Qointiubn, Ut. VI, ch
loin du Palalin, dans les lieux infâmes où elle profane sa dignité d'épouse et de mère; les orgies secrètes où elle se fait un spectacle des prostitutions les plus criminelles; la férocité de ses amours qui condamne à mourir ceux qu'elle ne souille pas, les honteuses victoires qu’elle remporte sur les courtisanes célèbres de son temps; ses monstrueuses débauches, mêlées de rapines et de cruautés, ont laissé dans la conscience du genre humain une longue impression de dégoût et d’horreur.
Quand Agrippine et Julie, rappelées de l’exil, reparurent à Rome et reprirent leur rang, Messaline y régnait dans tout l’éclat de son infamie, et les affranchis, constitués en triumvirat, étalaient leur haute fortune insolemment. Les deux princesses filles de Germanicus, étaient dans une position égale : les avantages et les dangers étaient les mêmes pour toutes deux; mais elles suivirentuno ligne de conduite bien différente, et ce contraste fit voir clairement laquelle des deux avait le plus d’intelligence et de sens. Agrippine comprit tout d'abord qu'il n’y avait pour elle aucun espoir de faveur ni aucune sécurité dans la bonté de Claude, son oncle, livré à l’influence toute-puissante d’une femme sans pudeur et sans foi, telle que Messaline, et gouverné par ses affranchis. Elle se tint éloignée de la cour. Julie, moins bien avisée, fière de ses droits et des adorations qui suivaient sa beauté, visitait l’empereur son oncle, le voyait à toutes les heures, et venait souvent au Palatin sans songer que Messaline pût s'en inquiéter. Tandis qu’elle essayait auprès du vieillard le rôle qu’Agrippine joua plus tard avec succès, celle-ci s’abstenait, avertie par scs haines et par le traitement qu’elle réservait à ses rivales, du danger qu’il y avait à jeter sur Messaline un peu de son ombre.
VIE DE NÉKON
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Pendant que Julie se perdait au palais, Agrippine sollicitait l'alliance de Galba. Tibère l'avait fait veDir à Caprée; à la suite d’un long entretien sur les grandes affaires de l'État, le vieil empereur lui avait dit, en le regardant avec ses grands yeux qui voyaient dans les ténèbres* : t Et toi aussi, Galba, tu goûteras de l’empire I » Agrippine le savait, et son âme, tout ambition, se tourna vers ce prétendant. Elle le rechercha même jusqu’à l’obséder; et la mère de Galba en témoigna son indignation à Agrippine, dans une maison de Rome où elles se rencontrèrent. Celle dame s’oublia jusqu’à donner un soufflet à la nièce de l’empereur. On ne voit pas que l’implacable Agrippine ait essayé plus tard de l’en punir quand elle eut la toute-puissance : elle dut se contraindre par excès d’orgueil, oubliant la vengeance pour faire oublier l’affront. Sur le refus de Galba, elle se tourna vers Crispus Passiénus, orateur célèbre, deux fois consul; ses immenses richesses tentèrent Agrippine qui accumulait les trésors et recherchait l'argent avec âpreté comme moyen d'influence.
Julie, moins scélérate et moins circonspecte que sa sœur, tomba bientôt dans le piège que Messaline lui avait tendu. La fille de Germanicus, accusée de plusieurs adultères, reprit le chemin de l’exil sans qu’on se donnât la peine de la juger. Quelque temps après, Messaline la fit mourir. Sénèque le philosophe, déjà célèbre par ses succès au barreau, fut compromis dans cette affaire et relégué dans Me de Corse. On l'accusait d’être l'amant de Julie.
Ce fut vers l’année 42 de Jésus-Christ, la deuxième du règne de Claude, que vint à Rome, pour la première fois, un homme obscur, inconnu, perdu dans la foule. On apprit plus" tard qu’il
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se nommait Pierre. C’était un misérable Juif qui n’altirail l'attention de personne. Il passait inaperçu, annonçant dans les quartiers populeux on ne sait quelle superstition nouvelle, aux derniers des esclaves et aux artisans, abusés déjà par les astrologues et les sorciers. Les puissants ne soupçonnaient même pas son existence; les historiens n’ont rien dit de ses travaux, et leur dédain nous autorise à le négliger en ce moment. Plus tard néanmoins il faudra que Jupiter et César lui-môme comptent avec lui. Néron était alors dans sa sixième année; quoique sa mère fût revenue de l’exil, ses nourrices et ses esclaves donnaient seuls quelques soins au fils de Domitius. Agrippine, uniquement occupée de refaire sa fortune, détournait son attention de l’enfant, et nous ne voyons pas qu’elle se soit empressée de l’appeler auprès d’elle. Lépida, de son côté, négligeait entièrement l’éducation de son neveu, et ce fut à des gens de condition servile que Néron dut la première joie de se sentir aimé. On voyait chaque jour cet héritier d’une grande famille traîné sur les bancs des tavernes et sur les gradins du cirque par les esclaves et les femmes chargés de l’élever. Il n’est pas impossible que le juif Pierre ait rencontré dans les rues de Rome l’enfant doux et riantqui * devait plus tard ordonner sa mort. Comme ils fréquentaient aux mêmes lieux, ils ont pu se trouver en présence, se regarder et s'ignorer; l’un représentant avec son innocence et sa grâce la décrépitude du passé, l’autre avec sa vieillesse et ses vêtements grossiers portant la vie nouvelle et les vertus de l’avenir.
Deux lignes de Suétone dans la vie de Claude sont le premier mot de l’histoire qui nous annonce la présence des disciples de Pierre dans l'enceinte de Rome. « Claude chassa » de Rome, dit-il, les Juifs qui excitaient des troubles, à l’ins-
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» ligation d'un certain Cliresl. » Cet historien si exact, qui ne sait pas môme le nom de Jésus-Christ, n’eu dit pas davantage sur ce sujet. En revanche, il nous raconte avec grand détail dans le paragraphe suivant les infortunes matrimoniales de Claude, ses mariages, ses divorces, quelles femmes il voulut épouser et l’imtnoralité monstrueuse des deux dernières qu'il épousa.
Tant que Messaünc eut la toute-puissance, elle ne trouva pas Agrippine sur son chemin : celle-ci poursuivait le cours de ses crimes dans l’ombre de la vie privée : Passiénus, son second mari, était un homme de mœurs douces, qui jouissait en paix de sa réputation et de ses richesses loin du "Forum et du Palatin. * Près de Tusculum, dit Pline le Naturaliste, est » un bois consacré de temps immémorial à Diane du Latium, » c’est "un bois de hêtres. Passiénus aimait un de ces arbres :
> Il le baisait, l’embrassait, se couchait sous son ombre et » l’arrosait de vin » Agrippine, qui le dominait par l’ascendant du caractère et les fascinations de sa beauté, obtint de lui qu’il l’instituât son héritière. Ce Passiénus, au dire de Sénèque, était l’homme le plus subtil qu’il eût jamais connu 2.
* Toutefois il ne comprit rien aux artifices de sa femme qui riait de ses goûts champêtres et dont l’ambition ne s’accommodait pas de cet amour pour la solitude. Agrippine l’empoisonna par mépris. En même temps elle observait de loin Messaline et, dissimulant son ambition, elle mèditaitdéjà de prendre sa place. Dès qu’elle avait pressenti la chute inévitable de sa rivale, elle s’était rendue veuve pour être prête à tout événement. Telle était la mère de Néron. Au milieu des complots et des crimes
â. Plise, Hùt. n al , lir. XVI, ch. xct.