I. Locus, ch. lxviii. Mnrl de Pcregrinut, |iarag. t
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les flancs de la colline. C’était là, dans une obscurité profonde, que priaient à genoux ceux de la famille chrétienne qui avaient échappé à la délation et aux satelililesde César. Les plus timides, retirés au fond des carrières, les plus ardents, groupés à l’entrée des souterrains. Ceux-ci considéraient en silence cette vallée des tortures où leurs frères étaient consumés par le feu ; ils les entendaient gémir, et la joie de la multitude ajoutait à l’horreur du spectacle. Pierre et Paul étaient alors absents. L’importance de Pierre l'aurait dénoncé; Paul l’héroïque aurait été trahi par son courage. Les diacres et les évêques coadjuteurs consolaient l'Église éprouvée.
Aussitôt que le sang et la chair, qui alimentaient ces mille flambeaux, furent épuisés, César et la foule se retirèrent tumultueusement, et rentrèrent dans Rome par la Voie triomphale. Les chrétiens des catacombes descendirent dans les jardins de Néron, redevenus obscurs et silencieux. Us recueillirent tout ce qui restait de cette légion de martyrs : les cendres, les ossements calcinés, les lambeaux. La nuit uflit à peine à l'accomplissement de ce devoir pieux. Les saintes reliques furent emportées dans les carrières, enfouies comme un trésor et cachées sous les autels. Pendant quatre siècles de persécutions et de luttes, l’Église a thésaurisé le sang et les ossements de ces héros. Voilà sur quels fondements Saint-Pierre de Rome est bâti.
L’année 64 se termine par des événements dont la préoccupation publique augmenta l’importance. Les gladiateurs élevés à l’école de Preneste essayèrent de se soulever. Le peuple de Rome, plein de souvenirs d'espérances et de frayeurs extraordinaires, s’imagina qu'un nouveau Spartacus allait revendiquer les droits de la dignité humaine. Une lempête détruisit, sur la côte de Toscane, la flotte de la
Méditerranée. Néron avait ordonné qu'elle fût rentrée à jour fixe dans le port de Misène, et le désastre lui fut reproché. Une comète apparaît; on constate la naissance d’un veau à deux têtes ; des tonnerres fréquents ébranlent la ville. L’opinion publique n'a qu’une seule interprétation pour tous ces faits. C'est un changement de règne qui se prépare : c’est la colère des dieux qui murmure avant de foudroyer. Ainsi la politique de Néron tourne contre lui, les imaginations qu’il a surexcitées sont insatiables : il faut du prodigieux à ce peuple, même la chute et la mort tragique du prince qu’il aime, si ce spectacle doit l'émouvoir.
Néron est calme cependant. 11 s'installe dans la Maison d'or. Il voit Home sortir plus belle de ses ruines; il a puni les chrétiens; une paix profonde règne sur le monde, et celte prospérité, tout en spectacle, suffit à cet homme d’imagination. Il constate avec fierté que personne avant lui n’a suce que c’était que l’empire : le premier il a pu faire tout ce qu’il a voulu; on le sert, on l’applaudit, on l’adore, il est dieu, c'est le Jupiter tragédien.