I. l’i.UTAiiyi r. Vie de Galba, ch. x
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on la rapprochait de son indignité, qu’il se perdit en dévoilant ses projets. Irrité d'apprendre que Galba avait nommé à sa place Lacon préfet du prétoire, il voulut engager les prétoriens à le proclamer empereur. Il se présenta la nuit clans leur camp pour dérober l’empire comme un larron; mais les soldats saisirent avec empressement l’occasion de punir le traître qui les avait éloignés de César. Ils l’égorgèrent, cl laissèrent son corps exposé aux mépris publics.
Pendant que Galba s’avançait du fond des Espagnes, Rome était le théâtre de désordres inouïs. À l’aspect de ce vieillard avare et goutteux, on regretta jusque dans le sénat le règne du dernier César et sa brillante jeunesse Les crimes des ministres de Galba, et leur avidité qui se hâtait pour dévorer ce règne d’un vieillard, favorisèrent l’ambitieux Othon. Olhon trahit et fait égorger Galba. Les prétoriens, séduits par ses largesses, n’étaient plus qu’une multitude armée échappée à ses chefs. Olhon fut acclamé par eux. Après avoir traversé sur un char le Forum plein de sang, il alla s’installer au Palatin, amenant avec lui Sporus, comme s’il y avait eu quelque chose de la grandeur impériale jusques dans l’infamie de Néron. A peine il se réjouissait de son élévation, qu'on apprit la révolte des légions de la Germanie qui s’étaient données à Vitellius. L’autorité suprême ne pouvait être plus avilie, et dans l’opprobre du rival qu’on lui opposait, Othon eut la mesure de son indignité.
Vitellius était un rustre, un glouton très-populaire parmi des soldats révoltés qui retrouvaient en lui tous leurs vices. Mignon de Tibère, cocher de Caligula, complaisant de Messaline, claqucor de Néron, il s’était composé de tontes ces hontes
l Pi.i’TAnoi E. Vie de Gulba, cli. x. Tacitf. Mit., lir. I. ch. vu.
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une prodigieuse infamie. Après avoir dévoré l’héritage d'un fils empoisonné par lui, il obtint un commandement pour fuir ses créanciers. N’ayant pas un écu, i! vendit les boucles d’oreille de sa mère, laissa sa femme dans un grenier, et s’enfuit vers les cohortes de la basse Germanie. Elles le proclamèrent empereur avec tant d’empressement, qu’on le fit monter en robe de chambre sur le tribunal pour recevoir le serment des soldats. Il en descendit bien vite pour aller se mettre à table, et depuis ce moment son règne ne fut qu’une orgie. A Rome, le peuple demandait à grands cris la mort de Tigellin, l’accusant avec raison d’avoir perverti et perdu Néron. Othon se rendit populaire en cédant au vœu du peuple, puis il sortit de Rome avec ses légions pour aller combattre les lieutenants de Vitellius. Il allait à pied, nu-tète comme César, et marchait avec ses soldats. Les Vitelliens le battirent à Bédriac. Découragé par ce premier revers, il voulut mourir. Après avoir commencé la guerre en imitant César, il la finit en se tuant pour imiter Caton. Dans ces vertus de plagiaire, il n’y a rien que de la faiblesse. Le poids des alTaires l’accablait, il avait usurpé l’empire pour échapper à ses créanciers, et, poursuivant sa fuite, il se tua pour échapper à ses ennemis.
Les soixante mille hommes qui composaient l’armée de Vitellius s’emparèrent de l’Italie. Ils étaient désorganisés par la victoire et par l’immoralité de leurs chefs qui ne pouvaient rien leur défendre, ayant tout 4 so taire pardonner. Valons avide, pillard, débauché; Cécina plein d’orgueil et d’ambition. Celui-ci portait le sagum rayé et la braie des Germains; sa femme le suivait, montée sur un beau cheval couvert d’une housse de pourpre. Tandis qu’il s’entourait d’un appareil barbare, des troupes d’histrions et de cochers du cirque, ancien cortège de Néron, affluaient auprès de Vitellius.
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ils étaient venus de Home s'associer à la fortune de leur ami. Yiiellius passait, avec celte cour, les nuits et les jours en festins. Il faisait distribuer à ses soldats d’énormes rations de viande comme à des gladiateurs. Des goujats, des valets d'armée, au nombre de plus de soixante mille, suivaient les cohortes et servaient le soldat. Cette multitude immonde s’avança vers Home, ravageant les terres, pillant les villes, redoutable à ses amis comme à ses ennemis. Ceux qui résistaient à ces violences étaient égorgés par les Yitelliens. Après le massacre, les pillards se livraient entre eux des combats acharnés pour se disputer le butin. A Rome, l'affranchi Asiaticus surpassait les 41élius et les Polyclètcs. Les cruautés, la débauche et surtout la gloutonnerie de Vitellins furent l’étonnement et l’épouvante de la cité. Pendant les sacrifices, il se jetait sur les viandes à peine grillées et sur les gâteaux; son frère le ravit en lui donnant un banquet où l'on servit deux mille poissons et sept mille oiseaux des plus rares. Le souvenir de Néron était alors si cher aux Romains, que pour se rendre populaire, Yiiellius honora les mânes de ce prince par des sacrifices solennels et lui éleva des autels dans le Cliampde-Mars. Il promit aussi de satisfairo la curiosité publique en obligeant Sporus à paraître sur le théâtre. Sporus aima mieux se tuer que de subir cet affront et les épouvantables caprices du public romain.
Pendant que Vitellius s’abîmait dans sa dépravation, l'astre nou’vcau des Flavicns se levait à l’Orient avec une majestueuse lenteur. L’Asie et l’Égypte avaient acclamé Vespasien. Un cortège de rois l’accompagnait dans Alexandrie, et les peuples^ reconnaissaient en lui l’envoyé divin qui devait régénérer le monde. Bientôt la force de ce nom et celte fortune nouvelle vinrent dominer l’Occident, Le Gaulois Vin-
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dex avait renversé Néron; un autre Gaulois brisa Vilellius. C'était Antonius, de Toulouse, un de ces rudes aventuriers qui violentent la fortune, la maltraitent, la battent comme une prostituée qu’elle est, et passent sur le monde, éblouissants et rapides comme des éclairs. Après avoir défait dans plusieurs rencontres les lieutenants de Vitellius sous les murs de Crémone, Antonius livra la ville au pillage qui dura trois jours : Crémone fut détruite avec ses habitants massacrés. On vit dans cette guerre abominable, un père égorgé par son fils; uu frère demanda le prix du sang de son frère qu’il avait tué de sa main.
Vitellius, voyant sa ruine prochaine, consentit à traiter de son abdication 'avec Sabinus, frère de Vespasien. Do tous les avantages de son rang, il ne regrettait que la table. Il vendit l’empire pour «ne rente viagère; mais quand il descendit au Forum, conduisant son fils par la main pour abdiquer le pouvoir suprême, le peuple, qui s'armait pour lui, ne put souffrir le spectacle de sa dégradation. Soit indignation, soit pitié, il le força do rester dans le rang où le peuple et les soldats l’avaient placé.
Sabinus, qui avait déjà proclamé son frère, sortit de sa maison pour inaugurer le règne de Vespasien. Les prétoriens et le peuple écrasèrent sa petite troupe. Il se jeta dans le Capitole avec quelques amis. Les Vitelliens l’y attaquèrent et mirent le feu aux portes pour n’avoir pas l’ennui de l’assiéger. Dressé; par le danger, Sabinus fit des barricades en jetant pèle-mèle, dans les issues ouvertes par le feu, les statues des héros et des dieux, reliques et chefs-d'œuvre, redevenus des pierres sans valeur et sans nom. Dans le désordre du combat, l’incendie monta jusqu’au temple de Jupiter qui fut entièrement détruit. Les Vitelliens entrèrent avec les flammes. Sabi-
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nus fut égorgé, et son corps resta exposé sur les degrés des Gémonies.
Antonius arrivait au secours des Flaviens, quand il reçut, près des Roches-Rouges, la nouvelle de ce désastre. Ses légions victorieuses entrèrent dans Rome pour combattre les prétoriens et le peuple, résolus de mourir pour leur indigne César. Le combat, après s’étrc engagé dans les faubourgs, continua dans les rues et sur les places publiques. On était au mois de décembre, si bien que, par une étrange coïncidence, la guerre civile et les saturnales troublèrent à la fois et souillèrent la cité. Rome offrait un spectacle atroce et repoussant. Ici les morts, le sang et la lutte acharnée; là des bains ouverts, des tavernes fumantes, et les joies de la débauche. Les oisifs du Forum et les habitués du cirque observaient les combattants du haut des terrasses, applaudissaient aux plus braves et jouissaient de la guerre civile comme d’un spectacle. Les vaincus étaient accablés de malédictions et poursuivis par des huées. Quand les fluctuations de la lutte déplaçaient le combat, ces spectateurs désintéressés par leur infamie descendaient pour piller; ils dépouillaient ceux qn’ils n’avaient pas vaincus, arrachaient les fuyards de leur retraite et les égorgeaient sans haine comme sans pitié. Ailleurs des voluptueux étendus sur des lits, avaient pour intermède du festin le spectacle des batailles et des incendies. Au milieu de ce désastre ils dégustaient leurs vins, se couronnaient de roses, souriaient à des femmes nues, et dans leur indifférence pour les maux de la patrie, ils disaient qu’il est doux de vivre en écoutant des cris de mort.
Malgré leur petit nombre, les prétoriens retardèrent leur défaite par leur courage désespéré. Après avoir défendu la ville, ils se fortifièrent dans leur camp. On les voyait,
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mourants et blessés, se traîner sur les remparts et soutenir encore le combat. Quand on eut brisé les portes, ceux qui restaient encore debout affrontèrent l’ennemi victorieux ; ils tombèrent tous frappés par devant, uniquement préoccupés en mourant de mourir avec honneur. Un égal courage, une même fidélité, avaient honoré la défaite et les funérailles d’Othou. Tous ses soldats auraient voulu se sacrifier pour lui. Plusieurs s’étaient percés de leurs épées pour ne pas lui survivre, les uns autour du bûcher, les autres dans leurs stations en apprenant sa mort. Quand on voit les Olhon et les Yitellius, acclamés avec Cet enthousiasme malgré leur abjection, et servis avec ce dévouement féroce qui ne veut pas survivre à leur ruine, on peut justement apprécier ce qu’étaient la faveur de ces multitudes et la fidélité de ces légions.
Pendant que les prétoriens se défendaient dans leur camp, Yitellius s’était fait porter secrètement sur l’Avenlin, dans la maison de sa femme. Agité de frayeurs, il sortit de cette retraite et revint au Palatin. Déjà l’épouvante en avait chassé tous ceux de sa maison: les rares serviteurs qui l’avaient accompagné l'abandonnèrent, et il se trouva seul. Il s’avançait en tremblant dans cette solitude solennelle, et le silence imposant de la demeure impériale le remplissait d’effroi. 11 ouvrait avec précaution les grandes salles sonores et vides, et la froide majesté du monument écrasait son indignité. D’affreux souvenirs le glaçaient de crainte. Devant cet autel Othon avait trahi Galba; sous cette voûte Caïus était mort assassiné, et dans cette chambre. Locuste avait préparé le poison de Britannicus. Le malheureux prit la fuite et courut se cacher dans un réduit.
On vint l’en arracher pour le traîner aux Gémonies, où le cadavre de Sabinus l’attendait. Il fut accablé d'imprécations
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et d'injures par la foule, qui se ruait sur lui avec une émulation féroce et qui le perça de mille coups de poignard. Tout ce qui est vil, outrage, et tout ce qui est lâche, frappe sans pudeur, loin du danger.
Nymphidius et Galba, Ollion et Vitellius, moururent ainsi. Ces fantômes d'empereurs, successeurs rapides de Néron, ne sont connus que par leur impuissance et leur chute. Pendant quatorze ans, Néron avait su contenir, occuper, nourrir le peuple romain; et quelques guerres heureuses et justes n’avaient pas même troublé les fêtes, les travaux, les splendeurs de la paix qu’il donnait au monde. Aucun de ceux qui vinrent après lui, et que nous avons nommés, ne put remplir sa lâche, môme pendant quelques mois, et tous, sans en excepter le jeune Domitien, qui fut maître de Rome en l’absence de son père, égalèrent les excès et les vices de ce Néron qu’ils étaient loin de remplacer. Au milieu des horreurs de la guerre civile, à travers ces changementsde règne, le peuple romain ne s'entretenait que de son cher Néron, il s’obstinait à croire que son prince vivait encore, il se consolait du malheur des temps par l’espérance de son retour.