‹ NéronChapitre 126 sur 205 · I. Pars nltima trunci · texte numérisé non relu

I. Pars nltima trunci

Tradidilin letnm vacuos vilalibus arlus :

At tumidui quâ pulmojacel, qui viscera fervent,

Ibrserunl ibi fala diu, luclataquo mullnm Ilac cuin parta viri vis ornnin membra tulerutrt.

Lucaix Pharsale, cbant lit, vers 611. k

qui domine le Forum, et une famille d'esclaves aussi nomlireuse qu’une armée. On détache le tribun Gérulanus avec une cohorte pour prévenir les mauvais desseins du consul. Pendant que celui-ci préside paiement le festin, des sofdats pénètrent jusqu a lui et le préviennent d’avoir à se mettre à la disposition du tribun. Il comprit son sort, dit adieu à ses convives tremblants, et se livra aux prétoriens. Un médecin l’attendait. Après lui avoir coupé les veines, on le plongea dans un bain chaud. Il mourut sans proférer une plainte. Cette monstrueuse iniquité s’accomplit comme un fait vulgaire, sans aucun étonnement des bourreaux ni du condamné : ajoutons à ces victimes, Statius et Silanus. Ils refusèrent la grâce que Néron leur avait accordée : ne voulant rien accepter de la tyrannie, qu’ils maudissaient jusques dans sa clémence ; ils se donnèrent la mort.

Quelques tribuns des soldats perdirent leurs emplois et furent cassés comme suspects. On exila les femmes et les amis des conjurés soupçonnés de partager leur sentiments. Un peupla de ces malheureux les lies de la mer Égée, où ils émigraient comme des colonies. Le premier mari de Poppée, Crispinus, dut quitter Rome; Virginius, l’orateur, et .Musonius, le philosophe, éprouvèrent le môme traitement, parce qu’ils remplissaient d’exaltation la jeunesse par leur éloquence et par leurs enseignements.

Après la mort et le départ de tant de proscrits pendant que le deuiletladouleur remplissaient la ville, le Capitole était encombré de sacrifices offerts, par ceux-là môme qui comptaient un frère ou un enfant parmi les victimes. Ils ornaient leurs maisons de lauriers, ils tombaient aux genoux de César, ils fatiguaient sa main de baisers. Aussitôt que Néron cul rendu à ses ennemis une justice mêlée de vengeance, ayant

retrouvé le calme, il récompensa dignement ceux qui l'avaient servi.

Il est juste de compter Natalis parmi ces derniers. Néron lui accordai grâce entière; on est même en droit de soupçonner que Tigellin ou César le récompensèrent secrètement de sa trahison. On l'avait comme installé au centre de la conspiration, entre Pison et Sénèque, pour surveiller les conjurés et pour les livrer au moment opportun. Miliclius, l’affranchi, fut largement et ostensiblement gratifié : ou lui permit de se donner à lui-môme le surnom de Sauveur. .

Néron fit assembler les prétoriens et leur distribua mille sesterces par tête (ioO fr.). Il voulut qu'à l'avenir le blé leur fût distribué gratuitement et à ses frais; puis, ayant convoqué le sénat comme s’il avait eu quelque grande nouvelle à lui annoncer, il donna les ornements du triomphe à Pétronius, le consulaire, à Tigellin et à Nerva, préteur désigné. Nerva et Tigellin, qui avaient servi le prince avec le plus d’ardeur pour maîtriser et punir la conspiration, obtinrent de lui un surcroît d'honneur : il leur accorda des statues triomphales au Forum et dans le palais. Ce même Nerva, plus tard empereur, s'acquit des droits à la reconnaissance du monde par l'adoption deTrajan. Il resta fidèle à la mémoire du prince, qu'il avait loyalement servi, et c’est sur le témoignage de Nerva que reposait sans doute l'opinion favorable que Trajan avait de Néron.

Non content de ses harangues aux prétoriens et au sénat, l'empereur, voulant éclairer le peuple, fit publier un édit suivi d’un Mémoire qui contenait les aveux des conjurés. On crut alors qu’il trompait l'opinion publique pour justifier ses cruautés; mais Tacite nous avertit qu’après la chute de Néron, les exilés, une fois de retour, confirmèrent la vérité de ses

déclarations, et se vantèrent d’avoir conspiré. Le sénat clôtura ce triste événement par le scandale de ses adulations. Un certain Saliénus démens voulut profiter de l’occasion pour se déchaîner contre Gallion, frère de Sénèque; mais la pudeur publique arrêta le délateur. Quelques sénateurs lui firent comprendre qu’il n’y avait pas à s’engager dans de nouvelles rigueurs, ni à mêler aux malheurs publics des ressentiments particuliers; on ne devait rien ajouter à une affaire dont la clémence du prince était le dénouement. Après cela, ils décrétèrent des actions de grâce aux dieux, au Soleil, qu avait porté la lumière dans un complot ténébreux, à Cérès, qui n'avait pas voulu se faire la complice des conjurés. Il fut décidé qu’on élèverait un temple à la déesse SahisA&m le lieu même où Scévinus avait prisson poignard, premier indice du crime. On avait déjà résolu de donner au mois d’avril le nom vénéré de l’empereur, et Cérialis proposa de bâtir un temple au dieu Néron. Nous ne voyons pas que ce projet ait reçu môme un commencement d’exécution. Néron avait là-dessus l’opinion de Tibère qui refusa très-philosophiquement les honneurs divins; il préférait être un grand artiste qu'un dieu ridicule.

Les flatteries du sénat prosterné devant César n’étaient que puériles; mais le fâcheux résultat de la conspiration fut de mettre en évidence un certain Nvmphidius et de le rendre important. Dans celte circonstance, il avait servi Néron et poursuivi les conjurés avec l'ardeur cynique d’une ambitieux qui veut à tout prix se frayer un chemin. C’était le fils d’une courtisane qui s’était prodiguée à tous les officiers du camp. Sa haute taille et un certain air de férocité le faisaient ressembler à Caligula ; il en profitait pour prétendre que cet empereur était son père, et il sc vantait d'être sorti de celte

prostitution. Ainsi, sa honte faisait son mérite, par un étrange effet de la vanité humaine, dont nous trouvons des exemples dans tous les siècles. Néron choisit ce bâtard impérial pour remplacer Fœnius, et ce fut un digne collègue de Tigellin.

Tels furent les résultats de la célèbre conspiration de Pison et de Sénèque, odieuse et criminelle môme contre Néron, dont les excès semblent devoir justifier toutes les vengeances. Voici quel était, à l’époque de l’histoire romaine qui nous occupe, le sort de l'imprudent qui méditait de renverser César par amour de la liberté. Ln ambitieux vulgaire l'engageait dans la conspiration, un traître le livrait, un de ses complices venait lui intimer l'ordre de mourir, et sa vie, sa famille, ses richesses, éLaienl perdus sans retour pour assurer la fortune de trois ou quatre scélérats.

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