‹ NéronChapitre 122 sur 205 · VIE DE N KH ON · texte numérisé non relu

VIE DE N KH ON

mais la trahison, la cupidité, l’orgueil, tout ce qui est bas et pervers cherche exclusivement son salaire.

Toutes les fois qu'on agita la question de savoir quand et comment on agirait, les conspirateurs restèrent indécis et flottants dans une irrésolution sans fin. Elle prouvait leur pusillanimité et leur respect involontaire pour Néron; elle prouvait surtout que les ministres du prince tenaient la conspiration dans leurs mains. Le complot, qui pouvait aboutir dès le premier jour, traîna longtemps et resta pendant plus d’une année comme un piège tendu aux aventureux et aux mécontents. Néron s’était abandonné souvent aux conjurés sur la scène et dans la foule. Son imprudence prouve donc qu’il n’était pour rien dans cette machination ; mais, en y réfléchissant, on la jugera tout à fait digne de Tigellin qui avait à justifier ses accusations incessantes contre Sénèque et contre Eœnius. Après les avoir éloignés du prince, il devait craindre de les voir rentrer en faveur et reparaître dans le conseil privé.

Pendant que les mois se perdaient à discuter quelle occasion on choisirait parmi toutes celles que prodiguait la fortune, une courtisane, qui était du complot, fut à ce point dégoûtée par les hésitations des conjurés, que, ne pouvant plus en souffrir le spectacle, elle partit pour les eaux de Baïa. Elle se nommait Epicharis. Les désordres de sa vie passée ne faisaient pressentir rien d'héroïque dans cette femme. Àprèsavoir provoqué, avec une ardeur toute virile, les conjurés à faire leur devoir, elle poursuivit à Baïa ce qu'elle avait commencé si bravement à Rome. Elle vit les officiers qui servaient suf la flotte de Misène avec l’intention de les gagner au projet de punir le tyran. Sur les côtes de la Campanie et dans le golfe de Baïa, l’exécution du projet lui semblait facile. Néron se plaisait à

voyager à petites journées, à s'arrêter çà et là dans des siles charmants, avec un abandon qui le livrerait à ses ennemis.

Volusius Proculus, qui avait un commandement sur la flotte, visita souvent Épicharis. Cet homme se plaignait de Néron, il le taxait d’ingratitude : Il se disait mal récompensé des services rendus à César à l’occasion du meurtre de sa mère; s’il pouvait jamais se venger, il n’hésiterait pas à le faire. Malgré le peu d'estime et de confiance qu’un tel homme devait inspirer, Épicharis lui dévoila le complot sans toutefois lui faire connaître aucun de ses amis. Volusius, complice de Néron dans l'assassinat d’Agrippine, ne demandait qu'à servir pour gagner sa faveur. Il se hâta d’aller dévoiler à l’empereur tout ce qu’Épicharis lui avait appris. On la fit comparaître : elle fut confrontée avec le délateur; heureusement pour elle ses entretiens avec Volusius n’avaient pas eu de témoins, elle put tout nier avec succès. Mais Néron crut devoir la retenir en prison, jugeant avec beaucoup de sens que bien des choses ne sont pas prouvées qui néanmoins peuvent être véritables.

Cette aventure troubla les conjurés: cédant à la crainte, le seul sentiment qui pût leur donner de l'audace, ils résolurent d'agir. On proposa de surprendre César dans la villa dePison, près de Baïa; l’empereur y venait souvent dîner en bon voisin sans se faire accompagner de ses gardes, il y prenait le bain et goûtait familièrement tous les plaisirs de ce séjour. Pison s'y refusa, disant qu'il ne pouvait surmonter l’horreur de l’hospitalité violée et de ses lares souillés par le meurtre du prince. Ces délicatesses et ces scrupules d’un homme qui en conspirant se mettait en dehors de toutes les lois, n avaient rien de sincère. Pison, en se rendant odieux, craignait d augmenter les chances qu’avaient d’obtenir 1 empire à son délri-

ment, Silanus, petit-fils d’Auguste, et le consul Vestinus qu’il regardait comme deux rivaux.

On convint enfin, après bien des hésitations, de tenter l’entreprise pendant les jeux du cirque aux fêtes de Cérès, le • 12 avril. Néron, qui se tenait ordinairement enfermé dans son palais ou dans ses jardins, viendrait au grand cirque : grâce à la joie de cette grande fête, il.serait facile de l’aborder, soit pendant la procession magnifique des dames romaines qui portaient en grande pompe un œuf, symbole de la génération, soit pendant qu’on ferait la chasse des renards lancés par couple dans le cirque avec des torches enflammées attachées sur le dos. Montanus, quiétait fort et courageux, devait se jeter aux pieds de Néron sous prétexte de demander un secours d’argent pour rétablir ses affaires, le saisir par les jambes, le renverser et le tenir à terre pendant que les tribuns et les centurions se précipiteraient sur lui pour le frapper. Scévinus sollicitait l'honneur du premier coup. Il devait être armé d’un poignard pris dans un temple et consacré à la vengeance. Il montrait parfois aux conjurés, ce poignard mystérieux qu’il portait sur lui. Pendant que les plus braves feraient le coup, Pison attendrait le résultat dans le temple de Cérès, près du Tibre. C’était là que les conjurés, guidés par Fœnius, viendraient le prendre pour le conduire au camp et le présenter aux prétoriens. On dit plus tard qu’Antonia, fille de Claude, avait promis d’épouser Pison pour fortifier sa cause des droits qu'elle croyait avoir à l’empire; mais il n’y a rien de certain dans ce bruit, ni rien d’important s’il y avait quelque chose de certain.

On était donc à la veille de frapper, elle secret connu de tant de personnes si différentes de caractère et de condition, avait été gardé fidèlement pendant plus d’une année. Dans ce temps

de lâcheté et de corruption, parmi ces nombreux conjurés réunis pour l'accomplissement d’une œuvre ténébreuse, pas un traître pour recueillir sûrement par la délation tout ce qu’ils allaient demander aux hasards d’un complot. Pison ot ses amis étaient émerveillés et ils se séparèrent pleins d'ardeur, d’espérance et de résolution .

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