ gloriæ, quamvis uno libro Persius meruit. Quintiliev. Inst, orato., liv. X, ch. I.

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