‹ NéronChapitre 124 sur 205 · Tacite. Ann., liv. XIII, cb. xui · texte numérisé non relu

Tacite. Ann., liv. XIII, cb. xui

si le moment de frapper était venn. Fœnins le contint du regard. Néron était entouré de soldats, de serviteurs dévoués, de Germains qui ne connaissaient que lui. Cassius, d’ailleurs, un simple prétorien d'une force herculéenne, se tenait près de César, qui l’avait fait venir par une de ces précautions qui rappellent les temps fabuleux de la tyrannie; le préfet du prétoire avait compris que si on parvenait à frapper le tyran, on courait grand risque d’être immédiatement égorgé par ses dé ■ fenscurs. Son héroïsme recula comme avait hésité celui de Subrius dans la fameuse nuit de l’incendie. Sa lâcheté le sauvait, mais son habileté le perdit. Il crut devoir faire du zèle; il accusait et poursuivait avec acharnement ses complices, pour écarter de lui tout soupçon ; il étonnait, de ses emportements, Néron et Tjgellin lui-même, tous deux fort appliqués à rechercher les coupables. Tant d’audace irrita Scévinus. Il avait surpris sans doute les regards du préfet arrêtant Subrius, qui ne demandait pas mieux que de les sauver. L'accusé vit clairement que Fœnius n'avait pas d’arriùre-penfée favorable à la conspiration, et qu’après avoir abandonné ses amis, il prétendait recueillir le prix de leur sang. Il ne put maîtriser son indignation, ou plutôt, cédant au plaisir d’être juste et sincère avec l’énergie d’un homme qui a fait le sacrifice de sa vie, il se dégagea de toute crainte envers le traître qui s’était dégagé de toute pudeur. Au moment où le préfet du prétoire le pressait de questions et de menaces, Scévinus changea subitement d’attitude et de ton. « Parlez vous-même, dit-il • à Fœnius avec un sourire amer et un regard assuré, parlez, dévoilez à ce bon prince les détails d’une affaire que vous connaissez mieux que moi 1 >

Ce fut un coup de foudrd. A cette violente apostrophe, lancée d’une voix claire et d’un air menaçant, Fœnius se vit décou-

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vert et se sentit perdu. Son trouble et sa pâleur le dénonçaient à Néron. Terrible moment d'anxiété pour César, qui découvrait la trahison si près de sa personne! Ceux qu’il estimait ses amis les plus sûrs et ses défenseurs les plus dévoués pouvaient être aulant d'ennemis. Il se lève; il commande à Cassius de saisir et de lier fortement le préfet du prétoire. Le soldat obéit; et les ordres de César furent exécutés sur-le-champ.

Bientôt la délation arriva jusqu’à Subrius. Dans la honte qu’il éprouvait de s'être associé à tant de misérables, il se justiliail surtout par le mépris que lui inspirait leur lâcheté. Pressé toutefois d’accusations nouvelles et fatigué de chicaner sa vie, qu’il ne prisait guère, il avoua tout par impatience avant que d’être convaincu. Néron se sentit profondément atteint par la défection de ses prétoriens : il interrogeait curieusement ces conspirateurs imprévus. Il voulait savoir comment des gens de cœur en étaient arrivés à trahir leur serment. • Pourquoi conspirer contre moi? demanda-t-il au tribun Subrius. — Parce que je te haïssais. Personne ne te fut plus üdèle, tant que tu as mérité notre affection; mais celte affection s’est changée en haine quand je t’ai vu meurtrier de ta mère et de ta femme, cocher, incendiaire et comédien !>

Bien n’étonna, rien ne blessa plus cruellement Néron, -dit Tacite, que la réponse du tribun. La raison qu’il en donne, c’est que ces vérités lui étaient aussi nouvelles que les crimes lui étaient familiers '. Tacite nous trompe : la franchise républicaine, la rudesse et la libertéde parole se prolongèrent sous les empereurs, et ce fut un des dangers du nouveau régime, qu'il n'y eut point dans les mœurs et dans le langage l'expres-

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