VOYAGE DE HÉRON EN GRÈCE
Néron attiré en Grèce par des flatteries. — Sa suite nombreuse. — Il figure dans tous les concours. — Néron tremblant devant ses juges. — Les Grecs osent disputer les pris à César. — Violences qu'il exerce contre scs rivaux. — Néron s'abstient de visiter Sparte et Athènes. — Stade d'OIympie. — Génie de Taraxipus qui épouvante les chevaux. — Les Grecs sc moquent de Néron. — Il n’ose pas sc faire initier aux mystères d'Êleuais. — Néron donne la liberté aux Grecs. — Plutarque et Pausanias apprécient ce bienfait. — Percement de l'Isthme de Corinthe. — La gouvernante de Sporus abuse de sa confiance. — Mort de Corbulon, des deux Scribonius et de Cassius.
Le souvenir de ses crimes et la nécessité de compter avec la conscience du genre humain furent un si grand supplice pour Néron, qu’il ne voulut plus entendre parler que théâtre, musique, perfection artistique et merveilles de l'art. Les villes de la Grèce avaient coutume de lui envoyer, pour honorer son talent, les couronnes décernées dans les concours. Il accueillait avec plaisir les ambassadeurs, et ces Grecs n’attendaient pas leur audience. Le prince les admettait à sa table. Quelques-uns de ces envoyés, encouragés par sa bonne grâce, le
prièrent pendant le repas de leur faire entendre sa voix
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céleste. Il y consentit. Ses convives l'applaudirent vivement et avec à-propos; Néron s’écria que les Grecs seuls se connaissaient en musique. Le désir qu'il avait de visiter leur pays et de prendre part à leurs concours se réveilla soudain avec plus de force. Il résolut de passer en Grèce, donna des ordres et fit ses préparatifs de voyage. Les villes importantes durent avancer ou reculer l'époque de la célébration des jeux jusqu'au temps de son séjour dans leur province, pour qu’il lui fût possible de disputer tous les prix.
Il partit donc vers la fin de l’an 66. Sa suite était assez nombreuse pour suffire à la conquête des Indes, si ses gens avaient eu des armes à la main au lieu de porter des instruments de musique, des masques et des échasses tragiques*. En arrivant à Gassiope, dans l'tle de Corcyre, Néron chanta dans le temple de Jupiter. Il partit de là pour aller visiter toutes les grandes villes de la Grèce. On vit alors se reproduire les prétentions, les intrigues et les violences qui avaient signalé ses premiers débuts. Il est fatigant d’avoir à revenir sur ce même sujet; mais dans l’histoire d’un prince qui n’estimait rien au-dessus de l’art dramatique et des arts, c'est un inconvénient qu’on ne saurait éviter : ici du moins le théâtre et les spectateurs ne sont plus les mêmes.
Les musiciens et les chanteurs qui disputaient le prix ne pouvaient, pendant qu’ils étaient en scène, ni se reposer en s’asseyant, ni cracher, Di se moucher, ni essuyer la sueur de leur front qu’avec le pan de leur robe. Néron s’assujettit de bonne grâce à ces règlements, et quand il finissait do chanter, il mettait 6n genou en terre et, tendant respectueusement la