‹ NéronChapitre 15 sur 205 · MORT DE MESSALINE — AGRIPPINE LDI SUCCÈDE · texte numérisé non relu

MORT DE MESSALINE — AGRIPPINE LDI SUCCÈDE

Caractère d’Agrippine, son habileté. Quand s' est-elle rapprochée de son fils? — Néron obtient la faveur du peuple. Jeux séculaires, course Troyenne. Souvenir de Germanieus. — Agrippine travaille l'opinion en faveur de son fils — Bracelet do Néron. — Messaline épouse le beau Silius en l'absence de son mari. — Narcisse s'empare de Claude et fait tuer Messaline. — Abrutissement de Claude, trois grandes dames se disputent la place de Messaline. Pendant qu'on discute Agrippine s’empare de la position.

Agrippine avait sur Messaline l’avantage d’étre née dans la maison des Césars et d’y avoir grandi au milieu des splendeurs impériales et des dangers. L’esprit accoutumé aux vastes horizons de la puissance, l’âme élevée par l’habitude de la protection et du commandement, la princesse couvrait de sa fierté toutes les faiblesses de la femme. La liberté de ses mouvements et la justesse de ses appréciations dans un monde qu’elle connaissait bien, lui permirent de pénétrer et de dominer la position de sa rivale. Elle mit le comble à l’infamie de Messaline par le soin qu’elle prit de la faire connaître, et l’on se rapprocherait peut-être de la vérité en disant que sa haine fui pour quelque chose dans l’exécrable mémoire de sou ennemie. Ce fut là le génie et la scélératesse d’Agrippine, de

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perdre celle dont elle enviait les honneurs sans même éveiller son attention. Il fallut que l’opinion publique avertit Messaline du danger qui la menaçait.

Néron entrait dans sa dixième année: son esprit et sa bonne mine auraient justilié les espérances d’une mère moins ambitieuse que la sienne, Il est difficile de préciser l'époque où cette femme hautaine daigna tourner les jeux vers l’enfant qui avait l'honneur d’être son fils, et de pénétrer les motifs qui la firent se rapprocher de lui. Ellecéda peut-être à l'attrait irrésistible dont la Providence a couronné la jeunesse, peut-, être elle voulut se fortifier de la faveur du peuple qui déjà faisait accueil à cet enfant. Si elle parvenait à s’emparer de Claude, ce fils dont elle aurait fait la fortune serait l’instrumcul de sa domination; on peut tout supposer d’Agrippine si ce n'est un bon mouvement d’amour maternel.

Oe tous les princes vivants, seul petit-fils de Germanicus, Néron avait la plus large part dans l'héritage de gloire et de popularité laissé par le héros. Partout où le jeune Domitius se montrait, la foule curieuse le regardait avec intérêt et lui témoignait sa sympathie. Le fils de Claude et de Messaline, Britannicus, était assez froidement accueilli. Bientôt une occasion solennelle se présenta d’apprécier les sentiments du peuple, et Messaline put voir que Néron avait gagné dans l’opinion publique tout ce que son fils avait perdu.

Il plut à Claude de célébrer les jeux séculaires avant que le siècle fut écoulé. Ce caprice de vieillard lui attira, de la part de Vitellius, une flatterie basse et ridicule à la hauteur de la résolution qu’il venait de prendre. Ce Vitellius, courtisan servile de Messaline, s’ôtait déjà fort avili à la cour de Caligula. A son retour de Palestine, il salua César à l’orientale, en se prosternant devant lui. Il avait demandé à l’épouse de

vif: DE NÉRON

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Claude la faveur de porter toujours une de ses pantoufles sur son cœur; cette grâce, qu'il méritait bien, lui fut accordée. Quand il vint féliciter Claude de la résolution qu’il avait prise à propos des jeux séculaires: « Puissiez-vous, luidit-il, les célébrer souvent.»

Pendant que la femme et les affranchis de Claude commettaient les plus grands abus de pouvoir, au nom de ce vieillard distrait, les espérances et la faveur du peuple se tournaient d’un autre côté. On le vit bien à la célébration des jeux romains, quand les fils des grandes familles vinrent, selon l’usage, exécuter dans le cirque les exercices du jeu troyen. Virgile a décrit ces manœuvres équestres dans le cinquième livre de son poème, avec la précision de l’histoire et le charme de la poésie, fondus dans son verbe d’or

« Les jeunes gens, montés sur des chevaux dressés, brillent » et s’avancent à la fois sous les yeux de leurs parents ravis. » Leur chevelure est pressée sous une couronne. Ils tiennent » en main deux javelots aigus, portent un carquois léger sur » l’épaule, et laissent flotter sur la poitrine une chaîne en filets » d’or flexible qui s’enroule autour de leur cou... Us mar- » client divisés en trois escadrons commandés par trois chefs. » Pendant qu’ils se préparent, en faisant le tour du cirque, ils » sont couverts d'applaudissements; on les reconnaît, on les » nomme, et les spectateurs se léjouissent de retrouver dans » ces enfants les images vivantes des aïeux. Veterumque ad- » gnoscunt ora parentum. »

Les jeunes patriciens dont la bonne mine et l’adresse annonçaient d’heureuses dispositions pouvaient alors se faire

I . Incedant paeri paritorquo ante ora parentum Framatis lucont in æquis.

Émule, livre V, vers. BU3.

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admirer. A leur ardeur et à leur maintien, on jugeait de leurcaractère, on essayait de prévoir quel serait l’avenir de ceux qui avaient tant de gloire dans le passé. Le peuple trouvait ainsi l'occasion de témoigner à ces fils de famille l'affection ou l’indifférence que lui inspiraient les parents. Lucius Domitius, qui fut plus tard Néron et qui figurait dans ces jeux, avait onze ans à peine; le fils de Claude et de Messaline, Brilannicus, plus jeune de deux ans que Lucius son cousin, y jouait son rôle avec tout l’avantage que lui donnaient sa naissance et sa position d'unique héritier de César. Toutefois les applaudissements et la faveur populaires se déclarèrent pour Néron et même pour Agrippine; soit que l’épouse de Claude entraînât son fils dans la réprobation dont elle était l'objet; soit que les malheurs d’Agrippine qui arrivait de l'exil, et la mort récente de Julie, sa sœur, lui eussent concilié l’affection du peuple romain. La foule parut oublier qu'entre ces deux femmes il n’y avait pas à préférer celle qui venait d’empoisonner son mari à celle qui déshonorait le sien. Il est vrai que le crime d'Agrippine était secret, tandisque la honte de Messaline était publique. La gloire de Germanicus et sa mémoire, toujours chère aux Romains, fixèrent la faveur du peuple sur son petit-fils. A la mort de Germanicus, les Romains avaient lancé des pierres contre les temples et renversé les statues des dieux*, quelques-uns jetèrent leurs pénates dans la rue, d'autres exposèrent leurs nouveau-nés. Ce qui restait de ce

grand amour au fond des cœurs, se reporta sur les héritiers du1

. héros.

Agrippine avait retiré de chez Lépida, pour le prendre avec t’Ile, le jeune Domitius qui pouvait servir ses projets; elle ne

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