‹ NéronChapitre 151 sur 205 · I. Zonabe. Ann., liv. XI, ch. iviii · texte numérisé non relu

I. Zonabe. Ann., liv. XI, ch. iviii

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son poignard. Donatien le lit tuer dansle seul but de persuader au peuple que l'alTranchi avait osé porter la main sur la personne sacrée de César. Il lui infligea le châtiment pour faire croire au crime et décourager l’espoir des Romains.

Le temps emporta dans son cours ces illusions et ces regrets; mais le peuple conserva toujours l’affection profonde que Néron lui avait inspirée, et, désespérant de le revoir, il resta fidèle à son souvenir.

Les Romains ne partagèrent jamais ni la haine des historiens latins déchaînés contre Néron, ni la juste horreur qu’il inspirait aux chrétiens des premiers siècles. Non-seulement sa popularité a survécu aux calomnies cl aux anathèmes; mais on peut affirmer qu’elle s’en est accrue. Bien loin de le diminuer, ce concert de malédictions l’a grandi. Néron est devenu la personnification du despotisme et de la cruauté; et, comme c’est le propre de la faiblesse humaine de vénérer tout ce qui la domine et l'épouvante, les proportions colossales de sa perversité ayant saisi les imaginations, en le faisant terrible on l’a rendu considérable.

Pendant les premières années qui suivirent sa mort, ses ennemis eux-mémes restèrent sous une impression de respect et de frayeur involontaires, mêlés à leur joie. Un des historiens de Néron succomba foudroyé par celte terrible mémoire. Il se nomulait Fannius. Pendant qu’il écrivait la vie du dernier César, il fit un songe. Il crut se voir lui-même couché dans l'attitude d'un homme qui étudie : il avait son manuscrit sous la main. Néron lui apparaît et vient s’asseoir sur sa couche. Ayant saisi le premier livre déjà publié, il lut jusqu'au bout le récit de ses crimes, parcourut avec attention le second, le troisième livre, et sortit après. Fannius fut saisi de frayeur. Il resta persuadé qu’il n’écrirait pas de cette histoire plus

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long que Néron n’en avait lu, et en etrel il resta si frappé de sa vision, qu’il en mourut et laissa son œuvre inachevée

Les chrétiens des premiers siècles furent également, à propos de Néron, tourmentés de souvenirs, de frayeurs et d’opinions extraordinaires. Les uns croyaient qu’il ressusciterait à la fin des temps et qu’il partagerait l'empire du monde avec l'anlechrist. D’autres affirmaient qu’on l'avait guéri de sa blessure et qu’il était encore vivant. Lactancc et Sulpice Sévère prétendent qu’on n’a pas retrouvé son corps. On disait que Néron, caché dans une retraite profonde, se conservait dans toute la force de l’ftge pour son second avènement. Ainsi l’enfer aurait comme le ciel son prophète, son Élie affranchi de la mort.

Une ancienne tradition nous apprend que vers la fin du onzième siècle le peuple de Rome fut épouvanté par des fantômes, par des bruits nocturnes et par d’elTroyahles visions. L’auteur de ces prodiges était Néron enseveli sur le Pincio ou retenu captif dans un souterrain. Pascal II, aussi pénétré que ses prédécesseurs de bonté paternelle pour le peuple et animé de cette bienveillance que les souverains-pontifes ont héritée des Césars, crut devoir tenir compte de ces frayeurs qui étaient une calamité publique. On exorcisa le quartier, on bâtit à celte occasion l’église de Sainte-Marie du Peuple, qui existe encore aujourd'hui, et les habitants du Pincio ne furent plus inquiétés par l'ombre de Néron.

A la distance qui nous sépare des Césars on peut dégager la vérité du mensonge et rendre justice à Néron lui-même. L’antiquité nous montre déjà quelques intelligences d'élite qu

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protestent en sa faveur. Juvénal,qui le maltraite fort, avoueque sa jeunesse lui sert d’excuse *. Martial le ménage et, s’il faut en croire un de nos auteurs, devrait être plus indigné *. L'empereur Trajan admire les cinq premières années du régne de Néron ; elles lui paraissent incomparables, quoique le meurtre d’Agrippine et de Britannicus les aient souillées s. Tacite avoue que la haine et la flatterie ont exagéré le blâme et l'éloge sur le compte de César. Josèphe accuse, à propos de Néron, les historiens d’avoir calomnié les empereurs *.

Plutarque est persuadé que la justice divine ne l'a pas châtié aussi cruellement que ses ennemis aimeraient à le croire. Voici ce qu’il nous raconte dans un de ses traités où Dante semble avoir pris sa manière et ses conceptions. Un certain Thespesius, de Cilicie, tombe d'un lieu élevé et reste comme mort sur la . place. Pendant qu’on le pleure et qu’on se prépare à l’ensevelir, son âme descend aux enfers où lui sont révélés tous les secrets de la justice divine. Au nombre des âmes coupables condamnées à recommencer la vie et forcées à prendre la forme des divers animaux, il aperçut l’âme de Néron qui avait déjà souffert de longs tourments. Les ouvriers la saisissaient pour lui donner la forme d’une vipère. Tout à coup une vive lu- ’ mière éclate, du sein de laquelle sort une voix qui ordonne de changer Néron en une espèce plus douce, et de faire de lui un oiseau qui chantera le long des étangs *.

Parmi les modernes, Voltaire se montre le plus incrédule

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