Pline, Uiit. nat., liv. XIII, ch. xxix
60 VIE UE NÉRUN
De nombreux esclaves immobiles et attentifs entourent Pallas en silence. On les dirait pétrifiées dans un respect glacé. Sur un geste, sur un regard du maître ils s’empressent de le servir. Nul ne lui parle ni ne l’aborde sans en avoir reçu l'ordre exprès. Quelques-uns de ces malheureux n’ont jamais entendu sa voix; il ne la prodigue pas à leurs oreilles serviles. Un signe de lui suffit pour ordonner, et quand il ne peut se faire comprendre il écrit sur l’ardoise ou sur la cire quelle est sa volonté.
Pline le Jeune a beau s’indigner des honneurs décernés à Pallas : il n’y a qu’un mérite et qu’une vertu dans les gouvernements despotiques, c’est de plaire au prince et de le servir; hors de là les talents et les succès sont dangereux, et les candidats de l’empereur l’entendaient bien ainsi, comme Quintilien nous l’apprend*. Il faut reconnaître pour être juste que Narcisse et Pallas étaient des hommes distingués, dévoués au maître, Narcisse surtout, rompus aux affaires, élégants et lettrés, façonnés à tous les raffinements de cette extrême civilisation.
Quand le sénat intervient en faveur de l’affranchi Pallas pour obtenir de Claude qu’il l’oblige à porter l’anneau d’or des chevaliers; quand les deux consuls affectent de se promener avec Polybe, autre ministre de Claude, et de le placer au milieu d’eux pour témoigner de leur déférence, l’orgueil des affranchis se comprend et se pardonne olus aisément que la bassesse des sénateurs.
Au-dessus de cet orgueil et de cette bassesse domine la dépravation de Messaline. L’épouse de Claude fut le grand scandale et l’étonnement du siècle. Ses excursions nocturnes