‹ NéronChapitre 111 sur 205 · Pmne Hisl. n al., liv. XXXV. ch. xxxvi, parag · texte numérisé non relu

Pmne Hisl. n al., liv. XXXV. ch. xxxvi, parag

2. Slrongylion amazoneni, quam ah excellentia crurum euenemon appelant, ob id in comilatu Néron» principis circumlalam. Pline. Mit. nal.. liv. XXXIV. ch. xix, parag 32.

VIH DE NÉRON

au bord de la mer. On y puisa de l’eau pour arroser le temple et pour laver la statue de la déesse. On ignore si la colère de Junon fut apaisée; mais la haine des ennemis du prince ne le fut pas. Les secours nécessaires, libéralement donnés aux victimes de l’incendie, dont le nombre était aussi grand que leur misère était profonde, touchèrent peu les fiers patriciens élevés dans le mépris de la vile multitude; mais Néron avait fait son devoir et franchement obéi à son instinct.

11 s’occupa de reconstruire Rome sur un nouveau plan. Les rues furent élargies et alignées, on fixa l’élévation des maisons, on obligea les propriétaires à les bâtir en pierres, à les isoler, à construire des réservoirs dans la prévision d'un nouveau désastre. Néron voulut aussi que le devant des maisons fût orné d'un péristyle où l’on pût se mettre à l'abri du soleil et du mauvais temps. Il se chargea des frais énormes qu’exigeraient ces embellissements. Pour hâter la reconstruction il stimula les propriétaires en promettant des gratifications à ceux qui auraient rebâti leur maison dans un temps donné. Les vaisseaux qui portaient à Rome les grains de l'Égypte et de l’Afrique, servirent au déblaiement des décombres qui furent entassés dans les marais d’Ostie. De nouveaux inspecteurs des eaux furent nommés, pour empêcher les propriétaires de les détourner furtivement à leur usage. On fit une répartition plus juste et mieux entendue des sources abondantes qui affluaient à Rome de tous les points de l’horizon : tous les citoyens participèrent à ce grand bienfait. On blâma néanmoins ces mesures, on désapprouva ces améliorations qui prouvaient la sollicitude du prince pour le bien-être du peuple; et Tacite nous dit qu'après l'incendie de Rome, Néron s'établit sur 1rs ruines de sa patrie * .

t. Tacite. Ann., liv. XV, ch. nu.

La vue des grands espaces vides et ce vaste amas de ruines lui donnèrent, il est vrai, l’idée de reprendre la construction de la Maison du Passage. Ce palais détruit par l'incendie allait du Palatin au Cœlius par-dessus la voie triomphale, et, comme nous l’avons déjà dit, Néron l'avait construit pour joindre les jardins de Mécènes à sa maison du Palatin : il revint à son premier projet.

Les constructions et les jardins du palais de Néron occupèrent une surface égale à l’emplacement des Tuileriés et du Louvre réunis. À côté de la petite maison d’Auguste c’était beaucoup, sans doute; mais la grandeur de l'empire romain et la puissance de César semblaient justifier cette magnificence.

L'incendie avait dévoré plus des deux tiers de la ville. Impossible de retrouver sous ces immenses décombres la délimitation certaine des rues étroites et des petites maisons qui composaient ces quartiers populeux. Un grand nombre de propriétaires, dont l’héritage revenait à l’État ou au prince, avaient péri victime du désastre.

Dans une société vouée au célibat, composée d'affranchis qui ne tenaient à rien, et d'individus isolés venus de tous les coins du mondev César recevait la plus grosse part dans la succession de ces sortes Je gens. L’impossibilité de diviser justement ce chaos de ruines entre les intéressés, et la difficulté de reconnaître les ayants-droit, obligèrent Néron à s’en emparer pour faire la part de chacun.

Il avait à reconstruire la Maison du Passage qui s'étendait, comme nous l’avons dit, jusqu'aux jardins de Mécènes, et le grand vide fait par l’incendie lui permit d’ajouter quelque chose à son premier plan. Du Palatin aux Esquilles ce n’était qu’un amas de cendres et de ruines. C’est alors seulement, à la vue do l’espace immense où ce qu'il occupait déjà était

confondu avec tant d’autres débris, que Néron conçut le projet d’étendre les proportions de son palais et de bâtir la Maison d’or. Les frais énormes qu’il s'imposa pour la reconstruction de Home sur un nouveau plan, pour les embellissements des s nouveaux quartiers; les gratifications et les secours, si libéralement accordés aux propriétaires qui se hâtaient de relever leurs maisons, nous autorisent à penser que ceux dont il usurpa les terrains pour agrandir sa demeure, furent largement indemnisés par lui.

Toutefois, rien ne put dissiper les préventions, rien n’adoucit les haines. Les deux conspirations unies de Pison et de Sénèque fonctionnaient secrètement comme une administration occulte des malheurs publics. César fut accusé, partout et chaque jour, d’avoiror donné l’incendie de Rome. Les premiers travaux de déblaiement et de clôture ayant dessiné l'emplacement que devait occuper la Maison d’or, on dit au peuple étonné de la nouvelle configuration des quartiers :

* Voilà pourquoi Néron a brûlé la ville, c’était pour agrandir ses jardins. » Et l’irritation de tant de malheureux ayant accueilli ce mensonge, la calomnie se répandit au loin pour se perpétuer jusqu’à nous.

Néron désespéra de fléchir l’opinion publique, qui s’acharnait à le poursuivre; et comme il ôtait certain de son innocence, il s’indignait et cherchait obstinément quels pouvaient être les coupables. S’il parvenait à les découvrir, il les jetterait en pâture à la haine du peuple et leur supplice serait sa justification. Néron ne demandait que des criminels; ses conseillers lui donnèrent des victimes, ils désignèrent les chrétiens. Les lettrés, les historiens et les philosophes du paganisme, unis en communauté de haine avec les agents de Néron, furent les délateurs de ce peuple innocent; mais avant

de raconter celte première persécution, la plus inique et la plus horrible qui fut jamais, nous avons à décrire la Maison d’or et ses merveilles. Ce fut une telle accumulation de richesses, de magnificence et de prodiges, que les ministres de César, au milieu de tant de cruautés et d’infamies, se crurent autorisés à regarder son règne comme le point culminant de l'humanité.

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