Mumis glu'li.ilorium, Suétune, César XXVIII
2. Celait un portique immense soutenu par plusieurs rangs de colonr.es', on y distribuait la paie aux soldats.
‘.tu
distribuait aux plus malheureux. Au milieu de ce désordre, Agrippine voulut se montrer; elle resta près de son mari et partagea ses fatigues pour lui dérober une part de sa popularité.
Jusque-là l'influence des femmes auprès des Césars s'était dissimulée dans l’ombre et le secret de la vie privée. Agrippine fut la première qui prit ostensiblement une part considérable dans l'administration des affaires et qui s'offrit aux respects du peuple et du sénat. L’imbécillité de Claude favorisa merveilleusement son orgueil ; quand elle se montrait en public avec le débite vieillard, elle paraissait bien plus protéger son mari qu’être honorée par son empereur. C’est avec un sentiment d’admiration mêlée d'horreur qu’on s’arrête à considérer cette femme qui tient en son pouvoir Rome et les provinces. Dans l’exécution de ses projets, elle ne s’arrête jamais devant le crime. Elle est capable de toutes les audaces et môme d’une bonne action : pour se fortifier ou pour s’agrandir elle use avec une parfaite indifférence du vice ou de la vertu. Contrairement à l’homme qui garde dans ses dérèglements quelque chose de sa force et de sa dignité, la femme s’altère vite et se flétrit aisément, sans doute parce qu’elle tombe de haut et que scs sentiments tout divins s’évaporent comme les parfums. Il n’en est pas de même d’Agrippine, le vice et le crime n’altèrent pas son intelligence et ne flétrissent pas sa beauté. Loin de se laisser'égarer par la passion comme Messaline, elle est économe d’elle-même, elle administre sagement ses amours, sans entrainement comme sans pudeur; tout ce qui l’entoure est dominé, séduit ou corrompu par elle, et de ses nombreux adultères elle n’accepte que les résultats utiles du crime, jamais amoindrie et plus fortifiée que flétrie par ses dérèglements. Sénèque, Pallas, Fœnius et bien d'autres furent scs amants : que ce soit
VIE DE NÉKON
SI
leur gloire et leur plus beau souvenir, Agrippine ne s’en inquiète pas. Elle se place sur le trône auprès de Claude. Elle est complimentée comme César par les ambassadeurs des peuples alliés. Elle reçoit du sénat le nom d'Àugusta. Elle établit sur le Rhin une colonie de vétérans qui porte son nom; elle monte au Capitole sur un char pareil à celui sur lequel on promène les statues des dieux in carpento ; et le monde romain n’a jamais été plus vigoureusement régi que par cette femme qui réunit en elle la politique de Tibère au courage de Jules César.