‹ NéronChapitre 133 sur 205 · Marium omnino expers. Suétone, Claude, ch. xxxiii · texte numérisé non relu

Marium omnino expers. Suétone, Claude, ch. xxxiii

S. l’uerum Sporum exsactis teslibos, etiam in muhebrem naturam configurarc conatus. Suétone. Néron, ch. xxvm.

3. tlujns (Sabina-) euslodia vestiumque procuralio Oispiniliæ eommissa facrat. Dion, liv. I.XI1I, ch. XII.

ticulier. C’est là qu’au milieu des festins bien avant prolongés dans la nuit, on préparait au divin César des intermèdes que lui seul pouvait inventer.

Il sc couvrait d’une peau de bête et se faisait enfermer dans la cage des lions : des garçons et des jeunes filles, exposés nus dans l’arène, ôtaient attachés à des poteaux; puis on ouvrait les grilles, et pareil au tigre et à l’ours, dont il avait l'aspect et la rage, le néron se jetait sur ces malheureux comme pour les dévorer. Suétone et Dion oseront dire le reste *.

Que pouvait retirer de pareils excès l'homme qui poursuivait le plaisir avec cette violence? le dégoût de la vie, le profond mépris de lui-même. Haletant, épuisé, n’ayant rien devant lui, Néron évoqua ses souvenirs et se tourna vers l’objet de ses premières affections. Acté lui revint sans doute en mémoire, ainsi que l’ivresse naïve et l'entrainement sincère de cet amour. Il voulut la*rcvoir et ressaisir quelque chose de ces douces émotions si vite passées. Mais Acté n’était plus la même femme. Au lieu de cette nature molle et servile, au sourire facile, au regard humilié, Néron s'étonna de retrouver une beauté froide et fermée, les yeux purs, le vêtement rigide. Un souffle d’esprit nouveau avait emporté les joies et les fleurs de l’amour profane comme l’air de la nuit chasse au matin les bouffées' d’une orgie. Il ne comprenait pas son langage; elle le revoyait avec étonnement; il la reconnaissait à peine et ne la retrouvait plus.

Les historiens les plus dignes de foi par le caractère et par le savoir, par l'expérience des hommes et des grandes affaires, les Pères de l'Église, attribuent à saint Paul la conversion de

1. Feræ pelle contenus emiltcrctur et cavea, virorumque ae feminarum ad stipilem deligatorum inguina invaderet. Suétone. Néron, ch. jtix. — Voir aussi Dion. Liv. LX1II, cil. xm. Traduction de F.-G. Stunie. Leipzir.

sn

1’échanson du prince et d'une concubine désormais insensible à toutes les séductions. Mais aucun d’eux ne nous a donné le nom de la nouvelle Madeleine, qui après avoir entendu la voix de l'apôtre, repoussa résolûment l’amour de César. Quelques auteurs modernes dont l’érudition doit être appréciée, ont cru reconnaître Acté dans cette néophyte venue de si loin à la pureté chrétienne, et ce commencement de preuve, fortifié par la vraisemblance, justifiera sans doute ce récit1. Acté resta fidèle à Néron. Au moment môme où le prince lui préférait ouvertement Poppée, elle intervint auprès de lui pour le préserver des embûches d’Agrippine. Depuis ce jour on ne la retrouve plus au Palatin. Néron est malheureux, proscrit, et néanmoins elle contient son dévouement, elle reste cachée : mais aussitôt que la mort a fait cesser pour elle le danger de le revoir, Acté se montre, et, bravant les haines énergiques qui poursuivent les créatures de Néron, elle préside à ses funérailles et lui rend les derniers devoirs.

Ce qui n’est douteux pour personne, c'est la colère et l'âcre dépit qu’éprouva Néron de se voir dérober des cœurs qui étaient à lui. Paul revenait à Rome, libre cette fois, connu dans le prétoire, admiré jusque dans la maison de César. La conversion d’Acté et de l’échanson, due à ses premiers efforts, attira sur lui la colère de César, maître terrible que 4e châtiment des complices de Pison et l’extermination des chrétiens avaient entouré d’une nouvelle terreur. Paul fut jeté dans les fers; tous ses amis l’abandonnèrent, les chrétiens par faiblesse, les païens par intérêt. Cet homme malade, pauvre.

1. Tristan de Saint- An a sn, Commentaires sur l’Histoire des Empereurs. Tom. I, pag. Üi. — L’ubtic Ureppo. Trois Mémoires, p. 41 ot suit.

délaissé *, était rentré dans Rome avec tant de hâte, qu'il avait oublié son manteau à Troade, chezCarpus, avec ses papiers et ses livres*. Le pressentiment de sa mort prochaine venait se joindre à toutes ses afflictions. Dans cette détresse, faible et mourant, couvert de chaînes et de haillons, il fut conduit devant César. Dés qu’il parut, dit saint Jean Chrvsostôme, les courtisans et les soldats qui entouraient le prince détournèrent les yeux de la couronne et de la pourpre impériale pour contempler les vêtements sordides du captif. Ils voyaient chaque jour leur maître, couvert d'or et de pierreries, conduire des chars traînés par des chevaux blancs; mais c'était un spectacle étrangement nouveau que celui d'un captif parlant à César avec plus d'assurance et de liberté qu'un roi puissant au dernier de scs gardes3.

Pourquoi Néron ne s'est-il pas vengé à l'instant, lui de qui Tertnllien a dit que la férocité de Domitien n'était qu’une partie de sa cruauté? Dans la pensée de Néron, Paul seul était capable de lui ramener la concubine qu'il aimait. II aura tenté de l'intimider et de le séduire. C’est ce que l'apôtre veut nous faire entçndre quand il rend grâces à Dieu de l'avoir assisté et préservé de toute mauvaise action. N'oublions pas d'ailleurs que Paul était citoyen romain jjju’il portait un nom recommandable dans la cité, celui de Sergius Paulus*; qu'il était en relation avec les prétoriens, avec le populaire, et que Néron, déjà étonné de son éloquence et de son courage, dut hésiter avant de le frapper. Caligula se laissa traiter de

1. In prima mca defensione nemo mihi afTeil sud omnes me deroliqueru ni, non illis imputclur. Paul. Epilrc deuxième à Timothée, eh. îv, vers. 16.

2. iVnnnlam quam reliqui Troade apud Carpum, Tenions affor lecora. Saint Paul. Deuxième Epitre d Timothée, ch. iv, vers. xm.

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