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CHAPITRE I

Néron vcul épouser Antonia, fille de Claude. — Elle refuse; il la fait mourir. — SUliliaXlessalina consenti l’épouser. — Tristesse de Néron. — Il Toit Sporus dont la beauté lui rappelle Poppée. — Il l'épouse. — Il se déguise en béte féroce. — Retour violent de Néron vers Acté. — Paul la lui enlève. — Colère de Néron. — Paul dans les fers. — Néron le fait comparaître. — Pourquoi César n’a pas envoyé saint Paul au supplice? — Admirable courage de saint Paul.

Néron n’avait pas renoncé à l'espérance d'avoir des héritiers. Il jeta les regards sur Antonia, fille de Claude, pour lui donner au Palatin la place de Poppée, mais surtout pour l'enlever à l’ambition des prétendants. On disait que Pison avait voulu l’épouser pour fortifier scs prétentions à l’empire. Néron offrit l’anneau nuptial à celle dont il avait empoisonné le frère et proscrit la sœur; mais Antonia eut horreur d'un lit souillé que hantaient les ombres des siens. Néron comprit qu’il lui était odieux, et jugeant quelle avait dû entrer dans les projets de Pison, il ordonna sa mort.

Statilia Messalina, restée veuve par la mort de Vestinus que Néron avait fait fuer, fut moins difficile qu’Antonia. Elle devint la matrone du Palatin. Il 'est vrai que l’adultère l’avait préparée à cette gloire, car du vivant même de Vestinus, elle était une des maîtresses de Néron.

Toutefois elle ne put effacer du cœur et des sens de son nouveau mari ni le souvenir ni les impressions de Poppée. Il en ôtait tout pénétré comme d’un parfum doux et tenace; jamais il ne lui fut donné de retrouver ailleurs celle beauté délicate, ni ce charme, ni ce don de l'enivrement qui l'avaient fixé près d’elle. Il les cherchait néanmoins avec une obstination infatigable; mais le fardeau, chaque jour plus accablant, des affaires, et le remords incurable de ses crimes, lui rendaient inaccessibles les émotions douces qui auraient pu l’enlever à ses ennuis. Après avoir essayé de tout et de tout abusé, il sentait la.soif des jouissances s’augmenter avec l’impuissance des sens et du cœur. Tout se flétrit en effet autour du voluptueux et tout s’use en lui-môme, excepté son âme immortelle incessamment travaillée par le besoin du bonheur. Ainsi fatigué par les excès de toute sorte qui émoussent les facultés sans calmer les appétits, Néron s’agitait dans une satiété vorace qui ne pouvait se repaître que d'ombres et se traînait du dégoût incurable à l’insatiable avidité. Là môme où il pouvait tout oser comme un dieu, il avait tout à craindre comme un homme. Sa gloire et son pouvoir n'ètaienl plus que les témoins inutiles de ses ennuis. Il n’avait pas à prétexter la médiocrité de sa condition pour se justifier de n ôtre plus heureux, et sa misère s’augmentait de toute sa grandeur.

Cette accumulation de crimes et de remords avait maintenu Néron dans un état d’exaltation, d'excitation etdeguerre intel-

lectuelle qui aurait brisé une organisation moins forte que la sienne. Au milieu des projets insensés, des préoccupations étranges et des orgies monstrueuses dont sa fortune prodigieuse était composée, on lui présenta Sporus. — Ce malheureux enfant, d'une beauté remarquable, fixa les regards de Néron par sa ressemblance avec Poppée. N’oublions pas que Néron partage avec les grands hommes de l’antiquité les plus vertueux, avec un Aristide, par exemple, la honte de ces abominations païennes, et que Suétone signale comme une originalité de caractère dans Claude sa passion exclusive pour les femmes *. S’il faut en croire ce même historien, des chirurgiens habiles* firent subir à Sporus, pour changer son sexe, une opération des plus dangereuses 2. Ils le mutilèrent ; après quoi Néron épousa la victime. Elle fut appelée Sabina en souvenir de Poppée. Sporus reçut en don les vêtements et les bijoux de celle qui semblait revivre en sa personne, et Néron, qui voulait à tout prix retrouver une illusion perdue, lui donna pour gouvernante une certaine Galvia Crispinilla, femme de condition 3.

I)u degré d’abjection où il était descendu, Néron tomba d’abîme en abîme. Après avoir tenté d’usurper le pouvoir des dieux, il se tourna vers les bêtes pour convoiter les appétits énergiques et la violence de leurs instincts. En observant chaque jour dans le cirque les lions et les ours affamés qui se jetaient sur les chrétiens, il avait fini par envier les plaisirs de leur férocité. Ses jardins du Vatican et de la Maison d’or étaient ornés de stades et d’amphithéâtres pour son usage par-

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